Grande oeuvre : Show Boat — Une tragédie fluviale

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Show Boat(2006) au Royal Albert Hall ©DR
Show Boat (2006) au Roy­al Albert Hall ©DR

Une comédie musi­cale de Jerome Kern (musique) et Oscar Ham­mer­stein II (livret et lyrics), basé sur le roman éponyme de Edna Ferber.

Créa­tion
A Broad­way, le 27 décem­bre 1927 au Ziegfeld The­atre (572 représentations)
A Lon­dres, le 3 mai 1928 au Drury Lane The­atre (350 représentations)

Prin­ci­pales chansons
Cot­ton Blos­som, Ol’ Man Riv­er, Make Believe, Can’t Help Lovin’ Dat man, Till Good Luck Comes My Way, I Might Fall Back On You, Life Upon The Wicked Stage, You Are Love, Why Do I Love You, Bill, After The Ball.

En 1927, la par­ti­tion fit sen­sa­tion, car, tout en respec­tant la forme opérette alors encore très en vogue, elle pro­po­sait des mélodies et des rythmes savam­ment inspirés du jazz et du négro spir­i­tu­al. Plusieurs chan­sons sont aujour­d’hui des stan­dards de jazz. La par­ti­tion alterne des chan­sons d’in­spi­ra­tion négro-spir­i­tu­al, jazz prim­i­tif, music-hall 1900 et opérette (pour les duos d’amour). Jerome Kern était un mélodiste raf­finé, aux com­po­si­tions sim­ples mais sub­tiles dont la par­tic­u­lar­ité est qu’elles peu­vent indif­férem­ment être inter­prétées dans un style velouté, voire mièvre, et dans un style jazz très syncopé.

Syn­op­sis
Le bâteau-théâtre « Show Boat » accoste dans un port de Louisiane, sur le Mis­sis­sipi, afin de présen­ter son spec­ta­cle dont l’at­trac­tion majeure est la chanteuse Julie La Verne, objet de toutes les con­voitis­es. Son amant, furieux d’être écon­duit, la dénonce alors comme mulâtresse aux autorités locales. Elle ne peut donc se pro­duire sur scène, sous peine de cho­quer la bour­geoisie blanche sud­iste, et est expul­sée de la com­pag­nie avec son mari et parte­naire, au grand dés­espoir de la fille des pro­prié­taires du bateau, Mag­no­lia, dont elle est la meilleure amie. Ce con­tretemps propulse Mag­no­lia sur scène pour la rem­plac­er au pied levé, avec pour parte­naire un célèbre joueur pro­fes­sion­nel, Gay­lord Rave­nal, qui s’est fait embauch­er en rem­place­ment du mari expul­sé. Le coup de foudre entre Mag­no­lia et Gay­lord est le point de départ d’une saga sen­ti­men­tale, mélan­col­ique et mou­ve­men­tée qui va voir l’as­cen­sion et la gloire de Mag­no­lia en tant que grande vedette de la scène, les déboires de Gay­lord en tant que joueur irre­spon­s­able et ruiné, et la trag­ique déchéance de Julie La Verne, qui s’ef­fac­era tou­jours, à son insu, au prof­it de Mag­no­lia, sans jamais la revoir…

L’his­toire der­rière l’histoire
Entre 1890 et 1925, la plu­part des spec­ta­cles musi­caux de Broad­way étaient soit des revues lux­ueuses et bur­lesques, soit des opérettes de style européen, soit des his­toires mièvres de cam­pus uni­ver­si­taires où les étu­di­ants s’agi­tent sur des charlestons endi­a­blés. Le com­pos­i­teur Jerome Kern, célèbre mélodiste, souhaitait rénover le théâtre musi­cal améri­cain, et cher­chait un sujet « sérieux ». Lisant le roman à suc­cès d’Ed­na Fer­ber, il eut l’idée, avec Oscar Ham­mer­stein II, d’en faire une opérette mod­erne où la musique et les lyrics seraient véri­ta­ble­ment imbriqués à l’in­trigue, procédé facil­ité par le con­texte social où négro-spir­i­tu­als et jazz nais­sant étaient des élé­ments fon­da­men­taux de l’u­nivers cul­turel des esclaves. Le pro­jet, aus­sitôt con­nu, fut don­né per­dant à cause de son audace, et la propo­si­tion de Flo­renz Ziegfeld de pro­duire ce spec­ta­cle inhab­ituel fut la grande sur­prise de l’an­née. Le tri­om­phe rem­porté par l’oeu­vre fut à la mesure du courage qu’il avait fal­lu pour oser mon­ter à Broad­way un spec­ta­cle plutôt som­bre et mélan­col­ique, mais à forte charge émo­tion­nelle. Le réc­it par­al­lèle de deux des­tins con­traires, l’un ascen­dant (Mag­no­lia), l’autre descen­dant (Julie), l’évo­ca­tion du racisme latent chez plusieurs pro­tag­o­nistes comme un sen­ti­ment inhu­main, des mélodies mélan­col­iques prenant racine dans la douleur des esclaves noirs, la nos­tal­gie des moments per­dus, le temps qui passe et provoque l’ir­rémé­di­a­ble, la sournois­erie des uns, la bon­té des autres, l’ami­tié éter­nelle entre les deux femmes, autant d’in­gré­di­ents qui encore aujour­d’hui nous touchent pro­fondé­ment et expliquent le suc­cès gran­dis­sant de l’oeu­vre à cha­cune de ses reprises.

Ver­sions de référence
Trois ver­sions de cette oeu­vre ont été filmées, dont la pre­mière, datant de 1929, est, à ce jour, indisponible. La ver­sion de 1936 (Uni­ver­sal) est très fidèle à la pièce, avec dans les rôles prin­ci­paux deux des créa­tri­ces du rôle à la scène (Irene Dunne et Helen Mor­gan). La ver­sion MGM de 1951, lux­ueuse et flam­boy­ante de tech­ni­col­or, est assez rac­cour­cie, et vaut surtout par l’in­ter­pré­ta­tion de Julie La Verne par une Ava Gard­ner trou­blante de désespoir.

Enreg­istrements CD :
Reprise de Broad­way (1946) sur disque Colum­bia OL 4058
Reprise de Broad­way (1966) sur disque RCA Vic­tor LOC/LSO 1126
La ver­sion filmée (1951) sur disque MGM.
Reprise de Broad­way (1994) sur disque Capitol
Reprise de Toron­to (1994) sur disque RCA

Show Boat est à redé­cou­vrir du 10 au 25 juin 2006 au Roy­al Albert Hall de Londres.
Show Boat est à l’af­fiche du Théâtre du Châtelet à Paris, du 2 au 19 octo­bre 2010.