Rencontre avec Adam Kantor (Rent, Next To Normal, The Last Five Years)

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Adam Kantor (c) DR
Adam Kan­tor © DR

Vous sou­venez-vous de vos pre­miers con­tacts avec le théâtre musical ?
J’ai gran­di à New York et dès mon plus jeune âge, ma famille m’emmenait voir des comédies musi­cales et je me sou­viens, dès la pre­mière fois, avoir été com­plète­ment hap­pé, fasciné par cette magie. Je pense que j’ai tou­jours eu con­science que je ferai par­tie de cet univers sans for­cé­ment pou­voir dire exacte­ment de quelle manière.

Vous avez ensuite étudié le théâtre ?
J’ai gran­di à une ving­taine de kilo­mètres de Man­hat­tan. Au col­lège, je pre­nais le train pour pren­dre des cours de théâtre à Man­hat­tan et je suis tombé amoureux de cette ville. Je crois que le moment où je me suis dit : « je veux étudi­er cet art », c’é­tait à seize ans, quand j’ai passé un été au Con­ser­va­toire Stel­la Adler pour y appren­dre la méth­ode Stanislavs­ki et les fonde­ments de la comédie. J’é­tais fasciné. J’ai ensuite étudié le théâtre à l’U­ni­ver­sité de North­west­ern, à Chica­go. Et c’est durant ma dernière année que j’ai été pris dans Rent qui a été mon pre­mier gros spectacle.

Quand vous avez été choisi pour jouer le rôle de Mark Cohen dans Rent, était-ce déjà un spec­ta­cle culte pour vous ?
Oui, quand j’é­tais au lycée, je l’ai vu qua­tre fois. Je me sou­viens d’une nuit où j’é­tais à l’ex­térieur du théâtre avec mes amis à écouter la musique, les murs étaient fins et la musique si forte. Rent a fait par­tie de mon appren­tis­sage, aus­si bien en tant qu’aspi­rant comé­di­en, qu’en tant que comé­di­en professionnel.

 Com­ment était-ce de jouer la dernière du spec­ta­cle à Broadway ?
Je ne suis pas sûr d’avoir encore com­plète­ment réal­isé. C’é­tait incroy­able de jouer dans ce spec­ta­cle qui a eu tant d’im­pact dans la vie de tant de per­son­nes. Il y a beau­coup de choses que je n’ou­blierai jamais à pro­pos de cette soirée. Michael Greif, le met­teur en scène — c’est un peu mon men­tor, c’est lui qui m’a choisi à North­west­ern et il con­tin­ue à être mon ange gar­di­en – m’a demandé si je pou­vais dire quelques mots au pub­lic avant le début de la représen­ta­tion puisque c’est mon per­son­nage qui est le nar­ra­teur et qui ouvre le spec­ta­cle. Il voulait que l’on dédie cette représen­ta­tion à Jonathan Lar­son, l’au­teur [NDLR : décédé en 1996, juste avant la pre­mière pre­view de Rent off-Broad­way]. A peine avais-je dit ces mots que la salle s’est mise à applaudir sans dis­con­tin­uer pen­dant une dizaine de min­utes. Et nous étions là, avec la troupe, sur scène, à atten­dre que les applaud­isse­ments s’ar­rê­tent pour pou­voir com­mencer le spec­ta­cle. Je me sou­viens aus­si de la fin de la représen­ta­tion quand la troupe orig­i­nale nous a rejoints pour chanter « Sea­sons of Love ». Le pâté de maisons était entière­ment bar­ri­cadé et les rues étaient rem­plies de fans qui voulaient juste être là. Comme je l’ai dit, ce spec­ta­cle a touché telle­ment de monde, moi inclus.

