Sarah Tullamore — Ultra Bright !

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Sarah Tullamore ©DR
Sarah Tul­lam­ore ©DR

Com­ment définiriez-vous votre spec­ta­cle Estelle Bright ?
Je pense qu’on a créé un croise­ment de gen­res. Pour moi, c’est une comédie musi­cale dans le sens où, même si je suis seule en scène, il y a une his­toire, j’in­car­ne un per­son­nage et à des moments clés, la musique inter­vient pour appro­fondir les sen­ti­ments et faire avancer l’in­trigue. Il ne s’ag­it ni d’une suc­ces­sion de sketch­es ni d’un tour de chant. En même temps, je suis seule sur scène et c’est assez drôle, donc ça se rap­proche beau­coup du one-man show tra­di­tion­nel. C’est vrai que c’est un spec­ta­cle qui n’est pas sim­ple à définir.

Com­ment l’idée vous en est-elle venue ?
J’avais envie de faire un spec­ta­cle pour moi. Je ne savais pas du tout que ça s’ap­pellerait Estelle Bright. Je savais juste que ce serait une comédie musi­cale. L’idée de ce per­son­nage est venue au fur et à mesure. Le pre­mier titre était Check List. Et puis, on s’est ren­du compte petit à petit qu’il fal­lait que ce soit plus per­son­nal­isé. Le per­son­nage était de plus en plus défi­ni et on a décidé de don­ner son nom au spec­ta­cle. J’ai com­mencé à réfléchir à ça il y a deux ans. Je ne pen­sais pas faire tout ce par­cours si vite. Mais je pense qu’on peut aller encore plus loin.

Vous chantez accom­pa­g­née par une bande. Pourquoi n’avez-vous pas voulu tra­vailler avec un musicien ?
C’est vrai que dans la comédie musi­cale anglo-sax­onne, celle que j’aime, il y a des musi­ciens en live. J’ai donc fait le pre­mier show­case à La Nou­velle Eve en 2004, avec un pianiste. Puis, quand j’ai pré­paré une deux­ième présen­ta­tion, des prob­lèmes de disponi­bil­ités m’ont con­trainte à utilis­er une bande. Je n’é­tais pas ravie au début mais, étant don­né le délai, je n’avais pas le choix. J’ai eu la chance de ren­con­tr­er quelqu’un qui m’a fait une bande de play-back for­mi­da­ble agré­men­tée de bruitages. Le fait d’avoir les accom­pa­g­ne­ments sur bande donne au spec­ta­cle une cohérence sonore. Mais bon, c’est vrai que, dans mon esprit, j’aimerais être accom­pa­g­née par un orchestre symphonique.

De quel réper­toire êtes-vous par­tie pour créer le spectacle ?
J’ai essen­tielle­ment repris des stan­dards du jazz ou de la comédie musi­cale anglo-sax­onne, en anglais et en français, et je les ai retra­vail­lés à ma sauce. J’avais envie de revis­iter les chan­sons que j’aime bien. J’ai aus­si écrit des petits jin­gles parce que le per­son­nage que je joue est actrice de voix-off et que l’ac­tion tourne beau­coup autour de son tra­vail. On la voit, par exem­ple, enreg­istr­er des voix pour des pubs. Je suis par­tie de leit­mo­tivs qu’on con­naît bien en France et j’ai joué avec. Je me suis beau­coup amusée à faire ça.

En tant qu’anglaise, pourquoi avez-vous choisi de tra­vailler en France ?
Je suis anglaise, d’o­rig­ine française du côté de ma mère. Mais j’ai gran­di en Angleterre. J’ai chan­té très jeune, d’abord dans un cadre ama­teur. J’ai fait par­tie de la plus grande chorale de col­lège du sud de l’An­gleterre, ce qui m’a per­mis de tourn­er un peu partout dans la région et même à Lon­dres. J’ai eu l’oc­ca­sion de faire beau­coup de con­certs et, par exem­ple, de chanter à la BBC. J’y ai appris une cer­taine rigueur du spec­ta­cle. Mais même si le niveau ama­teur est très élevé en Angleterre, ça restait ama­teur. J’ai com­mencé à chanter pro­fes­sion­nelle­ment quand j’é­tais au Japon. Au départ, je suis allée là-bas juste pour chang­er de pays. J’ai voulu tra­vailler, j’ai don­né des cours d’anglais. Puis, je me suis ren­due compte qu’il y avait beau­coup de pos­si­bil­ités pour les artistes. J’ai enchaîné quand je suis venue en France. Aujour­d’hui, je tra­vaille de temps en temps en Angleterre même si l’essen­tiel de mon activ­ité est ici. J’ai fait des con­certs là-bas et, en mars dernier, j’ai joué une pièce de théâtre à Lon­dres. En France, on dit que le théâtre est en crise, que l’in­ter­mit­tence va dis­paraître et, pour­tant, j’ai le sen­ti­ments que les artistes y sont recon­nus comme tels. Ils ont un statut. Quand je suis arrivée ici, je ne con­nais­sais pas tout ça. Il a fal­lu cinq ans avant que je prenne con­nais­sance du statut d’in­ter­mit­tent du spec­ta­cle. D’un autre côté, on peut dire qu’on est un peu assisté. En Angleterre, tout ça n’ex­iste pas. Du coup, les gens fon­cent. Ils sont très motivés mais en même temps c’est très dur. Il manque aus­si aux Français la rigueur anglo-sax­onne, je pense aux respects des horaires par exem­ple. Mais il me sem­ble que cette rigueur com­mence à s’in­staller à Paris.

