Accueil Talent à suivre Sara Giraudeau — Révélation théâtrale : Che sara sara !

Sara Giraudeau — Révélation théâtrale : Che sara sara !

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Sara Giraudeau ©DR
Sara Giraudeau ©DR

Quelle a été votre réac­tion à l’an­nonce de votre Molière ?
C’é­tait une réelle sur­prise ! Je n’y comp­tais pas trop, vu le tal­ent des autres artistes nom­inés, tous pour des rôles plus franche­ment ancrés dans l’art dra­ma­tique ou dans la per­for­mance musi­cale. Le mien, dans La Valse des Pin­gouins, est un peu entre les deux, donc je pen­sais que cela réduirait mes chances. À l’an­nonce des résul­tats, j’é­tais comme choquée, com­plète­ment à l’ouest, n’en croy­ant pas mes oreilles. Et après : le vide, mon stress éva­poré, dans un moment de transe. Je suis extrême­ment con­tente de recevoir cet encour­age­ment de la part de la pro­fes­sion, après celui du public.

Selon vous, qu’est-ce qui a pu faire la dif­férence pour le choix du jury ?
Le jury a du com­pren­dre le chal­lenge qu’est la per­son­ni­fi­ca­tion sur scène d’une jeune fille qui sait à peine par­ler et qui fait néan­moins preuve d’une forte per­son­nal­ité, mal­gré son hand­i­cap. Ani­mer et aimer cette fille a représen­té une pas­sion­nante gageure d’ac­trice. J’ai le sen­ti­ment d’être bien entrée dans le rôle car toutes les mim­iques de vis­ages et leurs com­plé­ments cor­porels me sont venus qua­si inconsciemment.

Com­ment a été créé le curieux lan­gage de la jeune fille, inin­tel­li­gi­ble et pour­tant compréhensible ?
Patrick Haude­coeur, bien enten­du, a fourni les instruc­tions de départ : une voix franche­ment placée dans les aigus et un petit texte auquel on ne devait rien com­pren­dre ! En fait, tout cela a été mod­ulé dans le temps en fonc­tion de la réac­tion du pub­lic. J’ai fait le tri assez naturelle­ment entre ce qui fonc­tionne et ce qui ne fonc­tionne pas. En m’ap­pro­pri­ant le rôle, j’ai aus­si ajouté beau­coup de texte au regard de l’o­rig­i­nal. Mais les mots eux-mêmes comptent finale­ment peu par rap­port aux sonorités, aux into­na­tions, et aux inten­tions que le pub­lic perçoit claire­ment désormais.

Le volet musi­cal a‑t-il été aus­si naturel ?
J’adore la musique et la comédie musi­cale. À la base, je suis plus attirée par les clas­siques que par les créa­tions français­es des 10 dernières années, par exem­ple, qui lais­sent trop peu de place à la com­posante dra­ma­tique. Dans les choses plus mod­ernes, je suis sen­si­ble à l’in­flu­ence du rap dans la musique et reste bluffée par les nou­veaux tal­ents cla­que­t­tistes noirs améri­cains. A pri­ori, je n’é­tais pas pas­sion­née par le reg­istre avant-guerre de La Valse des Pin­gouins, mais par­ticiper à cette joyeuse troupe chan­tante me pro­cure un réel plaisir. Je ne suis pas moi-même une chanteuse pro­fes­sion­nelle. La pro­duc­tion ne m’a pour­tant pas demandé de me for­mer car elle préférait une voix naturelle. Depuis, je me suis quand même inscrite à des cours de chant, mais je prends bien soin de les oubli­er quand je monte sur scène !

Doit-on com­pren­dre que vous allez con­tin­uer dans le théâtre musical ?
Au risque de décevoir les lecteurs mélo­manes de Regard en Coulisse, je ne crois pas… Après La Valse des Pin­gouins, j’aimerais revenir à un rôle théâ­tral plus en rap­port avec ma for­ma­tion dra­ma­tique. Mais en atten­dant, je vais savour­er encore quelque temps mon plaisir sur les planch­es du Théâtre des Nouveautés.