Sophie Tellier — Y’a d’la joie !

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Sophie Tellier ©DR
Sophie Tel­li­er ©DR

D’où vient votre pas­sion pour la comédie musicale?
Ca remonte à l’en­fance. Ma mère était très fan et m’a trans­mis son virus… Dès que je pou­vais danser, chanter, on ne me tenait plus! Le dimanche après-midi, on pou­vait sou­vent voir des comédies musi­cales à la télé. Impos­si­ble de me décoller du canapé. Gene Kel­ly, Fred Astaire, Deb­bie Reynolds… des artistes qui m’ont fait rêver des heures. Je suis une grandes nos­tal­gique de l’âge d’or de la comédie musicale.

Quelle a été votre formation ?
J’ai com­mencé par la danse très petite, comme beau­coup de fil­lettes. Rapi­de­ment, j’ai voulu en faire mon méti­er, je suis entrée à l’A­cadémie inter­na­tionale de la danse. L’en­seigne­ment se partageait entre la danse le matin et des cours tra­di­tion­nels l’après-midi. C’est ain­si que j’ai com­mencé à faire des spec­ta­cles. Je pen­sais vrai­ment être une bal­ler­ine… jusqu’à ma ren­con­tre avec Rhé­da. Durant les 5 ans passés dans sa com­pag­nie, il m’a fait décou­vrir d’autres hori­zons, notam­ment le chant. Je me suis donc tournée tout naturelle­ment vers la comédie musi­cale. De toute façon je n’en pou­vais plus de cet art muet, de ne pas utilis­er ma voix.

Quel a été votre pre­mière par­tic­i­pa­tion à une comédie musicale?
Le rôle de l’hor­loge dans Emi­lie Jolie, en rem­place­ment de Ginette Garcin ! Elle n’é­tait pas libre pour la reprise au Casi­no de Paris. Dans l’imag­i­naire de Philippe Cha­tel, l’au­teur de cette comédie musi­cale, l’hor­loge sym­bol­ise la mère. Pour l’in­car­n­er, il a finale­ment choisi une jeune femme. Pour moi c’é­tait un per­son­nage à la Mary Pop­pins. Une belle expéri­ence. La deux­ième, ce fut Peter Pan en 1991 au casi­no de Paris. J’ai adoré, le spec­ta­cle était génial, ce fut un bon­heur de tra­vailler avec Alain Mar­cel, la troupe s’en­tendait extrême­ment bien. Quand je suis arrivée à l’au­di­tion, j’ai dit que je voulais faire la fée Clo­chette. Quelle décep­tion quand Alain Mar­cel m’a dit que la fée serait en fait… un fais­ceau laser ! Au bout de ma pre­mière chan­son, « John­ny, fais moi mal » de Boris Vian, Alain Mar­cel m’a dit : « C’est bon, j’ai ma Tiger Lil­ly (la princesse indi­enne) », mais j’ai voulu lui chanter une deux­ième chan­son ! Tout s’est passé très rapidement.

Et ensuite ?
Par­al­lèle­ment à Peter Pan, je fai­sais du « show-biz », en l’oc­cur­rence des choeurs pour des spec­ta­cles. J’ai aus­si tra­vail­lé sur les clips de Mylène Farmer comme choré­graphe et danseuse [NDLR : la méchante dans « Lib­er­tine » et « Tris­tana », c’est elle…] J’ai tourné dans quelques films et télé­films comme comé­di­enne. Et puis, j’ai passé les audi­tions pour Nine. En fait, quand je tra­vail­lais avec Rhé­da voilà 10 ans, il m’avait par­lé de ce spec­ta­cle qu’il avait vu à New York. Il m’a rap­porté le disque en me répé­tant : « le rôle de Car­la (devenu San­dra en France) c’est pour toi ». Il avait rai­son. Rhé­da est un peu vision­naire, chaque soir, j’avais une petite pen­sée pour lui.

