Une petite comédie macabre et musicale écrite et mise en scène par Nicolas Engel
Mise en musique par Raphaël Callandreau
Scénographiée par Sarah Heitz-Ménard
Distribution : Juliette Laurent
Enfermée dans le noir, une jeune fille joue à cache-cache avec ses souvenirs.
Entièrement chanté, le spectacle suit en musique les réminiscences de la jeune fille. Elle nous raconte sa solitude à voix haute et invoque toute une galerie de personnages avec lesquels elle s’entretient. A la fois sombre et drôle, Une partie de cache-cache est construit comme une promenade en train fantôme dans un esprit perturbé.
Dans ce « spectr’acle musical » à l’ARTicle (de la mort), tout commence comme dans la chanson de Suzanne Vega, « My name is Luka, I live on the second floor »… Comment une petite fille pourrait-elle échapper à son enfance malheureuse et ses fantômes, seuls camarades de captivité dans le cagibi sous l’escalier ? Enfin débarrassée de ses parents ? l’histoire ne dit pas comment et on préfère ne pas savoir ? elle reste prisonnière de ses sombres souvenirs. De façon maladive, elle se coiffe à rebrousse-poil et se fait des noeuds à la tête. Des lueurs d’espoir s’allument, ça et là, mais jamais pour très longtemps car, on le sait bien, une spirale inéluctable s’engage vers la folie et le noir complet.
Une partie de cache-cache tient sa promesse marketing : une comédie à la fois musicale et macabre. Nicolas Engel (livret et mise en scène) et Raphaël Callandreau (musique et interprétation) ont conçu une oeuvre qui glace le sang et met mal à l’aise. C’est la preuve que le spectacle fonctionne bien ; minimaliste et allégorique, il personnifie un mal-être grandissant, envahissant.
Mais que l’on se rassure, si l’on est certainement heurté par ce drame musical, on n’en sort pas déprimé. La musique omniprésente est certes lancinante mais jamais morne. Sans lyrisme, qui détonnerait dans le contexte, Juliette Laurent ? seule sur scène, elle réalise une performance scénique et vocale formidable ? semble égrener une longue comptine dont les vers successifs se prennent à contre-pied, souvent avec humour. « Quand on est bonne à rien / Une chambre de bonne, c’est déjà bien » ! Une façon d’accepter avec philosophie le sort qui s’acharne.
Il faut parfois se faire violence en ces gais jours d’été (si l’été veut bien commencer un jour) pour regarder la violence ordinaire dans les yeux. Ce spectacle est une partie de cache-cache entre les mots et les symboles avec la musique comme indice, dans une création pleine d’intérêt.