She Loves Me — La Boutique au coin de la rue

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She loves me, l'affiche anglaise de 1994 ©DR

Musique : Jer­ry Bock.
Lyrics : Shel­don Harnick.
Livret : Joe Mas­teroff d’après la pièce de Mik­los Laszlo.
Mise en scène orig­i­nale : Harold Prince.

Créa­tion
À Broad­way, le 23 avril 1963 (après une seule pre­view le 22) au Eugene 0’Neill The­atre (302 représentations).
À Lon­dres, le 29 avril 1964 au Lyric The­atre (189 représentations).

Les chan­sons
« Good Morn­ing, Good Day », « Sounds While Sell­ing », « Days Gone By », « No More Can­dy », « Three Let­ters », « Tonight at Eight », « I Don’t Know His Name », « Per­spec­tive », « Good­bye, Georg », « Will He Like Me? », « Ilona », « I Resolve », « A Roman­tic Atmos­phere », « Tan­go Trag­ique », « Mr. Nowack, Will You Please », « Dear Friend », « Try Me », « Where’s My Shoe? », « Vanil­la Ice Cream », « She Loves Me », « A Trip to the Library », « Grand Know­ing You », « Twelve Days to Christmas ».

Syn­op­sis
L’ac­tion se déroule à Budapest dans les années 30. Un matin d’été, Ladis­vas Sipos, Arpad Laslo, la ravis­sante Ilona Rit­ter et le séduisant Steven Kodaly se retrou­vent devant la petite par­fumerie pour laque­lle ils tra­vail­lent. Ils sont bien­tôt rejoints par leur supérieur, Georg Nowack, dont l’in­tégrité n’a d’é­gale que la timid­ité. Tous atten­dent l’ou­ver­ture de la bou­tique en rêvant d’une journée de con­gé quand arrive le directeur, Mr Maraczek. De son côté, Georg racon­te à Sipos qu’il vient de recevoir un cour­ri­er de la mys­térieuse incon­nue avec laque­lle il entre­tient, depuis quelque temps, une cor­re­spon­dance épis­to­laire. Il est inter­rompu par Maraczek. Celui-ci informe l’équipe qu’il vient de faire l’ac­qui­si­tion d’un nou­veau pro­duit, une boîte à cig­a­rettes musi­cale, dont il espère bien tir­er un grand prof­it. Georg se mon­tre scep­tique. C’est alors qu’en­tre en scène Amalia Bal­ash. La jeune femme, qui tra­vail­lait dans une bou­tique con­cur­rente ayant récem­ment mis la clé sous la porte, cherche du tra­vail. Elle est aus­sitôt écon­duite par Georg et Maraczek, mais elle s’in­cruste et parvient à ven­dre à une cliente le nou­veau pro­to­type de boîte à cig­a­rette. Impres­sion­né, Maraczek l’en­gage sur-le-champ.

Nous retrou­vons les per­son­nages quelques mois plus tard. Ilona et Kodaly vivent une his­toire d’amour. Georg, tout entier à sa romance épis­to­laire, est en con­stant désac­cord avec M. Maraczek et se dis­pute sans arrêt avec Amalia. Il ignore (et elle aus­si) qu’A­malia est en réal­ité sa cor­re­spon­dante secrète. Un matin, tan­dis que la jeune femme est, comme à l’ac­cou­tumée, en retard, Georg est une nou­velle fois con­fron­té à son patron. Mais un plus grand souci le taraude : il a ren­dez-vous, le soir même, avec la jeune femme à qui il écrit. De son côté, Amalia explique devant une Ilona per­plexe que, si elle ne con­naît ni le nom ni le vis­age de l’homme avec qui elle a un ren­dez-vous galant dans la soirée, elle sent qu’il est par­fait pour elle.

Mais Maraczek ordonne à ses employés de rester plus tard pour pré­par­er la vit­rine de Noël. Après avoir obtenu qu’A­malia soit dis­pen­sée d’heures sup­plé­men­taires pour pou­voir se ren­dre à son ren­dez-vous, Georg se dis­pute avec son patron qui refuse de le laiss­er par­tir et démis­sionne. Kodaly, quant à lui, avait prévu de pass­er la soirée avec Ilona mais quand finale­ment, à la dernière minute, Maraczek annule la séance de tra­vail, le charmeur aban­donne sa col­lègue pour rejoin­dre une autre maîtresse. Ilona décide qu’on ne l’y repren­dra plus. Sor­tant dans la rue, Sipos retrou­ve Georg qui lui avoue ne pas oser aller au ren­dez-vous. Sipos lui pro­pose de l’ac­com­pa­g­n­er jusqu’au restau­rant. Maraczek, croy­ant être seul, reçoit la vis­ite de Keller, un détec­tive privé à qui il a demandé de suiv­re son épouse. Keller lui apprend la vérité: Mme Maraczek a une liai­son avec Kodaly. Après le départ de Keller, Maraczek appelle chez lui et con­state que sa femme est effec­tive­ment absente. Il soupçon­nait Georg mais pas Kodaly. Il prend un revolver et tente de se sui­cider. Il est inter­rompu par Arpad qui n’avait pas encore quit­té la boutique.

