Vincent Niclot — Le nouveau Rhett Butler

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Il incarne Rhett Butler ©DR
Il incar­ne Rhett But­ler ©DR
Vin­cent Niclot, quel est votre par­cours artistique ? 
J’ai com­mencé par une for­ma­tion de comé­di­en. J’ai eu la chance d’être dans un lycée qui pro­po­sait une option Art Dra­ma­tique. J’y ai tout de suite pris goût. Ensuite, pour me per­fec­tion­ner, j’ai suivi les cours Simon, les cours Flo­rent et un stage à l’Ac­tor Stu­dio. Par­al­lèle­ment à mes cours de comédie, j’ai voulu tra­vailler l’ex­pres­sion cor­porelle, on m’a con­seil­lé la danse. J’ai fait deux ans de danse mod­erne. J’ai vite trou­vé un agent et j’ai eu la chance de pass­er de spec­ta­cle en spec­ta­cle sans vrai­ment de coupure, j’ai fait aus­si un peu de ciné­ma et des pub­lic­ités. La comédie me plai­sait beau­coup mais je me suis vite aperçu qu’il me man­quait quelque chose. Comme j’é­tais très attiré par la comédie musi­cale, j’ai pris des cours de chant avec un pro­fesseur de l’Opéra de Paris, Thier­ry Dran. Grâce à lui, j’ai com­mencé une vraie for­ma­tion très clas­sique. Et puis j’ai été pris pour jouer dans Titan­ic à Liège, ma pre­mière comédie musicale.

Quels sou­venirs gardez-vous de Titanic ? 
J’en garde un sou­venir mer­veilleux. J’ai vrai­ment com­mencé par quelque chose de très classieux. C’é­tait quand même dans un Opéra (l’Opéra Roy­al de Wal­lonie) donc là, on ne rigole pas, la rigueur est implaca­ble. Sur une par­ti­tion comme Titan­ic, la voix est vrai­ment con­sid­érée comme un instru­ment, on tra­vaille avec cinquante musi­ciens, on n’a pas le droit à un seul écart. Il y avait un énorme décor, nous étions une cinquan­taine sur scène, je me suis dit « c’est pas vrai, je vis un rêve » !

Vous avez égale­ment joué Tony, le rôle prin­ci­pal, dans une pro­duc­tion de West Side Sto­ry
Oui, c’é­tait à la Halle aux Grains à Toulouse. Là aus­si, c’é­tait une fab­uleuse expéri­ence. La par­ti­tion est assez proche du lyrique, prenez la chan­son « Maria » par exem­ple. Il y avait une for­ma­tion de vingt musiciens.

Vous avez com­mencé par deux comédies musi­cales de tra­di­tion anglo-sax­onne avec un orchestre, ça ne vous manque pas trop aujourd’hui ? 
J’aimerais beau­coup revivre une telle expéri­ence, un orchestre c’est irrem­plaçable. Quand on a vingt vio­lons qui vous accom­pa­g­nent, ça vous hérisse le poil, ça n’a rien à voir avec une bande. Evidem­ment, ce serait génial qu’il y ait un orchestre sur Autant en emporte le vent mais voilà c’est une grosse struc­ture qui coûte chère, et les musi­ciens n’ont pas été intégrés.

Vous avez repris le rôle de Roméo dans Roméo et Juli­ette, c’é­tait votre pre­mière expéri­ence dans un grand spec­ta­cle musi­cal « à la française »…
En fait j’avais été engagé sur Tris­tan et Yseult, j’ai fait la pro­mo­tion avant le spec­ta­cle. Mais là on m’a pro­posé de repren­dre le rôle de Roméo sur la dernière tournée. C’é­tait un univers que je ne con­nais­sais absol­u­ment pas. J’avais toute­fois envie d’in­té­gr­er une grosse struc­ture comme celle-là, je savais que j’al­lais appren­dre énor­mé­ment. Je ne le regrette pas du tout. Se retrou­ver devant un pub­lic aus­si nom­breux tous les soirs, c’est incroy­able, c’est immense ce qu’on peut recevoir, il faut le vivre pour le comprendre.

Votre par­tic­i­pa­tion à ce pre­mier spec­ta­cle musi­cal de Gérard Pres­gur­vic vous a‑t-elle aidée à obtenir le rôle de Rhett But­ler dans Autant en emporte le vent ?
Non pas du tout. Tout le monde croit que ça m’a aidé, mais au con­traire, ce fut plutôt une affaire dif­fi­cile pour moi. Quand j’é­tais sur Roméo et Juli­ette, j’en­tendais des bruits de couloir qui dis­aient que Autant en emporte le vent allait se mon­ter mais qu’ils ne voulaient pas audi­tion­ner les gens de la troupe. J’ai quand même envoyé un dossier sans men­tion­ner bien sûr que j’é­tais sur Roméo et Juli­ette. Au bout de la troisième audi­tion, j’ai quand même dû le leur dire, ce qui m’a joué des tours parce qu’ils ne voulaient vrai­ment per­son­ne de l’équipe. Finale­ment j’ai eu le rôle, mais après quel par­cours ! Je crois que ça a duré huit mois et que je les ai vus sept fois. Franche­ment il faut s’accrocher !

