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Stéphane Ly-Cuong — Sourire en coin

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Stéphane Ly-Cuong ©DR
Stéphane Ly-Cuong ©DR

Quand Stéphane Ly-Cuong par­le de comédie musi­cale, il entend aus­si bien Stephen Sond­heim que Chan­tal Goya ! « Mes émer­veille­ments d’en­fants sont liés aux spec­ta­cles de Marie-Rose, aux films de Walt Dis­ney et de Jacques Demy » con­fie-t-il avec le sourire de celui qu’a­muse cet appar­ent para­doxe. Il avoue avoir été durable­ment mar­qué par ce ciné­ma qui « devient encore un peu plus mag­ique dès qu’on y chante et qu’on y danse ». Il y a sans doute puisé son ambi­tion d’en faire un jour sa profession.

Un mar­tien à New York

Il a fait ses études pour appren­dre la réal­i­sa­tion à Paris puis New York mais, entre temps, il s’est décou­vert une sec­onde pas­sion. « A 18 ans, je suis allé à Lon­dres où j’ai vu coup sur coup Les Mis­érables et Miss Saigon de Bou­blil et Schön­berg. Quel choc ! ». Logique­ment, il élar­git son hori­zon musi­cal en écoutant des dis­ques, en allant voir des spec­ta­cles. « Par la suite, à New York, j’ai vécu dans une ville où le musi­cal est une indus­trie recon­nue, pas une aber­ra­tion ! Je pou­vais entr­er dans un mag­a­sin de dis­ques et chercher le ray­on ‘comédies musi­cales’ sans plus pass­er pour un mar­tien ! ».

De retour à Paris où, à l’époque, il n’y avait tou­jours que l’ « increvable » Star­ma­nia, il fait un petit détour par le jour­nal­isme et devient entre autres le cor­re­spon­dant français de Play­bill-On-Line. Il réalise égale­ment quelques films en vidéo avant d’écrire et de réalis­er son pre­mier vrai court-métrage ciné­ma. Choisi avec 12 autres scé­nar­ios à la suite d’une sélec­tion dans le cadre de la Mis­sion 2000, il a ain­si pu béné­fici­er de sub­ven­tions et d’une struc­ture de pro­duc­tion dédiée.

Chanter ses sentiments 
La jeune fille et la tortue est film déli­cat qui rend poé­tiques les hautes tours du 13e arrondisse­ment. C’est aus­si un film rare parce que délibéré­ment à con­tre-courant d’un ciné­ma mar­qué au front par la frac­ture sociale. « Je rêvais depuis longtemps de mêler des élé­ments de con­tes tra­di­tion­nels — et tout le côté naïf que cela implique -, avec le Nou­v­el an chi­nois et la soli­tude des femmes céli­bataires de 30 ans. Ces dif­férents élé­ments ont fusion­né pour for­mer La jeune fille et la tortue. Mon héroïne est enfer­mée dans sa cul­ture, imper­méable aux autres. Mais peu à peu, elle va se ren­dre compte du monde qui l’en­toure. Et se réc­on­cili­er avec lui. Je sais que la ten­dance est au réal­isme social mais moi, je ne veux pas faire des choses dép­ri­mantes. J’ai voulu faire de mon film une res­pi­ra­tion, une par­en­thèse. C’est un peu un OVNI dans la pro­duc­tion actuelle ».

Stéphane a pu tourn­er cet « OVNI » avec un bud­get très ser­ré grâce à la par­tic­i­pa­tion ami­cale de la plu­part des inter­venants. « Un ‘court’, c’est le pas­sage obligé pour pou­voir un jour faire un long-métrage. C’est un peu comme une carte de vis­ite ». Et pour lui, quelle carte ! Son scé­nario a en effet séduit deux pro­fes­sion­nels chevron­nés qui ont accep­té de jouer dans son film : Bar­bara Scaff et Jérôme Pradon. Il a décou­vert son héroïne dans la dis­tri­b­u­tion des Mis­érables au Théâtre Mogador il y a quelques années, avant qu’elle ne fasse la car­rière que l’on sait, en par­ti­c­uli­er au sein de la troupe de Roger Louret. « Bar­bara a en elle cette nos­tal­gie, et en même temps ce dynamisme, que je voulais don­ner au per­son­nage ». Quant à Jérôme Pradon, lui aus­si était dans les « Miz ». « Pour beau­coup de jeunes artistes, le voir dans le rôle de Mar­ius a été un grand choc. Moi, j’ai tout de suite eu envie de tra­vailler avec lui ». Depuis, Jérôme est devenu le Français le plus célèbre des scènes anglo-sax­onnes et partage désor­mais sa vie entre Lon­dres et Paris. « Je lui avais déjà par­lé d’un film que je voudrais faire mais, en atten­dant, j’ai écrit le per­son­nage du frère de Bar­bara en pen­sant à lui ». Un rôle court mais mar­quant ain­si qu’une très belle chan­son. Car, bien sûr, La jeune fille et la tortue est un film musi­cal. Stéphane a écrit les paroles des chan­sons que Patrick Laviosa a mis­es en musique. « Dans ma pro­pre vie, j’ador­erais chanter mes sen­ti­ments ! « .

Le doute du moment où l’on crée… 
Depuis sa pre­mière en octo­bre dernier, le film a été pro­jeté dans de nom­breux fes­ti­vals et presque chaque fois, Stéphane se rend sur place pour en par­ler. « Un film n’est réelle­ment ter­miné que lorsqu’on a fini de le défendre. Donc, là, je ne fais que com­mencer ! « , déclare-t-il. Néan­moins, le voilà déjà qui pense au prochain… ou plutôt aux prochains. « Je pré­pare un long-métrage mais en atten­dant, je tra­vaille d’abord sur un nou­veau court. Il sera plus dis­co, plus gay mais gardera néan­moins la part d’ir­réel que lm’on trou­vait dans La jeune fille et la tortue. L’écri­t­ure est un moment où je doute beau­coup. Après, quand le film est ter­miné, je suis plus sere­in parce que de toute façon, ce qui est fait est fait mais là, j’en suis encore à l’in­stant où un bon choix ou un mau­vais choix peu­vent faire toute la dif­férence ».

Lors d’une pro­jec­tion récente, com­men­tant la ren­con­tre sur­prise qui vient clore La jeune fille et la tortue, un spec­ta­teur a com­men­té tout fort dans la salle : « Hé, mais c’est du Dis­ney ! ». « D’autres auraient peut-être pris ça pour une cri­tique mais pas moi » explique le jeune réal­isa­teur. Nor­mal pour quelqu’un qui a gran­di avec Mary Pop­pins et Peau d’Ane ! Et de con­clure pour­tant : « Je ne fais pas vrai­ment du pre­mier degré. Je ne sais pas si c’est vis­i­ble mais, der­rière la can­deur, la naïveté, il y a un petit sourire en coin ». Un petit sourire en coin, c’est tout Stéphane !

La jeune fille et la tortue 
Court-métrage musi­cal écrit et réal­isé par Stéphane Ly-Cuong.
Avec : Bar­bara Scaff, Jérôme Pradon, Quang Tri Truong et la voix de Marie-Thérèse Orain.
Musique orig­i­nale : Patrick Laviosa.

Une jeune femme française, dés­abusée par la vie et l’amour, mène une exis­tence recluse dans le quarti­er chio­n­is de Paris. Une ren­con­tre inat­ten­due avec une tortue qui par­le lui réap­pren­dra à vivre et à aimer.

Dif­fu­sion dans le cadre de l’émis­sion « Libre Court » sur France 3 le mar­di 2 mai 2000 après minuit.