Sunday In The Park With George — Les tourments de la création

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Affiche de Sunday in the Park with George 2006 à Londres et 2008 à New York ©DR
Affiche de Sun­day in the Park with George 2006 à Lon­dres et 2008 à New York ©DR

Prin­ci­pales chansons 
Sun­day in the Park with George, Col­or and Light, Fin­ish­ing the Hat, We do not belong Togeth­er, Putting it Togeth­er, Move On.

Syn­op­sis
Au 19e siè­cle, George est un pein­tre absorbé par son oeu­vre. Son prin­ci­pal mod­èle, Dot, est amoureuse de lui mais il répond tiède­ment à ses sen­ti­ments. Sa pri­or­ité reste la grande oeu­vre en cours de développe­ment, ayant pour décor l’île de la Grande Jat­te. Découragée, Dot annonce à George qu’elle le quitte et qu’elle part pour l’Amérique en emmenant la fille qu’elle a eue de lui. Il ne mon­tre aucune émo­tion et retourne à ses pinceaux.

Un siè­cle plus tard, en 1984, un artiste prénom­mé George présente sa nou­velle oeu­vre, en hom­mage à Seu­rat. Mal­gré les hon­neurs, il tra­verse une crise d’in­spi­ra­tion. Sa grand-mère lui par­le de la prin­ci­pale fig­ure fémi­nine de la pein­ture Un Dimanche Après-midi sur l’île de la Grande Jat­te : il s’ag­it de son arrière-grand mère Dot. Lors d’un séjour à Paris, George se rend sur l’île de la Grande Jat­te. Dot lui appa­raît et l’en­cour­age à per­sévér­er dans son art en puisant en lui-même. Elle trans­met ain­si la flamme qui ani­mait le George qu’elle avait tant aimé.

Le thème
En imag­i­nant ce qu’au­rait pu être la créa­tion de la pein­ture Un Dimanche après-midi sur l’île de la Grande Jat­te, Sond­heim révèle au spec­ta­teur les tour­ments du créa­teur. La pein­ture orig­i­nale de Seu­rat a réclamé un tra­vail con­sid­érable du fait de sa con­cep­tion « pointil­liste » : des points jux­ta­posés qui pren­nent leur couleur et leur forme en se com­bi­nant. L’in­croy­able com­plex­ité de l’oeu­vre réclame un investisse­ment total de George. Il n’y a pas de place pour le reste, et les proches en pâtis­sent. C’est le prix min­i­mum à pay­er pour le créa­teur qui veut s’ac­crocher au som­met de son Art.

L’his­toire der­rière l’histoire 
La con­cep­tion de Sun­day in the Park with George vient après l’échec reten­tis­sant de son spec­ta­cle précé­dent Mer­ri­ly we roll along (1981). Sond­heim envis­ageait tout sim­ple­ment d’a­ban­don­ner le méti­er. La ren­con­tre avec le met­teur en scène et libret­tiste James Lap­ine lui redonne le goût au tra­vail et ils s’ac­cor­dent sur l’élab­o­ra­tion de Sun­day. Après avoir sou­vent mon­tré une image désen­chan­tée de la société améri­caine, Sond­heim dévoile une part de lui-même et de sa démarche créa­trice. C’est ce qui rend l’oeu­vre si pas­sion­nante et si attachante lorsqu’on con­naît la grande pudeur de l’auteur-compositeur.

