Rosalie Symon et Rachel Pignot — Nous sommes deux soeurs…

0
733

Les Frangines ©DR
Les Frangines ©DR
Quel a été votre par­cours ? Est-ce la pre­mière fois que vous vous retrou­vez toutes les deux ensem­ble sur scène ?
Ros­alie Symon : Non, on a joué ensem­ble dans Les femmes savantes de Molière mis en scène par Jean-Claude Muse­let. Rachel jouait le rôle d’Hen­ri­ette ; moi celui d’Ar­mande, déjà des rôles de soeurs ! Et notre maman, Julie Rav­ix, jouait Phil­am­inte, leur mère. Nous nous sommes retrou­vées sur ce pro­jet un peu par hasard et c’é­tait déjà une jolie aven­ture familiale.
Mais, avant cela, j’ai eu la chance de réus­sir mon pre­mier cast­ing pour une pub­lic­ité tournée par Bertrand Bli­er aux côtés de Lorant Deutsch. On a pu me voir aus­si dans la pièce Comme en 14 ! de Dan­ny Lau­rent qui a reçu trois Molières en 2003, Loin de Rueil une comédie musi­cale de Ray­mond Que­neau mise en scène par Nico­las Bri­ançon et au ciné­ma où j’ai eu la chance de tourn­er sous la direc­tion d’Ab­del­latif Kechiche dans L’esquive et La Graine et le Mulet.
J’ai tou­jours rêvé de chanter ; j’ai atten­du le bon moment avant de me lancer, car je pen­sais ne pas en avoir le droit étant don­né que c’é­tait plutôt la place de Rachel.

Rachel Pig­not : A la mai­son pour­tant, on chan­tait tout le temps, déjà à deux voix. Le désir de chanter ensem­ble a tou­jours été présent. De mon côté, j’ai tou­jours voulu chanter et faire de la comédie musi­cale. Par chance, cela s’est con­crétisé rapi­de­ment, puisqu’à vingt ans, j’ai été choisie comme dou­blure dans la comédie musi­cale Roméo et Juli­ette, ce qui est très enrichissant lorsqu’on débute. J’y ai fait des ren­con­tres inou­bli­ables comme Réjane Perry.
Au même moment, j’ai été choisie pour devenir la nou­velle voix chan­tée de Blanche Neige. On a pu me voir égale­ment dans la comédie musi­cale Chance et, dernière­ment, m’en­ten­dre inter­préter les chan­sons du film Il était une fois.

Com­ment vous est venue l’idée de ce projet ?
Ros­alie : C’est tout un chem­ine­ment. D’abord il y a eu un voy­age en Inde d’un mois qui nous a amenées à faire des ren­con­tres for­mi­da­bles. Là-bas, les gens vivent sou­vent de peu mais don­nent beau­coup ; leur plus grande richesse est dans le partage de l’in­stant. Pour les remerci­er, on chan­tait à deux voix. Ensuite, nous avons une grand-mère qui vit en mai­son de retraite. Lors de nos vis­ites, quelque­fois nous nous met­tions à chanter et cela met­tait aus­sitôt un peu de gaîté dans l’étab­lisse­ment. C’est à ce moment-là que nous avons eu l’idée de con­stituer un petit réper­toire de chan­sons d’époque.
Peu de temps après, Rachel a enten­du à la radio le morceau « C’est si bon » inter­prété par les Soeurs Etienne.

Rachel : C’é­tait apparu comme une évidence !

Ros­alie : C’é­tait idéal pour nos voix et comme nous, c’é­taient deux soeurs ! En plus, on a exacte­ment 50 ans de dif­férence avec elles, avec le même écart d’âge entre nous.
La seule petite dif­férence, c’est que Rachel est la cadette et qu’elle chante la par­tie de l’aînée, Louise.

