The Producers — Stra-SS et paillettes

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Affiche du film de 1968 ©DR
Affiche du film de 1968 ©DR

Livret de Mel Brooks et Thomas Meehan.
Lyrics et musique de Mel Brooks.

Créa­tion
Créa­tion le 19 avril 2001 au St. James The­atre à New York : le show cumule 12 Tony Awards, 2.000 représen­ta­tions et un chiffre d’af­faires de 250 mil­lions de dollars.
Depuis octo­bre 2004, le show se joue égale­ment à Lon­dres, au Roy­al Drury Lane Theatre.

Chan­sons
Over­ture — Open­ing Night — The King of Broad­way — We Can Do It — Unhap­py — I Wan­na Be a Pro­duc­er — In Old Bavaria — Der Guten Tag Hop-Clop — Keep It Gay — When You Got It, Flaunt It — Along Came Bialy — That Face — Have You Ever Heard the Ger­man Band? — It’s Bad Luck to Say Good Luck on Op’n­ing Night — Spring­time for Hitler — Where Did We Go Right? — Betrayed — ‘Til Him — Pris­on­ers Of Love (Leo & Max)  Goodbye!

Syn­op­sis
A Broad­way, dans les années 60, Max Bia­ly­stock est un pro­duc­teur sans scrupules et sans inspi­ra­tion. Il finance ses flops suc­ces­sifs en séduisant des petites vieilles pour leur extor­quer leurs économies. En véri­fi­ant les comptes du dernier flop en date, une adap­ta­tion musi­cale de Ham­let, Leo Bloom, son nou­veau compt­able, réalise qu’un pro­duc­teur mal­hon­nête pour­rait gag­n­er beau­coup d’ar­gent avec une pièce qui fer­merait avant même d’avoir épuisé toutes ses sources de finance­ment. Il n’en faut pas plus pour alléch­er Max, qui à son tour con­va­inc Leo, franche­ment timide et vel­léi­taire, de l’aider à mon­ter la plus mau­vaise pièce au monde pour se partager les mil­lions de ses investis­seurs octogé­naires. Au pas­sage, ils recru­tent la stan­dard­iste Ulla, une sué­doise plan­tureuse qui chante, danse et fait le ménage, et qui per­met à Léo de con­naître cet étrange sen­ti­ment qu’est l’amour !
Après des nuits de lec­ture, la navet du siè­cle est décou­vert : Spring­time for Hitler, une ode au dic­ta­teur écrite par Franz Liebkind, un nazi en fuite. C’est le bide assuré dès la page 4 du script telle­ment l’au­di­ence new-yorkaise sera out­rée et en… fureur ! Pour garan­tir l’échec de l’en­tre­prise, Max choisit le met­teur en scène Roger DeBris, plus con­nu pour ses folles exubérances que sa virilité.
Ce mélange déton­nant, cen­sé explos­er en vol, fait des étin­celles ! Inter­prété au sec­ond degré (comme il se doit), le spec­ta­cle d’une troupe de SS en for­ma­tion de svasti­ka, dansant sur une musique ryth­mée par les heil myself d’un Hitler maniéré, amuse le pub­lic et rav­it les cri­tiques. Ce suc­cès inat­ten­du est katas­trophal pour Max et Leo !
Max se fait rapi­de­ment pin­cer par la police, avec sous le bras les livres de comptes mar­qués à ne surtout pas mon­tr­er à l’in­spec­tion des impôts. Leo s’in­ter­roge : doit-il se livr­er à la jus­tice et partager le triste sort de son ami à qui il doit tout … ou bien par­tir à Rio avec Ulla et les deux mil­lions de dol­lars restés dans le coffre ?

Le thème
Dans Le Dic­ta­teur (1940), Chap­lin a affron­té le nazisme les yeux dans les yeux. N’é­tait-ce pas un peu facile pour Mel Brooks, ou même dan­gereux dans le cadre du devoir de mémoire, de traiter Hitler comme un Char­lot, vingt ans après la guerre, puis de remet­tre ça trente ans plus tard ?
Bien enten­du, Mel Brooks a avant tout recher­ché l’ef­fet comique provo­qué par le choc entre la mon­strueuse réal­ité de l’idéal nazi et la friv­o­lité du monde du spec­ta­cle. Et c’est une juste revanche ! Jadis, tout un peu­ple s’est lais­sé hyp­no­tis­er par des parades de rue, des claque­ments de bottes et des promess­es de lende­mains qui chantent. Incon­sciem­ment peut-être, Mel Brooks appelle à la vig­i­lance per­ma­nente et au refus de la poli­tique spec­ta­cle. Encore ces temps-ci, cer­tains sem­blent oubli­er que la vie n’est pas un film hollywoodien.
Mais le thème prin­ci­pal de The Pro­duc­ers n’est pas poli­tique. L’ami­tié pro­fonde et la fidél­ité entre Max et Leo sont les moteurs de la pièce. Léo n’est qu’un moins que rien lorsqu’il entre en scène, un compt­able frus­tré qui se mas­turbe la tête sur des chiffres. Max lui per­met de s’é­manciper, de réalis­er ses rêves et bien sûr de décou­vrir l’amour ! Sur tout Broad­way, il n’y a pas de scène plus belle et plus riche de sens que « Unhap­py » immé­di­ate­ment suivi de « I Wan­na Be A Pro­duc­er », où Leo sort lit­térale­ment du plac­ard et fait sa trans­for­ma­tion de cafard kafkaïen en pim­pant meneur de revue. En prison, Max reçoit une carte postale de Rio envoyée par son asso­cié et chante « Betrayed », l’ac­cu­sant de lui avoir volé ses idées, son argent, sa vie. C’est le point cul­mi­nant où les deux per­son­nages, dans une rela­tion d’amour-haine extrême, ne font qu’un ! Enfin, « Until Him » exprime la recon­nais­sance de Leo envers son ami Max, avec qui il veut partager joies et peines… de prison pour commencer !

