Trio français pour Chicago — Les français envahissent Chicago

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Christophe Caballero dans Chicago ©DR
Christophe Caballero dans Chica­go ©DR

Quelle impres­sion a‑t-on lorsqu’on intè­gre une comédie musi­cale améri­caine comme Chica­go ?
Christophe Caballero : Je pos­sède une bonne expéri­ence dans le domaine des comédies musi­cales améri­caines trans­posées en français (La cage aux folles, Sin­gin’ in the rain), et j’ai joué sou­vent à Broad­way. Mais c’est la pre­mière fois que je me retrou­ve à Paris dans un musi­cal dont la mise en scène est à l’i­den­tique. A part le pres­tige et l’hon­neur de faire par­tie de cette troupe, cela ne change pas grand chose, si ce n’est le plaisir de décou­vrir le tra­vail avec des Cana­di­ens, qui par­lent très bien anglais. En couliss­es, j’ai le sen­ti­ment de me retrou­ver dans un théâtre à New York !

Armelle Fer­ron : Pour moi, Bob Fos­se, c’est le top. Chica­go, c’est la comédie musi­cale comme je l’aime : cynique, élé­gante. Et je ne par­le même pas des choré­gra­phies. En 1996, à Broad­way j’ai fait la queue pen­dant cinq jours avant d’avoir un tick­et afin de voir Chica­go avec Ann Reink­ing. Me retrou­ver dans ce spec­ta­cle mythique, c’est un rêve.

Amélie Munier : Je suis un vrai bébé, je ne réalise pas encore ! Pour moi c’é­tait inimag­in­able que Chica­go vienne à Paris !

Christophe Caballero : J’é­tais à New York lors de la reprise du spec­ta­cle via le con­cert Encores !, et je n’avais pas l’in­ten­tion de pay­er pour voir le show. Du coup, je suis passé à côté et l’ai décou­vert, quelques mois plus tard, totale­ment par hasard. Je me suis ren­du compte de mon erreur car j’ai adoré ce que j’ai vu ! Après, je l’ai vu à Londres.

Quel est votre point de vue sur la chorégraphie ?
Christophe Caballero : Même si j’ad­mire d’autres choré­graphes, Jérôme Rob­bins et Bob Fos­se les sur­passent. J’aime leur manière d’u­tilis­er la danse, ses tech­niques. Bob Fos­se pos­sède une vision pointue, qui va au-delà de la chorégraphie.

Armelle Fer­ron : La danse inter­vient tou­jours de manière intel­li­gente, le mou­ve­ment, au même titre que les paroles d’une chan­son, per­met de faire avancer l’his­toire : il n’est jamais gratuit.

Amélie Munier : La choré­gra­phie ne comble aucun vide, elle a sa place à part entière.

Qu’est-ce qui vous donne le plus de dif­fi­cultés dans le spectacle ?
Armelle Fer­ron : J’ai du mal à manier les plumes !

Christophe Caballero : For­cé­ment, elles sont plus grandes que toi !!

Armelle Fer­ron : J’ar­rive bien à gér­er mon corps, mais les acces­soires me don­nent du fil à retor­dre. D’autre part, pour que l’ef­fet soit réus­si, tout doit être réglé au mil­limètre. Une plume qui dépasse et hop, tout le numéro est en péril.

Christophe Caballero : Le plus dif­fi­cile pour moi est d’être assis pen­dant des péri­odes assez longues et d’être, mal­gré tout, tou­jours sur le coup.

Amélie Munier : Je par­lerais pour ma part de la ten­sion per­ma­nente qui sous-tend le show. Nous, les filles, avons beau­coup de numéros sur le fil, qui néces­si­tent une ten­sion extrême. La con­serv­er avec la fatigue qui s’ac­cu­mule est dif­fi­cile. Imag­inez le « Cell Block tan­go » avec des pro­tag­o­nistes molles… C’est incon­cev­able. Chica­go est un spec­ta­cle exigeant.

Armelle Fer­ron : D’au­tant que l’én­ergie n’est pas explo­sive. Tout est très ren­tré, comme s’il fal­lait tout cen­tr­er sur soi. C’est une énergie per­ma­nente, dif­fi­cile à contenir.

Amélie Munier : Je n’ai pas de souci avec cette énergie. On m’a telle­ment fait danser des choses que je ne com­pre­nais pas, où l’on m’indi­quait juste des pas à exé­cuter, sans but. Là c’est l’in­verse : comme dis­ait Armelle, tous les pas pos­sè­dent une sig­ni­fi­ca­tion et cela aide véri­ta­ble­ment le danseur. C’est bien plus motivant.

Que pensez-vous de la récente adap­ta­tion filmée ?
Christophe Caballero : J’ai aimé le film lorsque je l’ai décou­vert. Je l’ai revu pen­dant les répéti­tions et con­tin­ue à penser que la trans­po­si­tion au ciné­ma est réussie. Il était impos­si­ble de filmer Chica­go tel qu’il est sur scène. Au théâtre, le per­son­nage chante sur ce qui se déroule dans l’ac­tion et égale­ment sur ce qui se passe dans sa tête. L’idée d’avoir jus­ti­fié les chan­sons parce que Rox­ie les imag­ine me sem­ble très bonne. C’est d’ailleurs ce qui explique les numéros coupés, qui sor­tent de ce con­texte, comme « Class ».

