White Spirit (Critique)

0
400

Une création du street-artist Shoof, l’Ensemble Al Nabolsy & les derviches tourneurs de Damas

white-spiritLe street-artist tunisien Shoof (Hos­ni Hertel­li) développe une pein­ture riche et instinc­tive directe­ment inspirée de la cal­ligra­phie arabe. Dans sa volon­té de désacralis­er la cal­ligra­phie tra­di­tion­nelle, il décon­stru­it la let­tre arabe en se lais­sant men­er par le trait et le mouvement.

Grande voix de la mosquée des Omeyyades de Damas, Noured­dine Khourchid est le fils d’Abou al-Nour, cheikh de la confrérie soufie Shâd­hiliyya, l’une des plus impor­tantes du monde arabe. L’ensemble réu­nit 7 mun­shid (chanteurs religieux), hymnodes de cette même con­frérie, ain­si que trois danseurs de la con­frérie Mawlawiyya des der­vich­es tourneurs de Damas.

La quête du divin passe chez les soufis par la transe, la répéti­tion du même motif chan­té et dan­sé, qui exprime l’ardent désir de l’âme de retrou­ver sa source originelle.
Shoof la perçoit comme « une énergie pure qui vient du pro­fond intérieur, qui ratisse large, qui s’é­tend sans fin, trans­porte tout sur son horizon…pour étrange­ment le recen­tr­er, le « ver­ti­calis­er », tel un point de lumière qui fuse pour com­mu­nier avec le ciel ».

Notre avis : Ce spec­ta­cle qui allie soufisme et street art appa­rait comme une réus­site absolue. Les trois pre­mières séquences per­me­t­tent d’apprécier le tal­ent musi­cal des musi­ciens et chanteurs. Les voix mas­cu­lines prenant une ampleur par­ti­c­ulière dans ce chant religieux qui, peu à peu, con­duit les danseurs à quit­ter leur chaise et, après les saluts rit­uels, se met­tre à tourn­er lente­ment et de plus en plus vite en suiv­ant l’évolution du chant, sa répéti­tion, ses méan­dres. Hyp­no­tique, mais pas unique­ment. La gestuelle si par­ti­c­ulière des danseurs, l’atmosphère qui se dégage, sere­ine, puis­sante, envahi le spec­ta­teur (et le pro­fane que je suis). Au qua­trième tableau inter­vient Shoof qui com­pose sous nos yeux une fresque cal­ligraphique au rythme des chants sacrés. C’est lui le der­viche, le passeur à ce moment là. Et une fois encore une sorte de magie opère. Enfin la dernière séquence fait vivre une expéri­ence assez éton­nante puisque la lumière, jusqu’alors rel­a­tive­ment sim­ple, le plateau étant éclairé sobre­ment, se mue en nuit éclairée, décou­vrant les graffs de Shoof dess­inés sur l’intégralité du plateau et des estrades. L’effet, sai­sis­sant, ren­force encore plus l’intemporalité du moment, loin de tout arti­fice. Les textes sacrés, la transe provo­quée par ces trois der­vich­es qui tour­nent sur eux mêmes baignés dans cette atmo­sphère riche et superbe sem­blent en mag­ni­fi­er encore plus la portée. Il reste peu de dates, nous ne sauri­ons que vous encour­ager à décou­vrir ce mag­nifique spectacle.