
Quelle a été votre réaction à l’annonce de votre Molière ?
C’était une réelle surprise ! Je n’y comptais pas trop, vu le talent des autres artistes nominés, tous pour des rôles plus franchement ancrés dans l’art dramatique ou dans la performance musicale. Le mien, dans La Valse des Pingouins, est un peu entre les deux, donc je pensais que cela réduirait mes chances. À l’annonce des résultats, j’étais comme choquée, complètement à l’ouest, n’en croyant pas mes oreilles. Et après : le vide, mon stress évaporé, dans un moment de transe. Je suis extrêmement contente de recevoir cet encouragement de la part de la profession, après celui du public.
Selon vous, qu’est-ce qui a pu faire la différence pour le choix du jury ?
Le jury a du comprendre le challenge qu’est la personnification sur scène d’une jeune fille qui sait à peine parler et qui fait néanmoins preuve d’une forte personnalité, malgré son handicap. Animer et aimer cette fille a représenté une passionnante gageure d’actrice. J’ai le sentiment d’être bien entrée dans le rôle car toutes les mimiques de visages et leurs compléments corporels me sont venus quasi inconsciemment.
Comment a été créé le curieux langage de la jeune fille, inintelligible et pourtant compréhensible ?
Patrick Haudecoeur, bien entendu, a fourni les instructions de départ : une voix franchement placée dans les aigus et un petit texte auquel on ne devait rien comprendre ! En fait, tout cela a été modulé dans le temps en fonction de la réaction du public. J’ai fait le tri assez naturellement entre ce qui fonctionne et ce qui ne fonctionne pas. En m’appropriant le rôle, j’ai aussi ajouté beaucoup de texte au regard de l’original. Mais les mots eux-mêmes comptent finalement peu par rapport aux sonorités, aux intonations, et aux intentions que le public perçoit clairement désormais.
Le volet musical a‑t-il été aussi naturel ?
J’adore la musique et la comédie musicale. À la base, je suis plus attirée par les classiques que par les créations françaises des 10 dernières années, par exemple, qui laissent trop peu de place à la composante dramatique. Dans les choses plus modernes, je suis sensible à l’influence du rap dans la musique et reste bluffée par les nouveaux talents claquettistes noirs américains. A priori, je n’étais pas passionnée par le registre avant-guerre de La Valse des Pingouins, mais participer à cette joyeuse troupe chantante me procure un réel plaisir. Je ne suis pas moi-même une chanteuse professionnelle. La production ne m’a pourtant pas demandé de me former car elle préférait une voix naturelle. Depuis, je me suis quand même inscrite à des cours de chant, mais je prends bien soin de les oublier quand je monte sur scène !
Doit-on comprendre que vous allez continuer dans le théâtre musical ?
Au risque de décevoir les lecteurs mélomanes de Regard en Coulisse, je ne crois pas… Après La Valse des Pingouins, j’aimerais revenir à un rôle théâtral plus en rapport avec ma formation dramatique. Mais en attendant, je vais savourer encore quelque temps mon plaisir sur les planches du Théâtre des Nouveautés.