Sun­day est une oeu­vre charnière de la car­rière de Sond­heim. Elle lui a d’abord per­mis de revenir au tout pre­mier plan après son échec précé­dent. Mais elle lui a surtout ouvert les portes de l’off-Broad­way, et ses petits théâtres, ses struc­tures légères (work­shop) qui per­me­t­tent de mûrir un spec­ta­cle avant d’af­fron­ter le grand bain du théâtre com­mer­cial de Broad­way. Par la suite, il con­tin­uera à dévelop­per ses futurs spec­ta­cles sur ce riche ter­reau. La pro­fonde orig­i­nal­ité de Sun­day lui a amené le sou­tien sans faille du grand quo­ti­di­en New York Times, à défaut d’un réel sou­tien pop­u­laire. A la céré­monie des Tony awards en 1984 (l’équiv­a­lent des Oscars pour le théâtre), Sun­day a peu bril­lé en glanant seule­ment deux récom­pens­es « mineures » (décors, lumières). Il est la vic­time de l’af­fron­te­ment entre les ten­ants d’une cer­taine « tra­di­tion » de Broad­way (à tra­vers La Cage aux Folles) et les « inno­va­teurs ». La con­sécra­tion vien­dra avec le pres­tigieux prix Pulitzer d’art dra­ma­tique. Ce prix, très rarement attribué à un musi­cal, dis­tingue cette oeu­vre bril­lante, ambitieuse, menant une intro­spec­tion sans com­plai­sance dans l’e­sprit d’un artiste. Elle est aus­si remar­quable par la beauté de sa par­ti­tion. Certes elle n’est pas d’un accès aisé, mais ceux qui font le pas en ressor­tent éblouis.

La grande chanteuse Bar­bra Streisand ne s’est pas trompée sur la pro­fondeur de Sun­day. Elle en a repris un des titres phares sur CD (The Broad­way Album) et sur scène : Putting it Togeth­er. En effet, elle avait adoré cette chan­son qui restitue si bien l’at­mo­sphère fiévreuse et laborieuse de la recherche créa­trice. Sun­day a un statut d’oeu­vre culte pour une poignée d’a­ma­teurs de Broad­way car il a apporté de la noblesse au musi­cal, et à l’Art améri­cain tout entier.

La col­lab­o­ra­tion de Sond­heim avec James Lap­ine s’é­tant avérée fructueuse ; ils la pour­suiv­ront avec le très acces­si­ble Into the Woods (1987) et le som­bre Pas­sion (1994).

Pour beau­coup il a sem­blé que l’in­tim­i­dant Sun­day met­trait une éter­nité avant de revenir sur scène à New York. Certes, il y a bien eu le con­cert du dix­ième anniver­saire le 15 mai 1994 avec la dis­tri­b­u­tion orig­i­nale de 1984. Mais il s’est con­tenté d’une soirée unique et n’a pas eu de suite. Une décen­nie s’é­coule ensuite avant que le met­teur en scène anglais Sam Bun­trock ini­tie une reprise rafraîchissante à Lon­dres West End à par­tir de 2005. Elle ren­con­tre un très grand suc­cès qui la mène au couron­nement de cinq Olivi­er Awards (les Molières anglais) en 2007 : meilleur musi­cal, meilleur acteur, meilleure actrice, décor et éclairages. Avec un tel pal­marès, la pro­duc­tion est trans­férée à New York en jan­vi­er 2008 pour le grand plaisir des New-yorkais.

Ver­sions de référence

- Le CD de la pre­mière dis­tri­b­u­tion de Broad­way con­stitue naturelle­ment THE ver­sion de l’oeu­vre. Porté par les acteurs-chanteurs Mandy Patinkin et Bernadette Peters com­plète­ment investis, Sun­day déploie ses mag­nifiques chan­sons dans des inter­pré­ta­tions de rêve. « Fin­ish­ing The Hat », « Putting It Togeth­er », « Chil­dren and Art » ou « Move On » leur sont éter­nelle­ment attachés. Édité par RCA

- Cette dis­tri­b­u­tion his­torique a été enreg­istrée en vidéo (VHS et DVD). Les ama­teurs de l’oeu­vre et de Sond­heim fer­ont for­cé­ment un détour par cette oeu­vre dans sa bril­lante mise en scène d’o­rig­ine. Le DVD est disponible en zone 2 (UK) ou en import zone 1 (US). Dis­tribué par Image Entertainement.

- Égale­ment très appré­cia­ble, pour ne pas dire indis­pens­able : la dis­tri­b­u­tion du renou­veau lon­donien dirigée par Sam Bun­trock au Menier Choco­late Fac­to­ry en 2006, avec Jen­na Wil­son et Daniel Evans. Édité par PS Classics