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Sophie Delmas — Les bonheurs de Sophie

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Sophie Delmas ©DR
Sophie Del­mas ©DR

Sophie Del­mas, com­ment avez-vous démar­ré dans ce métier ?
J’ai déjà 17 ans de car­rière, avec un vrai par­cours d’artiste con­stru­it petit à petit. J’ai com­mencé en 1987 en chan­tant dans des grands orchestres dans le Sud-Ouest. J’ai une voix naturelle que je tiens cer­taine­ment de ma grand-mère, mes grands-par­ents étaient chanteurs d’opéra et d’opérettes. J’ai ensuite passé deux ans au Stu­dio des Var­iétés. Notre pro­fesseur de scène, Guy Bon­tem­pel­li, a mon­té un trio vocal dans le style Andrews Sis­ters, un peu rétro. On a fait des galas. Après, je me suis com­plète­ment investie dans les piano-bars parisiens. En 1996, j’ai par­ticipé aux choeurs Gospel de Mari­ah Carey à Bercy, une très belle expéri­ence. Plus tard j’ai aus­si joué dans Le Con­te de Noël, une très belle comédie musi­cale pour enfants. J’ai égale­ment ren­con­tré François Valéry avec qui j’ai fait un pre­mier single.

A pro­pos de François Valéry, vous avez joué dans sa comédie musi­cale L’om­bre d’un géant l’an­née dernière au Théâtre Mogador…
Excel­lent sou­venir humain, nous étions une troupe très soudée, j’y ai dévelop­pé beau­coup d’ami­tiés. On était très tristes car on a beau­coup tra­vail­lé pour mal­heureuse­ment peu de temps : 42 représen­ta­tions. Ce fut dur parce que François Valéry s’est bat­tu pour mon­ter ce spec­ta­cle, il était le seul pro­duc­teur et a beau­coup per­du. Je crois qu’il y avait de très belles choses dans ce spec­ta­cle mais nous n’avons pas été médi­atisés. Il y avait, bien enten­du, des faib­less­es. Si François avait eu les moyens financiers néces­saires, je pense qu’on aurait pu tra­vailler davan­tage cer­taines choses pour aboutir à un très bon spectacle.

Com­ment avez-vous vécu cet  » échec » ?
Nous ne l’avons pas vécu comme cela, mais c’est vrai que pour les gens du méti­er, c’é­tait un échec. Et cet échec m’a pour­suiv­ie. Quand je me présen­tais à une audi­tion, j’avais un peu l’é­ti­quette François Valéry, un peu has been, liée à un spec­ta­cle qui n’a pas marché. Finale­ment, avoir été l’une des têtes d’af­fiche de ce spec­ta­cle m’a desservi, surtout que dans ce méti­er, les gens sont superstitieux…

Vous avez tout de même réus­si à inté­gr­er la troupe de Autant en emporte le vent
Ce ne fut pas sim­ple ! J’ai passé le cast­ing quelque temps après L’om­bre d’un géant. J’ai été dégagée tout de suite, comme d’ailleurs tous les chanteurs de L’om­bre qui se sont présen­tés. Qua­tre mois plus tard, lors d’une soirée, le hasard a voulu que je bous­cule Dove Attia (co-pro­duc­teur de Autant en emporte le vent). Je ne savais pas que c’é­tait lui ! On s’est présen­té, on a dis­cuté un petit moment. Il m’a demandé pourquoi on ne m’avait pas retenue au cast­ing. Deux jours après, j’ai été rap­pelée. On m’a demandé de venir chanter  » Putain  » que j’ai appris la veille au soir. Je me suis présen­tée, et là j’ai mis tout ce que j’ai pu : on n’a pas deux chances pour rien. Et j’ai eu le rôle.

Aviez-vous vu le film ?
C’est un film que j’ai beau­coup aimé mais, très hon­nête­ment, je trou­ve qu’il a vieil­li. Il y a des choses mag­iques dans ce film, et les acteurs restent mythiques comme Clark Gable, Leigh, Hav­il­land. C’é­tait très ambitieux d’os­er l’adapter.

Juste­ment, que pensez-vous de l’adap­ta­tion qu’en a faite Gérard Presgurvic ?
Je vais essay­er d’être objec­tive : je crois que dans l’essen­tiel, on s’en tire bien. En ce qui con­cerne les chan­sons, j’en aime cer­taines et pas d’autres. Il manque sans doute des titres plus « pêchus », mais en même temps l’his­toire est comme ça : plus émo­tion­nelle, psy­chologique, qu’un truc tout feu tout flamme. Je sais que Gérard a tra­vail­lé dans l’ur­gence et que cela se ressent peut-être dans cer­taines chan­sons. En tout cas, c’est un très beau spec­ta­cle visuel grâce aux décors mag­nifiques et au tra­vail de mise en scène de Kamel Ouali. Je suis très fière d’en faire partie.