Georg et Sipos arrivent au lieu de ren­dez-vous, le Café Impe­r­i­al. Ils sont estom­aqués en décou­vrant qu’Amélia est la mys­térieuse cor­re­spon­dante. Sipos per­suade Georg d’aller lui par­ler. Celui-ci s’in­cruste à la table de la jeune femme. Elle le rem­barre immé­di­ate­ment craig­nant que son ren­dez-vous n’ose approcher en le voy­ant. Très vite, les deux col­lègues se dis­putent et le serveur est con­traint d’in­ter­venir pour faire sor­tir Georg. Déçue, Amalia ren­tre chez elle, seule.

Nous nous trou­vons, le jour suiv­ant, dans la cham­bre d’hôpi­tal de Maraczek, où Arpad tente de négoci­er une aug­men­ta­tion pour lui avoir sauvé la vie. Georg se présente à son tour et, avec éton­nement, apprend de son ex-patron qu’il est réen­gagé. Les deux hommes rede­vi­en­nent amis. Georg se présente ensuite chez Amalia, absente du mag­a­sin pour avoir trop bu la veille. Per­suadée que son supérieur est venu con­trôler qu’elle était bien malade, elle s’empresse de s’ha­biller et fait mine de retourn­er tra­vailler alors qu’elle est en mau­vaise san­té, pour le cul­pa­bilis­er. Mais Georg n’est venu que pour pren­dre de ses nou­velles, apporter une glace et con­sol­er Amalia de ses déboires de la veille. Il part, et, tan­dis qu’A­malia essaie d’écrire une nou­velle let­tre à son amant épis­to­laire, elle ne peut s’empêcher de penser à Georg. Dans la rue, Georg réalise avec ravisse­ment qu’il aime Amalia.

Le jeune homme retourne à la bou­tique et retrou­ve Ilona, amoureuse après une ren­con­tre inat­ten­due dans une librairie, et assiste au départ de Kodaly, ren­voyé par Maraczek. Noël approche. Le soir du réveil­lon, alors qu’Ilona rejoint le nou­v­el homme de sa vie, que Sipos retrou­ve sa famille et que Maraczek part célébr­er avec Arpad la pro­mo­tion de ce dernier, Amalia, qui a invité Georg à pass­er la soirée chez sa mère, offre à ce dernier une boîte à cig­a­rettes musi­cale. Georg dit alors tout haut quelques-uns des mots qu’il avait écrits à Amalia. Celle-ci com­prend que Georg est son mys­térieux cor­re­spon­dant et l’embrasse.

Le thème
Inspiré indi­recte­ment de The Shop Around the Cor­ner, un mod­èle de comédie roman­tique, She Loves Me reprend tous les codes du genre. On y retrou­ve, en par­ti­c­uli­er, le cou­ple antag­o­niste, qu’on adore voir se détester avant que l’amour ne reprenne ses droits, et les sec­onds rôles tru­cu­lents qui ali­mentent les péripéties, séparant ou rassem­blant les deux héros. Le décors hon­grois apporte à la « comédie améri­caine » une touche rétro (l’ac­tion se déroule dans les années 30), féerique (Budapest y est grande­ment idéal­isé) et décalée (on est à Budapest mais on achète en livres et on rend la mon­naie en shillings). Et comme toute grande comédie musi­cale, She Loves Me s’ap­puie aus­si sur un thème sinon dra­ma­tique du moins extrême­ment mélan­col­ique, la soli­tude. À part Sipos qui vit en famille, tous les per­son­nages de Georg à Ilona en pas­sant par Maraczek, sont dés­espéré­ment seuls et c’est cette sit­u­a­tion qui va guider leurs actions, que ce soit une cor­re­spon­dance amoureuse ou un sui­cide. Cette déf­i­ni­tion déli­cate­ment pathé­tique des per­son­nages les rend ter­ri­ble­ment attachants.

L’his­toire der­rière l’histoire
À l’o­rig­ine, She Loves Me est inspiré d’une pièce de théâtre hon­groise de Mik­los Las­z­lo. Si le spec­ta­cle n’a jamais vu le jour à Broad­way, il a en revanche été trans­posé au ciné­ma en 1940 par Ernst Lubitsch sous le titre The Shop Around the Cor­ner, avec James Stew­art et Mar­gareth Sul­li­van, et, en 1949, pour un film inti­t­ulé In the Good Old Sum­mer­time avec Judy Gar­land et Van John­son. C’est quinze ans plus tard que Jer­ry Bock et Shel­don Har­nick, les futurs auteurs du fameux Vio­lon sur le toit, déci­dent d’écrire une comédie musi­cale tirée de cette his­toire. Pour l’adap­ta­tion, ils se joignent à Joe Mas­teroff, qui allait, quelques années plus tard, sign­er le livret d’un autre célèbre musi­cal, Cabaret. Harold Prince (futur met­teur en scène de quelques-uns des plus grands tri­om­phes de la comédie musi­cale, de Fol­lies à The Phan­tom Of The Opera en pas­sant par Cabaret ou Kiss of the Spi­der­woman) accepte non seule­ment de pren­dre en charge la pro­duc­tion du show, mais aus­si d’en faire la mise en scène. Prince souhaitait Julie Andrews, la révéla­tion de My Fair Lady de Lern­er et Loewe, pour le rôle d’A­malia mais c’est une autre légende de Broad­way, Bar­bara Cook, qui tien­dra la vedette du spec­ta­cle aux côtés de Daniel Massey.