Rachel Pignot ©DR
Rachel Pig­not ©DR
Rachel : C’est un pro­jet fait d’heureux hasards. Un jour, nous sommes tombées sur un forum où quelqu’un demandait des infor­ma­tions sur les Soeurs Eti­enne et il y avait une réponse de la petite-fille de Louise !
Nous l’avons con­tac­tée au culot pour lui faire part de notre pro­jet qui démar­rait à peine et, après plusieurs échanges qui ont duré plusieurs mois, nous avons pu ren­con­tr­er Louise Eti­enne. On a ensuite for­mé une équipe de musi­ciens con­sti­tuée notam­ment de Jean Joseph L M Vill­e­val et Dominique Patris, ain­si que Lau­rent Valero, notre vio­loniste, qui, tra­vail­lant à Radio France, a eu accès à une com­pi­la­tion un peu plus com­plète que celle que j’avais pu me pro­cur­er, nous per­me­t­tant ain­si de sélec­tion­ner des chan­sons supplémentaires.
Evidem­ment, con­nais­sant désor­mais Louise, nous avons accès à d’autres doc­u­ments. C’est vrai­ment un pro­jet mag­ique qui ne nous pro­cure que de belles ren­con­tres, comme Line Renaud qui est venue nous voir lors des tous pre­miers con­certs à Vit­ry-sur-Seine, car elle avait été, dans sa jeunesse, cho­riste des Soeurs Eti­enne, ain­si que toutes les per­son­nes qui ont cru en nous et qui par­ticipent de près ou de loin à ce pro­jet. Elles font par­tie inté­grante des Frangines !

Com­ment s’est passée la ren­con­tre avec les Soeurs Etienne ?
Ros­alie : Avec LA soeur Eti­enne, puisque nous n’avons encore jamais ren­con­tré Odette. Grâce à sa petite-fille, Louise nous a donc accueil­lies chez elle, et nous étions dans nos petits souliers ! Bien que rien ne fût abouti à ce moment-là, on avait apporté un enreg­istrement d’une répéti­tion avec les musi­ciens, pour qu’elle puisse se faire une idée de notre projet.
Au final, Louise, qui était sur la réserve au début, nous a écoutées avec atten­tion et a accueil­li le pro­jet chaleureuse­ment. Si le pro­jet ne lui avait pas plu, elle nous l’au­rait dit claire­ment, car c’est une per­son­ne assez franche.

Rachel : D’ailleurs, elle nous a dit « Il y en a beau­coup qui ont essayé, mais vous, c’est à s’y méprendre ! ».

Ros­alie : Depuis, elle nous suit, nous a prêté des doc­u­ments, ses dis­ques, même une affiche d’époque et sa pro­pre radio pour le spec­ta­cle. Dernière­ment, elle nous a même offert un jour­nal datant de 1947 où on les voit toutes les deux en couverture.

Rachel : C’est vrai­ment quelqu’un de qui nous sommes dev­enues très proches, qui n’hésite pas à nous con­seiller régulière­ment sur l’in­ter­pré­ta­tion des morceaux.

Rosalie Symon ©DR
Ros­alie Symon ©DR
Pour ce pro­jet, vous êtes mis­es en scène par votre maman, Julie Rav­ix. Quels sont les avan­tages et les incon­vénients de tra­vailler en famille ?
Ros­alie et Rachel : Il y a surtout des avantages !

Ros­alie : C’est évidem­ment un choix de notre part : notre maman est aus­si comé­di­enne et a réal­isé d’autres mis­es en scène, donc on a eu le loisir d’ap­préci­er son tra­vail. On savait qu’elle serait la per­son­ne appro­priée pour ça !

Rachel : Il y a encore un autre avan­tage, qui pour­rait être un incon­vénient. Elle nous con­naît for­cé­ment très bien, en tant que filles, mais aus­si en tant qu’artistes. Du coup, elle ne nous emmène pas dans nos facil­ités. Elle sait mieux que per­son­ne com­ment tir­er le meilleur de nous-mêmes !

Ros­alie : Et puis, il y a le plaisir de tra­vailler tous ensem­ble ! On est une famille de saltim­ban­ques et on aime se retrou­ver dans le tra­vail. Sou­vent, les gens sont intrigués parce que nous n’avons pas le même nom, mais nous sommes pour­tant bien de la même famille ! En fait, notre maman a choisi de garder son nom de jeune fille pour son nom de scène et moi, j’ai pris le nom de ma grande-tante qui a beau­coup comp­té pour moi. Ayant choisi de me diriger vers le théâtre et ayant deux par­ents comé­di­ens (notre papa étant Yves Pig­not), j’avais besoin d’avoir ma pro­pre identité.

Votre com­plic­ité frater­nelle est évi­dente. Que pou­vez-vous nous dire l’une sur l’autre ?
Ros­alie et Rachel : Ouh­lala (rires) !!!

