
Quelles ont été vos premières impressions quand vous avez vu Cabaret à Paris ?
C’est comme un rêve étrange : c’est à la fois similaire et totalement différent. Ce lieu est incroyable, j’ai été vraiment époustouflé quand je l’ai découvert. Quand on a créé le spectacle [NDLR : Cabaret, dans cette mise en scène a été créé par Sam Mendes à Londres, puis à New York], on se disait qu’il fallait que ça ressemble aux Folies Bergère… et là, nous sommes aux Folies Bergère ! Et puis, c’est très émouvant de voir cette troupe d’acteurs talentueux, dévoués.
Avez-vous été choqué ou amusé d’entendre ces célèbres chansons interprétées en français ?
Au contraire, je me suis senti très à l’aise. Je trouve les paroles françaises formidables et certaines chansons sonnent mieux en français qu’en anglais comme « Don’t Tell Mama » ou « Perfectly Marvelous ». Fred Ebb [le parolier américain] a écrit avec une certaine idée de la langue anglaise, de ce qui devait sonner british, mais qui sonne parfois faux pour nous, Britanniques. En français, ces chansons paraissent plus légères et plus drôles. Ce musical réunit magnifiquement la tradition européenne et celle de Broadway. Jouer ici est en quelque sorte un retour aux sources.
Quelle a été votre réaction lorsqu’on vous a proposé de monter Cabaret à Paris ?
J’ai d’abord été sceptique. Il n’y a pas ici la tradition du musical de Broadway, notamment depuis ces vingt dernières années où aucun musical américain n’a eu de succès. Mais il aurait été arrogant de refuser de jouer aux Folies Bergère ! Très vite, cette proposition de jouer à Paris s’est imposée comme une évidence.
Pouvez-vous nous parler de la genèse de ce spectacle ? Quel était votre rapport avec la version cinématographique de Cabaret ?
J’ai d’abord monté Cabaret à Londres en 1993 au Donmar Warehouse. Cette production avait des défauts. L’idée était bonne mais n’était pas complètement aboutie. Il ne fallait pas transformer un théâtre en club mais le contraire. Nous avons donc recherché un lieu à New York pendant plus d’un an. C’est ainsi que nous avons transformé le Studio 54 [NDLR : célèbre discothèque des années 70] en Kit Kat Klub.
Je n’ai jamais été un grand fan de musicals et d’ailleurs, je cherche toujours des comédiens qui chantent, pas des chanteurs qui jouent un peu.
Bien sûr, je connaissais le film et c’est une oeuvre brillante en termes cinématographiques, mais je trouvais la pièce plus intéressante car elle était plus influencée par Brecht. Et puis, il y a quand même quelque chose de bizarre dans le film… Comment une chanteuse aussi magnifique que Liza Minnelli peut-elle chanter dans un cabaret aussi miteux ? Comment un tel bouge peut-il proposer des chorégraphies aussi inventives que celles de Bob Fosse ? Ce qui m’a attiré dans ce projet était de revenir à la réalité de Cabaret.
Comment expliquez-vous le succès de Cabaret à Paris ?
Ne faisant pas partie du milieu théâtral parisien, j’ai du mal à l’expliquer, j’ai juste envie de dire que c’est parce que c’est bien ! Mais en même temps, un spectacle de qualité ne rencontre pas toujours le succès !
Cabaret nous parle de choses actuelles, des choses qui sonnent juste par rapport à notre époque. Il y a une résonance émotionnelle universelle. Ce n’est pas uniquement le jeu des comédiens, ou le lieu, c’est un tout. Il y a quelque chose qui va bien au-delà de la pièce. En tout cas, je vais vous avouer une chose. Quand j’ai vu Cabaret à Paris, j’ai été aussi excité que lors de la première à Broadway. Je suis très touché que ça marche ici.
Vous avez dit ne pas être fan de comédies musicales, mais avez-vous néanmoins l’envie d’adapter un musical à l’écran ?
J’ai dit ça mais il y a néanmoins une exception : Stephen Sondheim dont j’ai déjà mis en scène trois oeuvres [NDLR : Company et Assassins à Londres, Gypsy — lyrics de Sondheim — à Broadway]. Pour moi, il fait partie des quatre ou cinq artistes de théâtre majeurs issus de Broadway, au même titre que Tennessee Williams, Arthur Miller ou Eugene O’Neill. Récemment, j’ai développé le scénario de Sweeney Todd de Stephen Sondheim, que je produis et que Tim Burton va réaliser. Le tournage commence dans un mois.
J’ai toujours voulu éviter les adaptations cinématographiques d’oeuvres théâtrales. Je n’aime pas l’idée de transposer de la scène à l’écran mais je suis très confiant avec Sweeney Todd car l’approche de Tim Burton est purement cinématographique et je sais qu’il va en faire quelque chose d’exceptionnel.