Que con­naissiez-vous de Autant en emporte le vent ?
J’avais vu le film quand j’é­tais petit, il ne m’en restait qu’un très vague sou­venir. Le soir où j’ai été sélec­tion­né, je me suis empressé de lire le roman et de revoir le film. Et là j’ai com­pris que j’é­tais engagé dans une sacrée belle histoire.

Vous n’aviez pas peur de repren­dre le rôle de Rhett But­ler immor­tal­isé par Clark Gable ? 
C’é­tait ma han­tise ! Je savais par­faite­ment qu’on allait m’at­ten­dre au tour­nant et qu’on ne me ferait pas de cadeaux. C’é­tait très dif­fi­cile de pass­er après un tel mythe du ciné­ma. J’ai donc énor­mé­ment tra­vail­lé le per­son­nage, je ne voulais pas me rater. Je me suis beau­coup inspiré du roman pour l’aspect psy­chologique, je me suis fait ma pro­pre idée du per­son­nage qui est très attachant, tout en com­plex­ité, c’est ça qui est intéres­sant. Le film m’a davan­tage aidé pour l’aspect com­porte­men­tal et pour m’im­prégn­er de l’am­biance de l’époque. J’avais besoin de savoir com­ment on se tenait, com­ment on fai­sait un baise­main par exemple.

Que pensez-vous de l’adap­ta­tion de Gérard Presgurvic ? 
Gérard a un vrai tal­ent, il a le sens du pop­u­laire. Il arrive à réu­nir toutes les caté­gories et tous les âges de la petite fille à la grand-mère. Même s’il a beau­coup été attaqué sur ses textes, je trou­ve qu’il a fait un super tra­vail, le pub­lic est à nou­veau là pour le soulign­er, et pour­tant ce n’é­tait pas facile d’adapter un « mon­stre » comme Autant en emporte le vent ! Quand on part d’un roman de 1200 pages ou d’un film de qua­tre heures pour en faire un spec­ta­cle de deux heures, on est obligé de faire des rac­cour­cis et des coupures. Je trou­ve qu’avec Kamel, ils sont vrai­ment par­venus à ce que le pub­lic com­prenne tout grâce aux scènes de comédie qui sont très con­cis­es mais très impor­tantes pour avancer dans l’histoire.

Vous par­lez de Kamel Ouali, quel regard portez-vous sur son tra­vail de met­teur en scène ? 
C’est une grande ren­con­tre dans ma vie. Pour moi, il a du génie. Je savais qu’il allait faire quelque chose de très bien pour les choré­gra­phies et qu’il aurait une bonne vision artis­tique d’ensem­ble du spec­ta­cle parce qu’il a beau­coup de goût. En revanche, c’est vrai qu’au départ je me posais des ques­tions sur la mise en scène, une pre­mière. Mais le résul­tat est là, il a fait un fab­uleux tra­vail. Humaine­ment, c’est aus­si quelqu’un d’ex­cep­tion­nel qui nous a tou­jours par­lé avec beau­coup de respect.

Au final, le spec­ta­cle est-il à la hau­teur de vos espérances ? 
Et même au-delà ! Dès qu’on a com­mencé à faire les pre­miers filages, on s’est aperçu qu’on tenait vrai­ment quelque chose de bien. Les pre­mières réac­tions du pub­lic ont été for­mi­da­bles, on a une stand­ing ova­tion presque tous les soirs, c’est le plus impor­tant. A titre per­son­nel, j’ai un rôle très bien con­stru­it, à mul­ti­ples facettes, je suis comblé. Je prends de plus en plus de plaisir, en crescen­do. Je me nour­ris chaque soir davan­tage du tra­vail de mes parte­naires qui ont tous beau­coup de tal­ent. En plus il y a une très bonne ambiance dans la troupe. Ce que j’ap­pré­cie par­ti­c­ulière­ment sur ce spec­ta­cle c’est que danseurs et chanteurs ne font qu’un, ce qui est assez rare. Cha­cun y a mis du sien, on a fait tomber les bar­rières, avec les tech­ni­ciens aus­si. C’est une belle aven­ture humaine.

Avez-vous déjà songé à l’après Autant en emporte le vent ?
J’ai la tête sur les épaules, je sais très bien que dans ce méti­er-là, il y a des hauts et des bas. J’aimerais beau­coup con­tin­uer dans la comédie musi­cale, j’ai d’ailleurs déjà un autre pro­jet. Et puis en même temps j’aimerais faire quelque chose de plus per­son­nel, dévoil­er un peu ce qui est au fond de moi. Cela va se traduire par un album que je pré­pare tout douce­ment. J’éprou­ve aus­si beau­coup de plaisir à jouer la comédie, j’ai déjà reçu des propo­si­tions. Il faut ouvrir un peu les men­tal­ités, un artiste ne doit pas être can­ton­né dans un seul reg­istre, il peut faire aus­si d’autres choses. Mais pour l’in­stant, je savoure pleine­ment l’in­stant présent. J’ai encore du mal à croire ce qui m’ar­rive, je suis comme un gosse émerveillé !