Que pensez-vous du sys­tème de cast­ing très anglo-sax­on qui con­siste à faire revenir les can­di­dats plusieurs fois pen­dant des mois avant la créa­tion du spectacle ?
A Lon­dres, quand il s’ag­it des gross­es comédies musi­cales, le cast­ing dure tou­jours très longtemps. Le principe du cast­ing est de toutes façons dif­fi­cile. Ce n’est pas juste en rap­port avec la voix ou le tal­ent mais avec le physique, l’alchimie avec les parte­naires, la pos­si­bil­ité d’in­té­gr­er har­monieuse­ment une troupe. Tout ça est très com­pliqué. De là à ce que ça dure des mois et des mois, c’est peut-être beau­coup. Mais je com­prends que, pour des gros spec­ta­cles comme Les Mis­érables ou Le Roi Lion, il y ait qua­tre ou cinq tours. J’ai des amis, à Lon­dres, qui sont déjà allés jusqu’à cinq tours et qui n’ont pas été pris. C’est dif­fi­cile mais je crois, mal­heureuse­ment, que ça fait par­tie de notre méti­er. En revanche l’a­van­tage de Lon­dres, c’est que les audi­tions y sont beau­coup mieux organ­isées. Elle peu­vent être ouvertes et don­ner ain­si leur chance à tout le monde. En France, le plus sou­vent, on n’est pas au courant des audi­tions. Ca passe beau­coup par le copinage. Mais il y a une évo­lu­tion. Une sol­i­dar­ité se met en place. Et on peut trou­ver de plus en plus de sites Web qui annon­cent les castings.

A en juger par le réper­toire que vous inter­prétez, vous aimez la comédie musicale.
C’est vrai que j’adore ça. En Angleterre, on baigne là-dedans. On ne se pose même pas la ques­tion, c’est là. Le pre­mier film que mes par­ents m’ont emmenée voir, c’est La mélodie du bon­heur. J’avais déjà vu Mary Pop­pins avant, à la télé. Mon idole, c’é­tait Julie Andrews. C’est tou­jours mon idole d’ailleurs. J’adore sa voix.

Par­mi les spec­ta­cles musi­caux aux­quels vous avez par­ticipé, lesquels vous ont marquée ?
Même si les spec­ta­cles dans lesquels j’ai joué n’ont pas for­cé­ment tou­jours eu beau­coup de reten­tisse­ment, j’ai tou­jours pris un plaisir fou à les faire. Par exem­ple, je reviens juste d’une tournée de cinq semaines au Japon avec « The Broad­way Musi­cal Com­pa­ny ». C’est une troupe avec beau­coup d’an­glo­phones. On a joué dans des salles immenses et ce qu’on fai­sait sur scène était de très bonne qual­ité. J’ai aus­si fait une comédie musi­cale pour enfants qui s’ap­pelait Le bal des ani­maux. J’ai tourné pen­dant deux ans avec ce spec­ta­cle réal­isé dans le cadres des « Jeuness­es Musi­cales de France ». J’ai aus­si un super sou­venir de Poc­a­hon­tas, le spec­ta­cle de Dis­ney­land Paris où je jouais le rôle-titre. J’ai beau­coup appris de cette expéri­ence. Et puis, il y a eu aus­si Parce que je vous aime, la revue à laque­lle j’ai par­ticipé à La Nou­velle Eve, un lieu mythique. Beau­coup des artistes de la troupe étaient issus de Tintin qui devait se mon­ter à Paris et qui, finale­ment, ne s’est pas fait. J’ai été très heureuse de tra­vailler avec eux, tant au niveau humain qu’artistique.

Vous avez tout de suite pra­tiqué les trois dis­ci­plines de la comédie musicale ?
Non. Au départ, je voulais être danseuse. J’ai donc com­mencé par le bal­let. Mais très vite, je suis passée au chant. L’é­cole où j’ai fait ma sco­lar­ité était très ouverte sur les arts. On avait une super direc­trice qui m’a encour­agée à faire du chant. J’ai com­mencé à faire du lyrique à par­tir de quinze ans. J’ai passé un exa­m­en que j’ai eu avec les félic­i­ta­tions du jury, tout en par­tic­i­pant à la chorale. Mais je ne peux pas dire que j’ai eu une for­ma­tion de comédie musi­cale. C’est quelque chose que j’ai appris sur le ter­rain. En arrivant en France, j’ai com­pris qu’il fal­lait quand même que je prenne des cours, que je fasse des stages. Ca m’a per­mis d’ap­pren­dre des choses sur moi. La dernière révéla­tion que j’ai eue, c’est la comédie. Frédéric Bap­tiste, le met­teur en scène d’Estelle Bright, m’a vrai­ment fait com­pren­dre ce que je pou­vais faire en tant qu’ac­trice. C’est un très bon met­teur en scène et, surtout, un super directeur d’ac­teur. Aujour­d’hui, je peux vrai­ment dire que je suis chanteuse comé­di­enne, ce que je n’o­sais pas faire avant.

Avez-vous d’autres projets ?
Je rêve par­fois à un Estelle Bright 2 mais j’aimerais déjà aller plus loin avec celui-là.