Rencontre avec Pasek & Paul (Edges, A Christmas Story, SMASH)

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Benj Pasek & Justin Paul (c) DR
Benj Pasek & Justin Paul © DR

Benj Pasek et Justin Paul, com­ment vous êtes-vous ren­con­trés ?
Justin Paul
: Nous avons tous les deux étudié le théâtre musi­cal à l’u­ni­ver­sité du Michi­gan dans l’in­ten­tion de devenir acteurs : on pre­nait donc des cours, de chant, de théâtre et de danse, et on est devenus de bons amis prin­ci­pale­ment grâce aux cours de danse clas­sique… Nous étions les deux pires élèves du cours. On sa cachait l’un l’autre pour se pro­téger !

Benj Pasek : On n’ar­rivait pas à se sou­venir de vos ter­mes français : pirou­ettes, pas de chat, c’é­tait vrai­ment com­pliqué ! Alors on se con­tentait de courir puis de sauter : on est devenu amis comme ça ! Plus tard, j’avais écrit quelques chan­sons, je voulais que Justin m’aide à les amélior­er et qu’il joue du piano sur un CD pop que je pen­sais faire. On s’est mis dans une pièce pour tra­vailler une chan­son, et on a été inca­pables de se con­cen­tr­er mais c’est comme ça qu’on a a com­mencé à col­la­bor­er ensem­ble. En deux­ième année, on a été pris pour de très mau­vais rôles dans la pro­duc­tion de la fac de City of Angels. J’ai été casté dans le rôle du Pho­tographe, à savoir que pen­dant deux heures et demie, je tra­ver­sais la scène et je pre­nais des pho­tos. Justin a été pris dans le rôle du Danseur asi­a­tique et comme vous pou­vez le voir, il n’a pas grand chose d’un danseur asi­a­tique ! Alors on a décidé d’écrire notre pro­pre spec­ta­cle et on a écrit la pre­mière ver­sion de Edges.

Dès le début, vous avez tous les deux tra­vail­lé con­join­te­ment à la musique et aux paroles ?
BP
: Oui, Justin tra­vaille un peu plus sur la musique et moi sur les lyrics, mais nous col­laborons ensem­ble sur les deux aspects. Notre philoso­phie, c’est que l’on essaie de se pouss­er l’un l’autre pour faire de notre mieux pos­si­ble, car la la chan­son est un tout. Et on ne peut plus sépar­er la musique et le texte une fois qu’ils sont réu­nis.

Votre pre­mière col­lab­o­ra­tion a été sur le « song cycle » Edges, pou­vez-vous nous en par­ler ?
JP
: Ces chan­sons étaient inspirées de gens qu’on con­nais­sait ou d’ex­péri­ences qu’on avait vécues : des jeunes gens avec des grands rêves et des désirs, des jeunes en cou­ple, des réflex­ions que l’on peut avoir quand on a une ving­taine d’an­nées. À l’u­ni­ver­sité, on n’a pas étudié l’écri­t­ure mais l’in­ter­pré­ta­tion en tant que comé­di­en, on a donc util­isé ce qu’on avait appris dans nos chan­sons : quel est le per­son­nage ? quel est son objec­tif ? quelle est sa stratégie, etc. ? Nous avons abor­dé les choses à l’en­vers en quelque sorte.

Ci-dessous, Benj Pasek, Justin Paul & Shoshana Bean chantent « Like Breath­ing » de Edges :

[youtube]http://www.youtube.com/watch?v=vfAHewnFQsw[/youtube]

Edges a com­mencé à se répan­dre très vite…
BP
: On eu la chance que le spec­ta­cle com­mence en 2005 à l’époque où Youtube et Face­book deve­naient très pop­u­laires. C’est un des pre­miers shows à avoir été mis en ligne et ça s’est répan­du de façon virale. Avant, on jouait à New York, et on avait des cri­tiques new-yorkais qui écrivaient leur arti­cle pour que le reste du monde sache de quoi il retourne. Aujour­d’hui, quand on met une chan­son sur Youtube, le monde entier peut la voir et s’y intéress­er. Quant à Face­book, à l’époque, il était surtout util­isé par les étu­di­ants et on pou­vait trou­ver ceux qui étu­di­aient aus­si le théâtre musi­cal et com­mu­ni­quer avec eux. Ils ont com­mencé à nous pos­er des ques­tions sur le spec­ta­cle et ça a été très facile de partager avec eux les infor­ma­tions. En moins d’un an, Edges a été joué dans douze uni­ver­sités et de là, il a com­mencé à se répan­dre. Des étu­di­ants, il est passé aux jeunes pro­fes­sion­nels, puis aux moins jeunes.

JP : Après Edges, on a tra­vail­lé sur trois pro­jets en même temps : James and the Giant Peach, A Christ­mas Sto­ry et Dog­fight. Les shows pren­nent du temps, ça ne se passe pas en une nuit : on écrit une ver­sion, on fait un work­shop, on écrit une nou­velle ver­sion, etc. Comme nous n’avions jamais écrit de musi­cals avec un livret (Edges étant un song cycle), avoir trois pro­jets en même temps était bon pour la pra­tique.