Ce spec­ta­cle vous a beau­coup apporté?
Oui, une très très belle expéri­ence. Pas évi­dente car Save­rio Mar­coni, ital­ien, ne par­lait pas très bien français. Le dia­logue se fai­sait beau­coup par le regard. Ce qui était vrai­ment intéres­sant, c’é­tait cette équipe de quinze filles autour d’un garçon, on était toutes telle­ment dif­férentes et com­plé­men­taires. Dom­mage que l’aven­ture n’ait pas duré plus longtemps. On a tous été très frus­trés de s’ar­rêter après seule­ment 60 représen­ta­tions. Le spec­ta­cle s’est arrêté au moment où il com­mençait à pren­dre sa vitesse de croisière, c’é­tait un spec­ta­cle pointu en terme de musique, de mise en scène, qui néces­si­tait du temps pour que chaque inter­prète se l’ap­pro­prie. Per­son­nelle­ment je me suis sen­tie vrai­ment à l’aise les quinze derniers jours! J’ador­erais que le spec­ta­cle reprenne, mais il ne faut pas rêver (soupir).

Vous vous êtes donc un peu con­solée avec le spec­ta­cle suiv­ant, Y’a d’la joie ! et d’l’amour ! d’après une trentaine de chan­sons de Trénet ?
Oui, d’au­tant que j’avais été engagée avant Nine… tout arrive tou­jours en même temps dans ce méti­er ! L’ar­rêt de cette comédie musi­cale m’a per­mis d’honor­er mon con­trat avec Savary. c’é­tait vrai­ment sym­pa. L’ar­gu­ment de son spec­ta­cle est fan­tai­siste : une famille descend sur la côte d’Azur, tombe en panne et ren­con­tre deux créa­tures de l’u­nivers de Charles Trénet : un elfe et l’amour, per­son­nage que j’in­ter­prète. Un petit angelot qui prend au fil des chan­sons toutes les formes de l’amour… Une petite troupe de cinq chanteurs comé­di­ens sous la baguette de Gérard Daguerre. Cela m’a per­mis de décou­vrir Trénet. Quand j’ai enten­du les mélodies au piano, j’ai immé­di­ate­ment adoré. C’est un univers très riche. On repart en tournée avec ce spec­ta­cle de jan­vi­er à avril 2000. J’aime avoir des moments d’ar­rêt sur un spec­ta­cle : en le retrou­vant on s’est nour­ri de ce que l’on a fait entre temps, c’est un plaisir de redé­cou­vrir le rôle.

Vous venez de ter­min­er les représen­ta­tions de Du vent dans les branch­es de sas­safras ?
Encore une expéri­ence un peu courte, je ne pense pas pou­voir repren­dre le rôle à la ren­trée puisque je tiendrai le rôle de la pre­mière cou­sine dans La Péri­c­hole à Chail­lot. Je serai très triste de quit­ter le rôle de Miri­am. C’est un per­son­nage très riche et orig­i­nal comme on n’en ren­con­tre pas tous les jours. J’ai un prob­lème car je ne peux pas con­sid­ér­er ce méti­er sans y mêler l’af­fec­tif ! Du coup, à chaque fois qu’une expéri­ence s’achève, c’est un vrai déchire­ment. Ce n’est peut-être pas très bien de mélanger tout, mais je n’ar­rive pas à tra­vailler autrement. Cela fait par­tie de la pas­sion, de la joie de vivre, d’être sur scène. C’est un engage­ment total. Je n’ai jamais été débar­rassée d’un spec­ta­cle. J’ai eu la chance de faire de belles ren­con­tres à chaque fois.

Vous vous sen­tiriez prête à par­tir pour l’étranger?
J’avoue avoir raté le coche une pre­mière fois à l’époque de Peter Pan. On m’avait pro­posé le rôle de Leslie Caron dans Un Améri­cain à Paris pour une pro­duc­tion lon­doni­enne. Mais je ne me sen­tais pas prête, je ne suis pas allée audi­tion­ner. J’ai man­qué de courage. Aujour­d’hui c’est dif­férent ! Pour vous dire la vérité, j’aimerais surtout jouer dans une vraie grande comédie musi­cale au ciné­ma. Je suis prête, totale­ment prête !