Tout fout l’camp ! (Critique)

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Réc­i­tal-spec­ta­cle
Avec Flan­nan Obé (chant, textes), Yves Meier­hans (piano)
Mise en scène : Jean-Marc Hoolbecq
Créa­tion lumière : Stéphane Balny

Il était Elliot Fall la sai­son dernière, il fut Gas­ton dans Luci­enne et les Garçons, et est aus­si un mem­bre de la com­pag­nie Les Brig­ands… Aujour­d’hui, il nous pro­pose, accom­pa­g­né par Yves Meier­hans au piano, un réc­i­tal-spec­ta­cle entre mélodies français­es (Rav­el, Poulenc, Hahn…), chan­sons (Damia, Brel, Fran­cis Blanche…) et quelques mots de son cru. Sous le regard de Jean-Marc Hool­becq, qui est aus­si choré­graphe, Flan­nan Obé nav­igue des larmes au rire, du renon­ce­ment à la révolte, du théâtre au music-hall, et nous par­le des choses de la vie.

Notre avis :

Ce pre­mier réc­i­tal-spec­ta­cle seul à chanter en scène de Flan­nan Obé est une vraie réus­site ! Des poèmes mis en musique aux textes de son cru qui ponctuent la soirée, il nous racon­te des his­toires où l’amour et la mort vont de con­serve, des ren­con­tres cham­pêtres, des pas­sions qui annon­cent la mal­adie, des révoltes qui mènent à la guerre… On oscille, entre cynisme et déri­sion, d’une sit­u­a­tion tra­gi-comique (Le mot de bil­let, de Fran­cis Blanche) à des réflex­ions en demi-teintes (Le vase brisé, poème de Sul­ly Prud­homme), ou à des anec­dotes tru­cu­lentes ou fausse­ment naïves racon­tées à la pre­mière per­son­ne (l’enfant qui voulait apprivois­er une sauterelle, le déje­uner avec une amie qui par­le de sujets sur lesquels on n’a rien à dire).

On admire avant tout un artiste aux mul­ti­ples qual­ités : sa voix sonore et duc­tile lui per­met de se gliss­er avec maes­tria aus­si bien dans l’univers feu­tré de la mélodie clas­sique (Hahn, Franck, Chaus­son…) que dans celui, plus véhé­ment ou plus accen­tué, de la chan­son réal­iste ou de car­ac­tère (Damia, Brel, Piaf…). Grâce à son sens du théâtre et à un engage­ment physique soutenus, par des atti­tudes bien cam­pées, en déam­bu­lant avec non­cha­lance, en esquis­sant quelques pas de danse, en se jetant à terre ou en se tor­tillant d’ironie, il se veut séduc­teur, sus­cite le rire ou con­voque le drame. Chaque inflex­ion est maîtrisée et la galerie des per­son­nages qu’il égrène tout au long de la soirée, ceux des saynètes comme ceux des chan­sons, prend incroy­able­ment vie.

Son parte­naire sur scène, le pianiste et com­pos­i­teur Yves Meier­hans, fait bien plus qu’accompagner : il déroule avec sen­si­bil­ité un tapis rouge sonore qui s’impose comme un sub­til écrin pour les textes. La Pavane pour une Infante défunte en duo avec Isabelle Sajot au vio­lon­celle est un authen­tique moment de grâce. Sans acces­soire ni décor, la mise en scène et les choré­gra­phies de Jean-Marc Hool­becq, alliées aux lumières de Stéphane Bal­ny, font ressor­tir la var­iété des univers et révè­lent le sens des textes en leur insuf­flant un élan.

Ques­tion de goût sans doute : plutôt que par les moments démon­strat­ifs très bien réglés, on a été plus ému par le Kad­dish de Mau­rice Rav­el qui ouvre le spec­ta­cle et le Bye bye de Tiarko Richep­in qui le clôt, deux moments de véri­ta­ble mise à nu et de sincère intro­spec­tion. Et encore plus par le bis accom­pa­g­né au vio­lon­celle, Alfon­si­na y el mar, don­né sans fard et qui révèle peut-être encore une autre facette d’un artiste talentueux.