Vincent Daenen, auteur de La Nuit d’Elliot Fall

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Vin­cent Dae­nen © DR

Vin­cent Dae­nen, com­ment avez-vous ren­con­tré Jean-Luc Revol ?
C’est un ami com­mun, Michel Fau, qui nous a présen­tés en 2007. Jean-Luc recher­chait un auteur. Je lui ai donc envoyé mes textes et il m’a con­tac­té quelques mois plus tard.

Com­ment est née l’idée d’Elliot Fall ?
Jean-Luc avait déjà toute la struc­ture en tête : le con­texte de la ville imag­i­naire, Elliot qui ren­con­tre tout un tas de per­son­nages issus de con­tes de fées détournés, cette notion de peur enfan­tine à fouiller, et la quête de l’émerveillement per­du. C’était déjà un brief assez précis.

Com­ment s’est passée votre collaboration ?
Je lui présen­tais cinq ou six scènes à cha­cune de nos ren­con­tres. J’arrivais avec mes cahiers pour pren­dre des notes, comme un bon élève. Il me dis­ait ce qu’il aimait, ce qu’il fal­lait fouiller encore un peu plus. Il y a tou­jours eu une grande flu­id­ité dans nos échanges et dans l’écriture de la pièce. Il a seule­ment fal­lu faire quelques retouch­es lorsqu’il a attaqué la mise en scène. Moi, je pas­sais d’un lieu à un autre sur le papi­er alors que, sur scène, ça deve­nait plus com­pliqué. On a donc restruc­turé cer­taines scènes.

C’est par­ti­c­uli­er d’écrire pour une commande ?
Oui, Jean-Luc Revol m’a don­né les idées de départ et il m’a influ­encé dans l’écriture. Comme il avait lu aus­si mes pièces, il m’a demandé de m’inspirer aus­si des per­son­nages baro­ques que j’avais imag­inés aupar­a­vant. Ensuite, il m’a lais­sé carte blanche.

On a l’impression que les per­son­nages ont été écrits pour les comé­di­ens sur scène. 
Ce style de per­son­nages fai­sait déjà par­tie de mon univers. Et effec­tive­ment, le fait de con­naître les comé­di­ens a aus­si influ­encé mon écri­t­ure. On peut  même dire que le rôle de Pré­ciosa a été écrit sur mesure pour Denis d’Arcangelo.
Je ne pou­vais pas rêver d’une meilleure dis­tri­b­u­tion ! Je suis tou­jours émer­veil­lé quand je les vois sur scène. Ils sont dif­férents chaque soir. Comme je le con­nais par­faite­ment, je remar­que tous les change­ments de texte. Voir toutes les pirou­ettes qu’ils font pour retomber sur leurs pattes m’amuse beaucoup.

Com­ment avez vous tra­vail­lé avec Thier­ry Boulanger et inté­gré la dimen­sion musicale ?
J’ai ren­con­tré Thier­ry à la pre­mière lec­ture, puis on s’est revus pour tra­vailler dans son stu­dio. De mon côté, tous les livrets étaient déjà écrits. J’avais déjà en tête les ambiances et même quelques ryth­miques. On a con­fron­té nos styles musi­caux rad­i­cale­ment dif­férents : moi d’un côté, avec mon goût pour la musique élec­tron­ique et le trip-hop, et lui de son côté, avec sa cul­ture plus clas­sique. Il m’a demandé quelle musique j’écoutais quand j’écrivais. Je lui ai don­né les pre­miers textes et il est revenu vers moi avec des propo­si­tions. Je trou­ve que lui et Jean-Luc Revol ont apporté une touche d’espoir à mon texte plutôt noir et à cette his­toire dés­espérée. Elliot Fall est un per­son­nage dés­abusé mais il croit en l’espoir puisqu’il suit Pré­ciosa. Il y a aus­si des sons très angois­sants qui font penser à la série Dex­ter.

Aujourd’hui, vous voyez votre œuvre jouée sur scène. Quel effet cela fait-il ?
C’est angois­sant, c’est choquant même ! Comme ce n’est pas moi qui l’ai mon­tée, j’ai été extrême­ment sur­pris (dans le bon sens) par le résul­tat final. J’avais vu seule­ment une répéti­tion sans cos­tumes et je n’aurais pas dû venir car j’ai été pris de panique. Le chal­lenge quand on est auteur, c’est de faire con­fi­ance au met­teur au scène. Jean-Luc m’a beau­coup ras­suré. Quand j’ai assisté à la pre­mière, je me suis sen­ti net­te­ment mieux ! Depuis, je suis accro. Je viens au théâtre presque tous les soirs. J’ai dû rater qua­tre représen­ta­tions en tout ! J’aime bien enten­dre les réac­tions des gens à la sor­tie. Sou­vent ils aiment, mais un soir, une per­son­ne est sor­tie en s’exclamant que « c’était abom­inable­ment sin­istre ! ». C’est tout ou rien. Soit le pub­lic adore, soit il déteste, il n’y a pas d’entre-deux.

Vous êtes un auteur par­ti­c­uli­er : c’est une vocation ?
J’ai com­mencé à écrire des poèmes à quinze ans. J’ai ren­con­tré, par l’intermédiaire de ma prof de français, le pein­tre Luis Salazar qui est devenu un ami cher et un men­tor. C’est devenu alors une pri­or­ité absolue dans ma vie. Je suis ensuite mon­té à Paris à 19 ans et j’ai com­mencé par pren­dre des cours de théâtre au Cours Flo­rent. C’est en ren­con­trant ma femme que j’ai com­mencé à écrire des romans. J’en suis au quatrième !

Avez-vous des pro­jets en cours ?
Je suis en train de ter­min­er une pièce de théâtre et un roman. En fait, je suis tout le temps en train d’écrire. C’est obses­sion­nel. Chaque sit­u­a­tion, chaque ren­con­tre me donne une idée. C’est sim­ple, je ne m’arrête jamais !