L’his­toire der­rière l’histoire
The Pro­duc­ers est le pre­mier long métrage de Mel Brooks. Il reçut l’Oscar du meilleur scé­nario orig­i­nal en 1969, ain­si qu’une nom­i­na­tion au meilleur sec­ond rôle pour Gene Wilder (Leo) qui tourn­era dans plusieurs films de Mel Brooks et sera aus­si le pre­mier Willy Won­ka dans une Choco­late Fac­to­ry de 1971.
En févri­er 1996, Play­bill fait état d’une rumeur con­cer­nant le rachat des droits du film pour son adap­ta­tion au théâtre, démen­tie aus­sitôt par tous les intéressés.
Mel Brooks racon­te qu’un jour de 1998, il reçoit un coup de fil de son ami David Gef­fen, co-fon­da­teur avec Spiel­berg et Katzen­berg des stu­dios Dream­works et égale­ment co pro­duc­teur du hit plané­taire Cats, qui lui pro­pose de faire une ver­sion musi­cale de The Pro­duc­ers. Mel Brooks, sans doute échaudé par le mai­gre suc­cès de son film en salles, refuse : « Le film est par­fait tel qu’il est, restons-en là », répond-il à Geffen.
Néan­moins, la petite graine était plan­tée et le pro­jet n’a pas mis longtemps à ger­mer. Avec son tal­entueux ami Tom Mee­han, co-scé­nar­iste de plusieurs de ses films et à ce jour triple tit­u­laire de Tony Awards (1977 : Annie, 2001 : The Pro­duc­ers, 2003 : Hair­spray), Mel Brooks se lance dans l’écri­t­ure du livret. En fait, assez peu de choses vont chang­er par rap­port au film… hormis l’in­tro­duc­tion de 17 nou­velles chan­sons ! Deux autres, « Spring­time for Hitler » et « Pris­on­ers of Love », com­posées par Mel Brooks, sont déjà présentes dans le film. Enfin, c’est Jer­ry Her­man (Hel­lo Dol­ly, La Cage aux Folles), pour­tant recom­mandé par Gef­fen, qui con­va­inc Mel Brooks d’écrire lui-même la partition.
Le cast­ing est le dernier coup de génie dans la con­cep­tion du pro­jet. Le duo Nathan Lane et Matthew Brod­er­ick fonc­tionne à mer­veille. L’un et l’autre sont déjà tit­u­laires de Tony Awards et seront à nou­veau nom­inés en 2001 pour leur inter­pré­ta­tion de Max et Leo. Ils se sont croisés sur l’en­reg­istrement du Lion King (1994) où Lane est la voix de Tim­on la man­gouste et Brod­er­ick celle de Sim­ba adulte ; ils se retrou­vent actuelle­ment (décem­bre 2005) dans un revival très cou­ru de The Odd Cou­ple sur Broad­way. À leur côté, Gary Beach joue l’ex­ubérant Roger DeBris et Brad Oscar le fasci­nant et fas­cisant Frank Liebkind. Le pre­mier se dérobera, au sens fig­uré unique­ment, pour un court revival de La Cage aux Folles en 2004 (nom­iné aux Tony Awards) puis repren­dra son rôle en 2005 ; le sec­ond tient aujour­d’hui le pre­mier rôle, celui de Max.
Détail amu­sant : Mel Brooks a enreg­istré lui-même une réplique dans la scène de « Spring­time for Hitler » pour laque­lle un acteur de l’ensem­ble joue en play-back : « Don’t be stu­pid, be a smar­ty / Come and join the nazi par­ty! » Aux avant-pre­mières à Chica­go, ce dernier rece­vait chaque soir un accueil tri­om­phal du pub­lic qui pen­sait qu’il s’agis­sait réelle­ment de Mel Brooks ! Tant et si bien qu’il finit par deman­der une aug­men­ta­tion… qui lui fut refusée bien sûr !
Au final, The Pro­duc­ers rafle 15 nom­i­na­tions et 12 Tony Awards en 2001, un record. Avec un scé­nario en or, une sué­doise blonde pla­tine, un tré­sor de par­ti­tion, un cast­ing bril­lant, des voix fortes en cof­fre et surtout… moultes blagues à deux balles, il était à peu près évi­dent que The Pro­duc­ers ferait la for­tune de Mel Brooks !

Ver­sions de référence
The Pro­duc­ers (1968) film de Mel Brooks avec Zero Mos­tel (Max) et Gene Wilder (Leo)
The Pro­duc­ers (2005) film de Susan Stro­man avec Nathan Lane (Max), Matthew Brod­er­ick (Leo), Uma Thur­man (Ulla), Will Fer­rell (Franz), Gary Beach (Roger)
The Pro­duc­ers (1968) B.O. du film
The Pro­duc­ers (2001) Orig­i­nal Broad­way Cast
The Pro­duc­ers (2005) B.O. du film