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Vincent Heden — Un Heden d’enfer

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Vincent Heden ©DR
Vin­cent Heden ©DR
Vous avez déjà dix ans de car­rière et un par­cours riche. Com­ment avez-vous eu le déclic pour vous lancer ?
J’é­tais en ter­mi­nale et je ne fai­sais rien. Mais comme j’é­tais très bon, j’ai quand même réus­si mon bac avec men­tion (rires). L’été, j’ai été sélec­tion­né pour par­ticiper aux Ren­con­tres d’Astaffort, la ville de Fran­cis Cabrel. C’é­tait pour la pro­mo­tion de la var­iété française. Je me suis dit alors que je ne pou­vais pas vivre sans faire ce méti­er. J’avais 17 ans.
En 1996, j’ai eu mon pre­mier con­trat payé pour Les Années Twist et depuis j’ai enchaîné. J’ai eu aus­si de la chance.

Quels sont les rôles qui vous ont marqués ?
Pour Camille C. de Jonathan Kerr, Jean-Luc More­au a eu l’idée de me faire inter­préter trois rôles : Paul Claudel, Jessie Lip­scomb et Her­mès. Quand nous avons joué au théâtre de l’Oeu­vre, Camille C. a reçu une réac­tion vis­cérale de la part du pub­lic, soit les gens ado­raient, soit les gens détes­taient. Le Molière du Spec­ta­cle Inat­ten­du a con­tribué à la ren­con­tre mas­sive du pub­lic à Avignon.
Après une série d’au­di­tions pour Le Vio­lon sur le Toit, j’ai eu la joie de retrou­ver Stéphane Laporte avec lequel j’avais tra­vail­lé sur Titan­ic en 2000. J’é­tais très hon­oré de faire par­tie d’un cast­ing haut de gamme. J’ado­rais le rôle de Motel, le tailleur. Ce n’é­tait pas facile de pro­duire un spec­ta­cle anglo-sax­on et Serge Tapier­man est allé jusqu’au bout. Finale­ment on con­naît le suc­cès que le Vio­lon a eu.
Mais le per­son­nage qui m’a le plus mar­qué c’est Judas dans Jésus-Christ Super­star. Humaine­ment, il nous ressem­ble. La lâcheté, la peur de l’homme, c’est tout le monde. C’est un per­son­nage qui a une grande épaisseur.

Vous avez reçu le Prix du Meilleur Inter­prète Mas­culin lors du Fes­ti­val Les Musi­cals en jan­vi­er 2006…
J’ai été le pre­mier éton­né ! J’avais voté pour Frank Vin­cent. J’avais beau­coup de vis­i­bil­ité sur ce fes­ti­val : Musi­cal Sus­pect de Frédéric Bap­tiste et Muriel Mag­el­lan, Camille C. qui a reçu le prix de la meilleure créa­tion musi­cale et la lec­ture de Panique à bord de Stéphane Laporte et Patrick Laviosa. J’é­tais très heureux et hon­oré. Le trophée est sur ma chem­inée aux côtés de bougeoirs de chez Mahasi­ah. D’ailleurs, tous les meubles chez moi vien­nent de chez Mahasi­ah, 1 boule­vard Edgar Quinet dans le 14ème à Paris ! (Rires).

L’an­née 2006 com­mençait bien !
Oui. Après avoir joué à nou­veau Titan­ic, j’ai été con­tac­té par Mar­i­on Bier­ry pour le rôle d’Al­can­dre dans L’Il­lu­sion Comique. Neuf comé­di­ens au Théâtre de Poche, c’é­tait inédit.
J’in­ter­prète le rôle du Maître de Céré­monie. Nor­male­ment le per­son­nage a 50–60 ans. Dans le rôle, je raje­u­nis, j’ai 20 ans. C’est un choix artis­tique sur­prenant et orig­i­nal. La pièce s’a­muse avec le pub­lic et évoque avec ironie la con­di­tion des artistes dans la société et le rap­port par­ents / comé­di­ens. Mar­i­on m’a fait un rôle sur mesure.

Com­ment la ren­con­tre avec le monde du théâtre dit « tra­di­tion­nel » s’est-elle passée ? 
J’ai dix ans de car­rière dans le théâtre musi­cal, mais dans le monde du théâtre, j’é­tais un incon­nu, ça n’a pas été facile d’y entr­er C’est comme si j’é­tais entré dans le méti­er en mai 2006. Ces deux mon­des ne com­mu­niquent pas. C’est vrai­ment un cadeau du ciel et je ne l’ai pas vu, ni sen­ti venir. C’est une expéri­ence incroy­able. Ca a été assez dur. Je me suis beau­coup remis en ques­tion, parce qu’il fal­lait tou­jours affin­er et amélior­er le rôle.

Quels sont vos projets ? 
Je pars inter­préter pour la fin de l’an­née à Liège, Mer­cure dans Orphée aux Enfers d’Of­fen­bach. Je suis voué à jouer les Dieux (rires). Je ne peux pas encore dire grand chose sur ce spec­ta­cle. Pour l’in­stant, je tra­vaille beau­coup avec Yaël Ben­za­quem, mon pro­fesseur de chant et d’in­ter­pré­ta­tion. Je rejoins une troupe lyrique et je ne suis pas chanteur lyrique. Puis, j’e­spère repren­dre L’Il­lu­sion Comique dès la rentrée.
En sep­tem­bre 2007, Panique à bord se jouera au Vingtième Théâtre avec une mise en scène d’Ag­nès Boury. J’ai des pro­jets de théâtre et un énorme pro­jet de spec­ta­cle musi­cal. C’est un one man show (avec trois musi­ciens sur scène), signé Stéphane Laporte et arrangé par Patrice Peyri­eras. Ce pro­jet « qui n’a pas de titre encore » est basé sur l’u­nivers musi­cal des dix pre­mières années de la car­rière de Bar­bra Streisand. Au départ, mes envies n’al­laient pas vers le « seul en scène ». Tra­vailler avec Patrice et Stéphane est une grande chance. Mais je me mets en dan­ger. C’est un chal­lenge d’in­ter­pré­ta­tion, de tech­nique pure et d’en­durance. J’ai car­ré­ment la trouille (rires).
2006 a été l’an­née des choix, des doutes et des remis­es en ques­tion. J’ai l’im­pres­sion qu’un virage s’est fait tout seul dans ma car­rière. J’a­vance sur deux chemins par­al­lèles : le théâtre et le musi­cal. J’ai été amené à refuser des rôles. J’ai pris des risques. J’ai envie de chal­lenge et de défi. C’est un petit monde où l’on ren­con­tre des gens pas­sion­nés. C’est en même temps exci­tant et par­fois ça peut être déce­vant. J’ap­prends à assumer mes choix et mes refus. Cela fait par­tie de mon épanouissement.