Comédie musicale d’après les albums d’Hergé « Les sept boules de cristal » et « Le Temple du Soleil »
Livret et lyrics: Seth Gaaikema
Adaptation française: Didier Van Cauwelaert
Musique: Dirk Brossé
Mise en scène: Frank Van Laecke
Chorégraphie: Martin Michel
Avec Vincent Heden, Frayne McCarthy, Jacqueline Van Quaille, France Emond, François Langlois, Franck Vincent, Jacky Druaux, Pierre-Yves Duchesne,…et Zohra et Zina en alternance dans le rôle de Milou !
Produit par Tabas et Moulinsart
Tintin et Milou, on vient avec vous !
Après l’immense succès mérité du spectacle musical Kuifje — De Zonnetempel à Anvers, nous attendions avec impatience la version française Tintin — Le Temple du Soleil qui vient d’ouvrir à Charleroi. Autant le dire tout de suite, l’attente est largement récompensée. En à peine un mois et demi de répétitions, le cast francophone réalise une véritable performance. Un vrai grand spectacle musical familial d’une richesse rarement vue en francophonie !
Qui n’a jamais lu un album de Tintin ? Le petit reporter belge créé par Hergé fait partie depuis des années de ces héros imaginaires et populaires connus de tous. Adapter deux des aventures de Tintin ( Les sept boules de cristal et Le Temple du Soleil) en comédie musicale était un pari fou et risqué. Les producteurs et l’équipe artistique y ont cru jusqu’au bout et ils ont eu raison. Pari gagné haut la main : Tintin — Le Temple du Soleil est une réussite totale.
Dès le premier tableau et pendant plus de deux heures, on est plongé dans une bande dessinée en 3D avec des personnages qui s’animent, parlent, chantent et dansent. Sensation magique de se trouver entre le rêve et la réalité. Tout contribue à ce plaisir jubilatoire.
La magnifique partition du compositeur Dirk Brossé, allant du jazz au lyrique, évoque tour à tour le mystère, la joie, la peur, la mélancolie et le bonheur retrouvé. La force émotionnelle de cette musique, renforcée par rapport à Anvers grâce à de nouveaux arrangements, est parfaitement restituée par un orchestre d’une vingtaine de musiciens dirigés avec maestria par Dirk De Caluwé. Si le livret signé Seth Gaaikema prend quelques libertés avec le scénario d’Hergé, ce n’est que pour renforcer l’histoire et donner une réelle profondeur et humanité aux personnages sans jamais dénaturer l’esprit de l’oeuvre originale. Dans son adaptation française, Didier Van Cauwelaert apporte son propre imaginaire de romancier et un style que nous avions découvert dans Le Passe Muraille, sa première comédie musicale écrite avec Michel Legrand.
Les innombrables décors de Paul Gillis sont à couper le souffle, tous plus impressionnants les uns que les autres, ils restituent presque au détail près les dessins d’Hergé. Mention spéciale pour le grandiose Temple du Soleil et surtout pour l’impressionnante chute d’eau que traverse Tintin : c’est Niagara sur scène ! Les costumes sont eux aussi d’une rare qualité et très fidèles à la bande dessinée. Maquillage et perruques renforcent encore un peu plus la ressemblance parfaite des comédiens avec les personnages d’Hergé.
Si le spectacle fonctionne encore mieux qu’à Anvers, c’est essentiellement grâce à la qualité supérieure du cast francophone et surtout à son homogénéité. Tous les membres de l’ensemble sont d’un très bon niveau aussi bien en danse, en chant, et même en comédie pour certains. La puissance vocale qu’ils dégagent et l’énergie avec laquelle ils exécutent les chorégraphies originales de Martin Michel donnent une incontestable force au spectacle. Ici tous les comédiens ont leur importance et se remarquent. Ils mériteraient tous d’être cités. On retrouve avec grand plaisir la formidable Jacqueline Van Quaille en Bianca Castafiore, irrésistible par son exubérance et ses caprices de diva mais aussi profondément touchante dans sa solitude. Deux doux dingues talentueux, Franck Vincent et François Langlois, interprètent le délirant tandem des Dupond/t. Frayne McCarthy incarne avec justesse un capitaine Haddock tempétueux, bougon et donne aussi au personnage toute sa sensibilité. Quant au héros de cette grande comédie d’aventure musicale, Tintin, il a les traits et la voix de Vincent Heden. Tant vocalement que physiquement, on ne pouvait trouver meilleur Tintin. Déjà remarqué dans Titanic à Liège, l’immense talent de ce jeune artiste français prend ici toute sa dimension.
Toute cette belle distribution n’aurait peut-être pas donné autant si elle n’avait eu comme metteur en scène le génial Frank Van Laecke qui réussit à faire encore plus fort qu’à Anvers. Astucieuse, drôle, fluide, sa mise en scène fait preuve d’une grande inventivité et d’une belle sensibilité.
Telle la réapparition du soleil après l’éclipse à la fin du spectacle, Tintin — Le Temple du Soleil redonne espoir aux amateurs francophones d’un vrai théâtre musical populaire de grande qualité. Gageons que le succès annoncé du spectacle à Charleroi attirera la curiosité et l’intérêt de quelques producteurs français, il semble d’ailleurs que ce soit déjà le cas. Merci Tintin !