Rachel : Dans le spec­ta­cle, ce qui est fan­tas­tique, c’est que le fait d’être soeurs fait qu’on se con­naît par coeur, on se devine, on s’aime et tout cela est tran­scendé. On est à l’é­coute l’une de l’autre. Cela aurait été dif­férent si on avait eu un autre parte­naire, cela aurait pris du temps alors qu’i­ci, c’est une évi­dence. Nos tim­bres de voix sont en plus très proches, on a la même façon de parler…
On a presque un lien gémel­laire. On sent quand quelque chose ne va pas chez l’autre.

Ros­alie : Rachel dit de moi que je suis son deux­ième coeur…

Rachel : … et Ros­alie que je suis sa force.

Vous avez donc eu accès à un nom­bre impor­tant de doc­u­ments. Com­ment s’est fait le choix des chansons ?
Ros­alie et Rachel : En famille et en vacances !

Rachel : Avant de com­mencer les répéti­tions avec les musi­ciens, il a fal­lu faire un choix par­mi les 60 chan­sons que l’on avait. Alors, sur tous les tra­jets que l’on fai­sait, en voiture, ou lorsque nous étions à la mai­son de campagne…

Ros­alie : … je tenais un cahi­er avec les titres des chan­sons d’un côté et celles ayant obtenu le plus de « oui » rem­por­taient à l’u­na­nim­ité la palme ! Cepen­dant, quelques-unes ont été repêchées par le jury, com­posé de nos par­ents, Rachel et moi.

Rachel : C’est comme ça que notre choix s’est fait. Encore une his­toire de famille !

Quel est votre air favori ?
Ros­alie : Je crois que toutes les deux, nous avons une ten­dresse pour « Les yeux fer­més », écrit spé­ciale­ment pour elles ; leur réper­toire est essen­tielle­ment com­posé de repris­es de stan­dards français ou étrangers, arrangés pour leur deux voix. J’aime aus­si beau­coup « Les demoi­selles de Robin­son », c’est une jolie his­toire qui m’embarque tout de suite.

Rachel : Quant à moi, j’aime beau­coup « Cheveux au vent » pour le mes­sage posi­tif et la fraîcheur qui s’en dégage. Louise est aus­si très con­tente de notre inter­pré­ta­tion du titre « Embrasse-moi vite » car il n’avait jamais été inter­prété sur scène.

Quel est l’avenir des Frangines ?
Rachel : Pour l’in­stant, il n’y a rien de con­cret même si nous avons des propo­si­tions pour ce spec­ta­cle dans sa forme actuelle, parce que cela fonc­tionne très bien à Paris. Les dates affichent assez rapi­de­ment com­plet ! Notre envie est que ce spec­ta­cle vive, qu’il tourne et qu’un max­i­mum de gens puisse le voir car c’est un spec­ta­cle qui, bien qu’il par­le plus à une cer­taine généra­tion, s’adresse à tous et nous seri­ons ravies que la nou­velle généra­tion décou­vre ce répertoire.
L’idéal serait de se promen­er avec, par­tir à la ren­con­tre du pub­lic dans les vil­lages-vacances, les hôtels, les croisières ou les tha­las­sos par exemple…
C’est vrai que Les Frangines chantent…, même si c’est un titre un peu long, c’est notre iden­tité et si ça fonc­tionne, cela nous per­me­t­tra de le déclin­er ensuite.
Cepen­dant, au départ, Louise Eti­enne était un peu cha­grinée que le pro­jet s’in­ti­t­ule Les Frangines chantent les Soeurs Eti­enne, car à l’époque, les frangines étaient le terme qui désig­nait les filles de joie… A la mort d’Hen­ri Sal­vador, elle s’est sou­v­enue que celui-ci s’écri­ait « les frangines ! » quand il les voy­ait et elle nous a dit que ça allait nous porter bonheur.

Quels sont vos pro­jets respectifs ?
Ros­alie : Cet automne, j’ai joué au Théâtre 13 dans Le Vol de Kit­ty Hawk qui par­ti­ra en tournée en sep­tem­bre-octo­bre prochain. Il y a peut-être aus­si un pro­jet de comédie musicale…

Rachel : Me con­cer­nant, je joue actuelle­ment Feu la Mère de Madame au Lucer­naire, Les Frangines à l’Es­saïon bien sûr, prochaine­ment Coup de foudre de Jean-Bap­tiste Arnal au Théâtre Mar­soulan puis pen­dant le Fes­ti­val des Musi­cals et un rêve qui se réalise pour moi : je vais chanter dans Les Mis­érables en Suisse, à par­tir du 11 sep­tem­bre où je serai la dou­blure d’E­po­nine ain­si que dans les ensembles.