Kamel Ouali a l’air de faire l’u­na­nim­ité dans la troupe…
Je ne vois pas com­ment on pour­rait ne pas l’aimer ! C’est un vrai plaisir de tra­vailler avec lui. On n’a jamais répété dans la ten­sion mal­gré la canicule. C’é­tait extrême­ment dif­fi­cile, nous étions dans un gym­nase, il fai­sait 50 degrés. On a vécu des moments dra­ma­tiques, on était au bout du rouleau et il fal­lait con­tin­uer. Il y a des fois où je me dis­ais  » il ne va pas s’en sor­tir, on est en retard, il manque trop de choses à mon­ter « , et, à la pre­mière, j’ai été ébahie de voir que Kamel y est arrivé. Il rem­porte la palme.

Vous sem­blez pren­dre beau­coup de plaisir à inter­préter votre per­son­nage, Belle Watling…
Ce n’est pas évi­dent d’être la putain du spec­ta­cle ! J’ai essayé d’en faire un per­son­nage classe et attachant, surtout pas vul­gaire. J’ai voulu lui don­ner une iden­tité haute en couleurs. J’ai la chance d’avoir des chan­sons théâ­trales qui per­me­t­tent de rire, de se lâch­er. Kamel m’a fait un tableau mag­nifique, décors, lumières, couleurs, on m’a gâtée. Pour beau­coup de gens, c’est le plus beau tableau. Il se passe quelque chose de spé­cial, tout d’un coup c’est très sexy alors que le spec­ta­cle n’a pas du tout cette ten­dance. Je m’a­muse beau­coup et j’es­saye de le com­mu­ni­quer au pub­lic. Bien sûr c’est un peu frus­trant de n’in­ter­venir que dans deux tableaux. Mon bon­heur c’est d’être sur scène, de com­mu­ni­quer et d’échang­er avec le pub­lic. Je ne vous cache pas qu’une ou deux chan­sons de plus m’au­raient comblée. Mais, d’un autre côté, mon per­son­nage est déjà plus présent que dans le film !

Pensez-vous que votre presta­tion par­ti­c­ulière­ment appré­ciée et remar­quée puisse vous servir de tremplin ?
C’est vrai que je n’ai que des retours posi­tifs, ça fait vrai­ment du bien. Un trem­plin bien sûr, tout le monde l’e­spère, mais je ne suis plus du tout per­suadée que cela suff­ise. Dans toutes les autres comédies musi­cales il y avait des artistes mer­veilleux, et à de très rares excep­tions, ils rament tous.

Quels sont vos goûts en matière de comédie musicale ?
Je con­nais surtout la comédie musi­cale à tra­vers les films musi­caux. J’ai des références comme Moulin Rouge, j’ai une pas­sion pour Vic­tor, Vic­to­ria et Yentl. Plus branchés et plus jeunes : Dirty Danc­ing, Foot­loose… Je suis très heureuse main­tenant de faire par­tie de ce petit monde de la comédie musicale !

Avez-vous déjà songé à l’après Autant en emporte le vent ?
Je vais tra­vailler à la con­cep­tion d’un one-woman show entre le cabaret, le ciné­ma et la var­iété avec des repris­es, des choses qu’on a aimées il y a très longtemps et qu’on n’en­tend plus, des repris­es de Yentl par exem­ple, mais aus­si avec des chan­sons orig­i­nales. J’aimerais amen­er les gens dans le monde du ciné­ma, de la comédie musi­cale, avec un fil con­duc­teur, une his­toire. Je suis en train de m’en­tour­er. Depuis dix ans, on me dit que j’ai la fibre d’une comé­di­enne. Jusqu’à main­tenant je m’é­tais unique­ment préoc­cupée de chan­son, mais main­tenant j’ai bien l’in­ten­tion de me con­sacr­er aus­si à la comédie. Mon one-woman show sera un bon début pour me tester, la comédie y aura une grande place.

Et une autre comédie musicale ? 
Je ne suis hélas, pas très ras­surée quant à l’avenir de la comédie musi­cale en France. Beau­coup de pro­jets meurent avant d’ex­is­ter. Main­tenant, si un mag­nifique pro­jet comme Autant en emporte le vent se pro­file à l’hori­zon et qu’on me dit  » on aimerait vous voir dans le rôle prin­ci­pal « , franche­ment je ne dirai pas non !