Avignon 2015 : Une diva à Sarcelles (Critique)

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    Comédie musi­cale sur fond lyrique écrite et mise en scène par Vir­ginie Lemoine.
    Avec : Brigitte Fau­re, Smail Mek­ki, Marie Cheval­ot & Josef Kapustka.

    Cri­tique parue lors des représen­ta­tions de 2009

    Pier­rette Michon — alias Pié­tra Michet­skaïa — est une chanteuse lyrique mécon­nue et pass­able­ment schiz­o­phrène. Jour après jour, depuis son dernier séjour en hôpi­tal psy­chi­a­trique, elle rêve sa vie — ou vit son rêve — dans son minus­cule stu­dio de Sar­celles. Là, les journées se suiv­ent et se ressem­blent : un épisode de « Plus belle la vie », quelques chips, beau­coup d’eau de vie et de médica­ments et le show peut com­mencer. Pier­rette devient Pié­tra et con­voque son pianiste chimérique, devant un pub­lic imag­i­naire, pour un réc­i­tal qui évolue au gré de ses humeurs. Evidem­ment, ses voisins ne sup­por­t­ent plus ses vocalis­es intem­pes­tives. Evidem­ment, cette exis­tence fan­tas­mée ne lui per­met pas de réa­gir face aux réal­ités du quo­ti­di­en et la con­duit à vivre sous tutelle, hors de toute rela­tion nor­male. Evidem­ment, elle ne peut répon­dre con­crète­ment aux attentes de son gar­di­en d’im­meu­ble, si amoureux qu’il s’ac­com­mode de ses hallucinations.

    Dans le rôle de Pierrette/Piétra, on décou­vre Brigitte Fau­re, une artiste qui pos­sède un tal­ent et une énergie indé­ni­ables. Le spec­ta­cle — écrit et mis en scène par Vir­ginie Lemoine — est plein d’hu­mour et joue des nom­breuses références musi­cales avec intel­li­gence. Au-delà du comique, le per­son­nage se révèle extrême­ment attachant et on délaisse rapi­de­ment le grotesque de la sit­u­a­tion pour se con­cen­tr­er davan­tage sur la souf­france de cette diva de pacotille, sur la tragédie de l’échec, sur la soli­tude…Une diva à Sar­celles est donc un joli spec­ta­cle tra­gi-comique à aller applaudir, ne serait-ce que pour décou­vrir de quelle manière une sopra­no dépres­sive peut s’emparer du cake d’amour de Peau d’Ane