La pre­mière à Broad­way a lieu en avril 1963. Bien que n’ayant rem­porté qu’un suc­cès mod­este sur le ter­ri­toire améri­cain (la même année sont présen­tés, à New York, des tri­om­phes emblé­ma­tiques comme Hel­lo, Dol­ly, Fun­ny Girl et Oliv­er!), She Loves Me est créé l’an­née suiv­ante à Lon­dres. Anne Rogers et Gary Ray­mond incar­nent les rôles prin­ci­paux. À leurs côtés, Rita Moreno, encore tout auréolée de son Oscar du meilleur sec­ond rôle pour la ver­sion ciné­matographique de West Side Sto­ry, où elle repre­nait le rôle d’Ani­ta, tient le rôle d’Ilona. Mais le spec­ta­cle ne ren­con­tre pas le suc­cès escomp­té. En 1978, She Loves Me fait égale­ment l’ob­jet d’une ver­sion télévisée avec David Ker­nan et Gem­ma Craven mais c’est seule­ment quinze ans plus tard que le spec­ta­cle revient à Broad­way pour un somptueux revival dont la pre­mière a lieu au Round­about The­atre de New York avec Boyd Gaines (Fame, le film) et Judy Kuhn (Chess, Les Mis­érables). Devant le suc­cès cri­tique et pub­lic, le spec­ta­cle est trans­féré dans un grand théâtre de Broad­way avant d’être repris à Lon­dres avec John Gor­don Sin­clair, qui fait là ses pre­miers pas dans le musi­cal et Ruthie Hen­shall, décou­verte dans Miss Saigon et Crazy for You et future star de Chica­go. Mais, en-dehors de ces pro­duc­tions offi­cielles, le spec­ta­cle doit aus­si sa péren­nité aux nom­breuses mis­es en scène en école ou en col­lège dont il a été l’ob­jet. Il faut dire que la par­ti­tion ambitieuse et bril­lante du spec­ta­cle, com­bi­nant le pur style Broad­way à un cer­tain folk­lore de la Vieille Europe roman­tique, reste, encore aujour­d’hui, l’une des plus éton­nantes écrites pour une comédie musicale.

Depuis le 14 sep­tem­bre 2010, Ren­dez-Vous est à l’af­fiche du Théâtre de Paris. L’adap­ta­tion est signée par Lau­rent Lafitte et Judith El Zein ; la mise en scène est con­fiée à Jean-Luc Revol. On retrou­ve, dans les rôles prin­ci­paux, Kad Mer­ad, Mag­a­li Bon­fils, Lau­rent Lafitte, Pierre San­ti­ni, Alyssa Landry et Andy Cocq.

Ver­sions de référence
She Loves Me — Orig­i­nal Broad­way Cast (Dec­ca US). Avec Daniel Massey, Bar­bara Cook, Bar­bara Bax­ley et Jack Cas­sidy. Certes la musique, superbe, est bien là et Bar­bara Cook est une pure star de Broad­way mais, en regard des deux autres ver­sions, l’ensem­ble paraît un peu daté. Pour les col­lec­tion­neurs et les nos­tal­giques uniquement.

She Loves Me — New Broad­way Cast Record­ing (Varese Sara­bande). Avec Boyd Gaines, Diane Fratan­toni, Sal­ly Mayes et Howard McGillin
Lorsque, con­sé­cu­tif à son suc­cès au Round­about The­atre, ce revival fut trans­féré à l’Atk­i­son, Judy Kuhn, qui incar­nait Amalia, quit­ta la dis­tri­b­u­tion pour rejoin­dre la pro­duc­tion améri­caine de Sun­set Boule­vard à Los Ange­les. Elle fut rem­placée par Diane Fratan­toni, vue, entre autres, dans A Cho­rus Line et Les Mis­érables. C’est Fratan­toni qui par­ticipe à cet enreg­istrement. Sa voix est agréable mais on est, mal­gré tout, extrême­ment frus­tré de ne pou­voir enten­dre celle, infin­i­ment supérieure en tous points, de Kuhn dans une par­ti­tion qui lui allait comme un gant. Pour le reste, un excel­lent enreg­istrement (men­tion spé­ciale à Sal­ly Mayes en Ilona) que sur­passe toute­fois la ver­sion anglaise de ce même revival.

She Loves Me — 1994 Lon­don Cast Record­ing (First Night Records). Avec John Gor­don Sin­clair, Ruthie Hen­shall, Tra­cie Ben­nett et Ger­ard Casey. À pos­séder absol­u­ment, cet enreg­istrement débor­de de charme et d’én­ergie à l’im­age du duo vedette, John Gor­don Sin­clair et Ruthie Hen­shall, dont l’in­croy­able alchimie est pal­pa­ble rien qu’à l’é­coute. Un must !