Richard Waits — Le destin de Claudine

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Richard Waits ©DR
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D’où venez-vous ?
Je viens de Buf­fa­lo, dans l’é­tat de New York, près des Chutes de Nia­gara, une ville ordi­naire et mod­este, rien de par­ti­c­ulière­ment glam­our. Mais au début du siè­cle, Buf­fa­lo était célèbre parce que beau­coup de pièces venaient ici pour se rôder avant d’aller à Broad­way. Aujour­d’hui encore, Buf­fa­lo a encore la répu­ta­tion de représen­ter l’Amérique moyenne.

C’est en voy­ant des spec­ta­cles à Buf­fa­lo que vous avez eu envie de jouer dans des comédies musicales ? 
Non, je ne savais pas ce que je voulais faire quand j’é­tais tout petit. Mais quand j’y pense, je m’a­mu­sais tou­jours à imiter des gens. Je regar­dais des vieux films et je me sou­viens avoir imité Mar­i­lyn Mon­roe. Non pas que je voulais être elle, mais je l’im­i­tais parce que je trou­vais qu’il était facile de l’imiter… Plus tard, quand j’avais 16 ans, mon lycée à mon­té une pro­duc­tion de My Fair Lady. Je n’ai pas audi­tion­né, je n’é­tais pas intéressé mais j’ai assisté à quelques répéti­tions pour voir, et là, j’ai attrapé le virus. Quand ils ont vu à quel point j’aimais ça, ils m’ont demandé d’être assis­tant de pro­duc­tion. C’est là que tout a commencé.

Et com­ment com­mence votre his­toire avec la France ? 
J’avais tra­vail­lé non-stop aux Etats-Unis pen­dant cinq ans, à chanter des chan­sons qui par­laient d’amour et de la vie mais je vivais ma vie sur scène. Je n’avais aucune autre vie. Alors, j’ai décidé de par­tir huit mois et je suis venu à Paris. J’ai une rela­tion d’amour-haine avec la France. Je pense que j’ai dû être Français dans une autre vie ! C’est très pro­fondé­ment ancré en moi. Je n’en suis pas par­ti­c­ulière­ment fier mais c’est un sen­ti­ment que je ressens. Déjà petit, je dis­ais à ma mère que je voulais aller en France alors que je ne con­nais­sais rien de ce pays ! Au départ, je ne devais rester que trois mois en France puis petit à petit, mon séjour s’est pro­longé jusqu’à huit mois. J’ai essayé de rester ouvert. J’ai lais­sé les choses se faire d’elles mêmes.

Jacob, c’est un rôle que vous avez tou­jours voulu jouer ? 
Oui. En fait, quand ils on fait The Bird­cage, la ver­sion film avec Robin Williams, j’é­tais en lice pour le rôle de Jacob. Mike Nichols, le réal­isa­teur, m’ado­rait. J’é­tais dans la course pen­dant huit semaines et chaque semaine, mon agent appelait la pro­duc­tion qui lui répondait « oui, oui, il est tou­jours en lice pour le rôle ». A la huitième semaine, on lui a dit non. En fait, quand ils ont décidé de situer l’ac­tion du film à Mia­mi, ville où il y a une forte pop­u­la­tion latine, ils ont décidé de pren­dre une bonne latine. Ca n’avait rien à voir avec moi. Je ne suis pas latin, point. Depuis, j’ai tou­jours eu envie de jouer ce rôle. Quand j’ai enten­du par­ler des audi­tions et qu’on a par­lé du per­son­nage avec Alain Mar­cel, il m’a dit qu’il désir­ait au départ un acteur créole. Je lui ai dit que c’é­tait plus con­ven­tion­nel. En revanche, un Améri­cain mus­clé qui s’ex­prime dans un mau­vais français crée une dichotomie plus drôle. En rac­crochant, je savais que j’au­rais le rôle. C’é­tait le des­tin. Ce n’est pas de l’ar­ro­gance mais je savais. A l’au­di­tion, j’ai chan­té « Je ne regrette rien » avec une atti­tude d’en­fer, du style « oui, c’est ma vie, et alors ? « . Un peu comme Clau­dine ! Elle a cette sorte d’im­per­ti­nence à pro­pos de tout !

Qu’est-ce qui a été le plus dif­fi­cile dans votre tra­vail sur La Cage ?
Le plus dur au départ, c’est la pronon­ci­a­tion. Ca a égale­ment été dif­fi­cile d’es­say­er d’être drôle dans une langue qui n’est pas la mienne. Le tim­ing est dif­férent. Aux Etats-Unis, j’avais enten­du dire que les Français aimaient tou­jours Jer­ry Lewis ! Bon, c’est un cliché mais ça m’a don­né une autre per­spec­tive. Le jeu comique doit peut-être être plus évi­dent. Alors, je m’en­traî­nais dans la rue. Je dis­ais des choses comme « Je suis fin prête », « Mon père, vous avez vu sa mère ? » à des gens dans la rue, juste pour voir les réac­tions des gens ! Mes amis m’ont aus­si aidé sur l’ac­cen­tu­a­tion des phrases.

Vous aimeriez con­tin­uer à tra­vailler en France ? 
J’aimerais tra­vailler n’im­porte où. J’aimerais bien faire mon pro­pre show. Ici, les gens ne savent pas que je chante. J’adore chanter des vieux clas­siques du jazz mais j’adore aus­si le blues bien rauque. Les gens sont sur­pris quand je chante ça, parce que ça con­traste avec l’u­nivers sophis­tiqué du jazz.

Quel est votre souhait pour le prochain millénaire ? 
Ne pas avoir de réso­lu­tions, rester ouvert. On a telle­ment à appren­dre. Con­tin­uer à avancer. Laiss­er les gens entr­er dans ma vie, aller dans la leur. Con­tin­uer dans cette direction…