Com­ment avez-vous réa­gi quand vous avez appris que A Christ­mas Sto­ry allait se mon­ter à Broad­way ?
BP
: C’é­tait assez dingue. Aucun de nous ne s’at­tendait à ça. On a créé le spec­ta­cle à Seat­tle et on s’es­ti­mait déjà très heureux qu’ils souhait­ent le dévelop­per pour une tournée améri­caine. Mais on ne pen­sait pas avoir de bonnes cri­tiques, à cause du fait qu’il soit adap­té d’un film très pop­u­laire : les cri­tiques sont sou­vent durs avec ça et pensent que les films pop­u­laires sont adap­tés en comédies musi­cales pour des raisons pure­ment com­mer­ciales. Nous, on a voulu être le plus sincère pos­si­ble dans notre approche. Et quand on a appris que A Christ­mas Sto­ry allait se jouer à Broad­way, c’é­tait un rêve qui se réal­i­sait.

Ci-dessous, A Christ­mas Sto­ry aux Tony Awards 2013.

[youtube]http://www.youtube.com/watch?v=CjuyJywolsI[/youtube]

Puis la nom­i­na­tion aux Tony Awards…
BP
: Encore une fois, on ne s’at­tendait pas à un tel hon­neur. Hon­nête­ment, c’é­tait sur­réal­iste et à ce jour, on a encore du mal à croire que c’est vrai. Comme tous les ans, on a regardé l’an­nonce des nom­i­na­tions à la télévi­sion et quand on enten­du nos noms, c’é­tait une expéri­ence excep­tion­nelle.

JP : Et aujour­d’hui, le spec­ta­cle passe d’une salle de 1 500 places à 5 000, au Madi­son Square Gar­den. Comme c’est un spec­ta­cle de sai­son, il peut revenir plusieurs années de suite.

Off-Broad­way, vous avez créé Dog­fight en 2012. Adap­té d’un film dont l’ac­tion se situe dans les années 60, le spec­ta­cle vous a per­mis d’ex­plor­er un autre reg­istre musi­cal ?
JP
: Absol­u­ment, A Christ­mas Sto­ry s’in­scrivait dans un reg­istre clas­sique dans le style de Broad­way des années 40 prin­ci­pale­ment, James and the Giant Peach était plus du fun famil­ial et Edges était plus con­tem­po­rain. Pour Dog­fight, on voulait garder un aspect con­tem­po­rain mais à tra­vers un fil­tre six­ties, légère­ment folk. On aime aller d’un style à l’autre et c’é­tait intéres­sant de tra­vailler cette par­ti­tion dans cette direc­tion.

Vous avez égale­ment com­posé des chan­sons pour la série SMASH. Par­lez-nous de cette expéri­ence.
BP
: Un nou­v­el inter­venant a pris en main la pro­duc­tion de la deux­ième sai­son et nous sommes allés dîn­er avec lui. Au départ, c’é­tait pour nous pos­er des ques­tions sur notre façon de tra­vailler, car il y avait deux nou­veaux per­son­nages : un duo d’au­teurs-com­pos­i­teurs. Nous, notre rêve, c’é­tait qu’il nous pro­pose d’écrire des chan­sons pour la série. Ça s’est pro­duit un mois après ce dîn­er. Notre pre­mière chan­son a été dif­fusée dans le deux­ième épisode. C’é­tait une expéri­ence pas­sion­nante, d’au­tant plus que NBC, la chaîne qui dif­fu­sait la série, est une des plus impor­tantes aux États-Unis.

Ci dessous, « Caught in the Storm » de Pasek & Paul, pour SMASH.

[youtube]http://www.youtube.com/watch?v=9FAV89JL6po[/youtube]

Quels sont vos pro­jets aujour­d’hui ?
JP :
On a quelques musi­cals en pro­jet : l’un d’eux est entière­ment orig­i­nal, basé sur une idée qu’on a eue, et sera mis en scène par Michael Greif (Next to Nor­mal, Rent). Ca prend du temps à se dévelop­per. Et on tra­vaille égale­ment sur un autre pro­jet avec Rick Elice qui a écrit Peter and the Star­catch­er et Jer­sey Boys.

Pour con­clure, quels seraient vos con­seils aux jeunes gens qui souhait­ent tra­vailler dans le théâtre musi­cal, qu’ils soient comé­di­ens ou auteurs ?
BP
: Je pense que nous avons eu beau­coup de chance de com­mencer à écrire au moment où Inter­net pou­vait être un out­il. Il ne faut pas non plus tomber dans le piège d’écrire unique­ment pour Inter­net au lieu d’écrire des musi­cals. Il faut trou­ver un équili­bre et utilis­er ce sup­port intel­ligem­ment. Si vous avez une idée, faites-le. Aujour­d’hui, tout le monde peut créer quelque chose et le mon­tr­er. Et si c’est mau­vais, con­tin­uez jusqu’à ce que ça soit bon et que vous en soyez fiers.

JP : Pour finir, je dirais que nous avons étudié pour être comé­di­ens et nous sommes désor­mais auteurs-com­pos­i­teurs. Cer­taines per­son­nes peu­vent se sen­tir blo­qués par leurs pro­pres objec­tifs en se dis­ant : je veux être comé­di­en et point barre. Mais on peut trou­ver la bonne voie en cours de chemin. Il faut être prêt à suiv­re son cœur pour décou­vrir quelle est notre voca­tion réelle.