Amélie Munier : J’adore le film pour sa dif­férence d’avec la scène. Ce sont deux choses très dif­férentes, il faut voir les deux !

Armelle Fer­ron : Je pense que la vision de Bob Fos­se, tout comme ses choré­gra­phies, man­quent à ce film… J’au­rais bien aimé qu’il le réalise lui-même. Le numéro « Raz­zle Daz­zle » résume bien ce que je pense du film : on nous en met plein les yeux, c’est telle­ment riche que l’on ne peut pas tout voir, c’est de l’ar­ti­fice. Le film est un peu à cette image.

Quel regard portez-vous sur la comédie musi­cale en France ?
Christophe Caballero : Existe-t-il une comédie musi­cale en France ? Je n’en suis pas sûr… En tout cas, pas à grande échelle comme out­re Manche ou out­re Atlan­tique. Les gross­es machines ser­vent essen­tielle­ment ici à ven­dre des dis­ques. J’aimerais que des spec­ta­cles comme Créa­tures soient encour­agés. S’il existe un renou­veau, c’est dans cette direc­tion qu’il faut aller.

Amélie Munier : Pour moi, la comédie musi­cale française existe, mais unique­ment dans des petites structures.

Armelle Fer­ron : Ce serait bien si les pro­duc­teurs désireux d’in­ve­stir dans le théâtre musi­cal de qual­ité venaient voir Chica­go, afin qu’ils se ren­dent compte com­bi­en le spec­ta­cle est com­plet, avec des musi­ciens, acteurs, chanteurs et danseurs. L’é­mo­tion dégagée se situe sur un autre niveau que celle des gros shows français.

Christophe Caballero : L’é­d­u­ca­tion française en matière de théâtre musi­cal a de nom­breuses lacunes, il aurait été intéres­sant que Chica­go aille en province à la ren­con­tre d’un autre pub­lic. La médi­ati­sa­tion télévi­suelle fait du mal, au lieu de l’a­grandir elle réduit l’hori­zon des gens en ne leur pro­posant que les mêmes choses. La pro­mo­tion se con­cen­tre unique­ment sur cer­tains gros spectacles.

Amélie Munier : A mes yeux, le pub­lic de la comédie musi­cale comme Chica­go reste restreint. Ce type de spec­ta­cle ne pour­rait pas de toute manière pass­er par une sur-médi­ati­sa­tion, cela ne colle pas avec l’é­tat d’e­sprit du show.

Par­lez-nous de vos personnages ?
Christophe Caballero : Les filles ont des per­son­nages plus pré­cis que moi, pau­vre greffier.

Armelle Fer­ron : Liz est bien folle. D’ailleurs, l’ac­trice qui a joué le rôle à Broad­way était déjan­tée et a influ­encé le per­son­nage… Il faut dire, flinguer un mec parce qu’il fait cla­quer son chew­ing-gum, c’est incroyable !

Amélie Munier : Je ne sais pas trop quoi penser de mon rôle. Sta­cy, de Lon­dres, nous a fait tra­vailler les per­son­nages et a ten­té d’adapter chaque car­ac­tère à notre per­son­nal­ité. Lorsque j’ai vu le show dans le West End, ou vu le film, les filles qui ont mon rôle l’in­ter­prè­tent de manière très dif­férente. J’ap­porte une force frag­ile, avec un cer­tain humour. De toute manière, toutes les filles dans Chica­go sont un peu « barrées ».

Quels sont vos voeux pour la suite ?
Amélie Munier : Encore !!

Armelle Fer­ron : Que des pro­duc­teurs s’en­ga­gent dans des spec­ta­cles du réper­toire comme Sweet Char­i­ty, Pip­pin, etc… Plutôt que d’in­ven­ter des gross­es pro­duc­tions français­es pas tou­jours con­va­in­cantes, pen­chons-nous sur le répertoire.

Christophe Caballero : Comme il s’ag­it une copro­duc­tion française, cela va sans doute faire bouger les choses. J’adore vivre à Paris, mais à cer­tains moments c’est dif­fi­cile pour moi de tra­vailler car je suis très spé­cial­isé. Je chante plus et danse moins et ne suis pas trop ten­té par les audi­tions des gros spec­ta­cles français qui, en plus, com­por­tent sou­vent des choré­gra­phies assez vio­lentes. Alors je me con­cen­tre davan­tage sur des pro­jets per­son­nels comme Etats d’Ame, ou un spec­ta­cle solo qui me per­me­t­trait d’ex­ploiter mon univers.

Amélie Munier : Pour résumer, nous faisons par­tie des pro­fes­sion­nels qui aime­ri­ons ne faire que de la comédie musi­cale. Le choix des cast­ings n’est pas assez large, du coup, nous sommes oblig­és d’aller vers des choses qui s’éloignent de nos préoc­cu­pa­tions et envies intimes. Nous avons envie d’en­cour­ager les pro­duc­teurs à se lancer dans des spec­ta­cles musi­caux à taille humaine, dans des salles de théâtre, avec des musi­ciens et des artistes — et il n’en manque pas en France ! — de manière à trans­met­tre notre pas­sion au plus grand nombre.