Sam Mendes nous parle de Cabaret — Conférence de presse exceptionnelle pour la centième !

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Sam Mendes © Reuters/Philippe Wojazer

Quelles ont été vos pre­mières impres­sions quand vous avez vu Cabaret à Paris ?
C’est comme un rêve étrange : c’est à la fois sim­i­laire et totale­ment dif­férent. Ce lieu est incroy­able, j’ai été vrai­ment épous­tou­flé quand je l’ai décou­vert. Quand on a créé le spec­ta­cle [NDLR : Cabaret, dans cette mise en scène a été créé par Sam Mendes à Lon­dres, puis à New York], on se dis­ait qu’il fal­lait que ça ressem­ble aux Folies Bergère… et là, nous sommes aux Folies Bergère ! Et puis, c’est très émou­vant de voir cette troupe d’ac­teurs tal­entueux, dévoués.

Avez-vous été choqué ou amusé d’en­ten­dre ces célèbres chan­sons inter­prétées en français ?
Au con­traire, je me suis sen­ti très à l’aise. Je trou­ve les paroles français­es for­mi­da­bles et cer­taines chan­sons son­nent mieux en français qu’en anglais comme « Don’t Tell Mama » ou « Per­fect­ly Mar­velous ». Fred Ebb [le paroli­er améri­cain] a écrit avec une cer­taine idée de la langue anglaise, de ce qui devait son­ner british, mais qui sonne par­fois faux pour nous, Bri­tan­niques. En français, ces chan­sons parais­sent plus légères et plus drôles. Ce musi­cal réu­nit mag­nifique­ment la tra­di­tion européenne et celle de Broad­way. Jouer ici est en quelque sorte un retour aux sources.

Quelle a été votre réac­tion lorsqu’on vous a pro­posé de mon­ter Cabaret à Paris ?
J’ai d’abord été scep­tique. Il n’y a pas ici la tra­di­tion du musi­cal de Broad­way, notam­ment depuis ces vingt dernières années où aucun musi­cal améri­cain n’a eu de suc­cès. Mais il aurait été arro­gant de refuser de jouer aux Folies Bergère ! Très vite, cette propo­si­tion de jouer à Paris s’est imposée comme une évidence.

Pou­vez-vous nous par­ler de la genèse de ce spec­ta­cle ? Quel était votre rap­port avec la ver­sion ciné­matographique de Cabaret ?
J’ai d’abord mon­té Cabaret à Lon­dres en 1993 au Don­mar Ware­house. Cette pro­duc­tion avait des défauts. L’idée était bonne mais n’é­tait pas com­plète­ment aboutie. Il ne fal­lait pas trans­former un théâtre en club mais le con­traire. Nous avons donc recher­ché un lieu à New York pen­dant plus d’un an. C’est ain­si que nous avons trans­for­mé le Stu­dio 54 [NDLR : célèbre dis­cothèque des années 70] en Kit Kat Klub.
Je n’ai jamais été un grand fan de musi­cals et d’ailleurs, je cherche tou­jours des comé­di­ens qui chantent, pas des chanteurs qui jouent un peu.
Bien sûr, je con­nais­sais le film et c’est une oeu­vre bril­lante en ter­mes ciné­matographiques, mais je trou­vais la pièce plus intéres­sante car elle était plus influ­encée par Brecht. Et puis, il y a quand même quelque chose de bizarre dans le film… Com­ment une chanteuse aus­si mag­nifique que Liza Min­nel­li peut-elle chanter dans un cabaret aus­si miteux ? Com­ment un tel bouge peut-il pro­pos­er des choré­gra­phies aus­si inven­tives que celles de Bob Fos­se ? Ce qui m’a attiré dans ce pro­jet était de revenir à la réal­ité de Cabaret.

Com­ment expliquez-vous le suc­cès de Cabaret à Paris ?
Ne faisant pas par­tie du milieu théâ­tral parisien, j’ai du mal à l’ex­pli­quer, j’ai juste envie de dire que c’est parce que c’est bien ! Mais en même temps, un spec­ta­cle de qual­ité ne ren­con­tre pas tou­jours le succès !
Cabaret nous par­le de choses actuelles, des choses qui son­nent juste par rap­port à notre époque. Il y a une réso­nance émo­tion­nelle uni­verselle. Ce n’est pas unique­ment le jeu des comé­di­ens, ou le lieu, c’est un tout. Il y a quelque chose qui va bien au-delà de la pièce. En tout cas, je vais vous avouer une chose. Quand j’ai vu Cabaret à Paris, j’ai été aus­si excité que lors de la pre­mière à Broad­way. Je suis très touché que ça marche ici.

Vous avez dit ne pas être fan de comédies musi­cales, mais avez-vous néan­moins l’en­vie d’adapter un musi­cal à l’écran ?
J’ai dit ça mais il y a néan­moins une excep­tion : Stephen Sond­heim dont j’ai déjà mis en scène trois oeu­vres [NDLR : Com­pa­ny et Assas­sins à Lon­dres, Gyp­sy — lyrics de Sond­heim — à Broad­way]. Pour moi, il fait par­tie des qua­tre ou cinq artistes de théâtre majeurs issus de Broad­way, au même titre que Ten­nessee Williams, Arthur Miller ou Eugene O’Neill. Récem­ment, j’ai dévelop­pé le scé­nario de Sweeney Todd de Stephen Sond­heim, que je pro­duis et que Tim Bur­ton va réalis­er. Le tour­nage com­mence dans un mois.
J’ai tou­jours voulu éviter les adap­ta­tions ciné­matographiques d’oeu­vres théâ­trales. Je n’aime pas l’idée de trans­pos­er de la scène à l’écran mais je suis très con­fi­ant avec Sweeney Todd car l’ap­proche de Tim Bur­ton est pure­ment ciné­matographique et je sais qu’il va en faire quelque chose d’exceptionnel.