Vous avez ensuite joué le rôle de Hen­ry dans Next To Nor­mal, par­lez-nous de cette aventure.
J’avais audi­tion­né pour Rent un ven­dre­di, et le dimanche après-midi, je suis allé voir Next To Nor­mal, quand ça a démar­ré off-Broad­way. A l’en­tracte, Michael Greif, met­teur en scène des deux spec­ta­cles, vient me voir et me demande si j’ai reçu un coup de fil. Je lui réponds que non. Il fait venir Antho­ny Rapp, qui était son assis­tant sur Next To Nor­mal, et là, il ne peut pas se retenir et me présente en dis­ant que j’al­lais être le dernier Mark Cohen à Broad­way. C’é­tait déjà un choc pour moi de ren­con­tr­er Antho­ny Rapp [NDLR : le Mark Cohen orig­i­nal] que j’avais vu plusieurs fois sur scène, et que j’ai écouté tant de fois sur l’al­bum, mais appren­dre cette nou­velle de cette manière… autant vous dire que je n’ai pas pu me con­cen­tr­er beau­coup durant le deux­ième acte !
Pour en revenir à Next To Nor­mal, j’é­tais un fan de ce spec­ta­cle, les comé­di­ens sont bril­lants, le thème extrême­ment orig­i­nal, le spec­ta­cle d’une rare richesse émo­tion­nelle, d’une grande pro­fondeur psy­chologique. C’é­tait une grande chance d’in­té­gr­er ce spec­ta­cle. J’ai pu observ­er des artistes que j’ad­mire énor­mé­ment comme Alice Rip­ley et Marin Mazz­ie [NDLR : qui ont toutes les deux joué le rôle prin­ci­pal], et je trou­ve qu’on apprend énor­mé­ment en obser­vant des acteurs qu’on aime.

Vous avez aus­si joué le rôle de Prince­ton dans Avenue Q
Je me con­sid­ère plus que chanceux d’avoir pu jouer dans Rent, Next To Nor­mal et Avenue Q qui sont si sym­bol­iques pour les gens de ma généra­tion. Je me sou­viens avoir assisté avec des amis à une des toutes pre­mières pre­views lorsque j’é­tais au lycée. On était pliés de rire ! Je n’imag­i­nais pas que j’al­lais un jour jouer dedans, je n’avais pas de com­pé­tence par­ti­c­ulière pour la manip­u­la­tion de mar­i­on­nettes, mais ça s’ap­prend avec énor­mé­ment de pra­tique. Idem pour Rent, je pen­sais que c’é­tait réservé à des pro­fils un peu « rock stars ».

Cette année, vous avez joué le rôle de Jamie dans The Last Five Years, écrit, com­posé et mis en scène par Jason Robert Brown. C’est une oeu­vre qui vous était déjà familière ?
Quand j’é­tais en pre­mière année d’u­ni­ver­sité, j’ai audi­tion­né pour le rôle de Jamie dans la pro­duc­tion de l’é­cole mais je n’ai pas été retenu. Je me sou­viens avoir vu et aimé le spec­ta­cle. C’est une œuvre incon­tourn­able en terme de théâtre musi­cal mod­erne. Puis, plus tard, tou­jours à l’u­ni­ver­sité, il y a eu une pro­duc­tion de Parade de Jason Robert Brown. J’é­tais dans le départe­ment cos­tumes et mon job, c’é­tait de laver les sous-vête­ments de toute la troupe après le spec­ta­cle ! Je devais donc rester après le spec­ta­cle à atten­dre que tout soit lavé et séché. Un jour, Jason Robert Brown est venu et je le voy­ais par­ler avec la troupe, et je me pre­nais à rêver qu’un jour, j’aie la chance de tra­vailler avec lui ! J’ai donc eu la chance de réalis­er ce rêve.

Quelles ont été les dif­fi­cultés de ce rôle ?
Il faut arriv­er à garder un cer­tain équili­bre pour que les spec­ta­teurs com­pren­nent Jamie et qu’ils ne se dis­ent pas « quel con ! J’ai de la peine pour Kathy » [NDLR : le spec­ta­cle racon­te la ren­con­tre puis la rup­ture entre Jamie et Kathy]. Le spec­ta­cle est aus­si un marathon, vocale­ment, physique­ment, émo­tion­nelle­ment. C’est très exigeant, surtout quand on joue huit fois par semaine. J’ai eu à appren­dre l’en­durance. Et j’ai vu que c’é­tait possible !

Vous avez don­né des mas­ter class­es à Paris avec Amer­i­can Musi­cal The­ater Live, quel sou­venir en gardez-vous ?
C’é­tait génial. J’ai appris telle­ment avec ces étu­di­ants et j’e­spère qu’ils ont appris des choses avec moi. Je les ai vus évoluer, et je pense qu’ils ont sen­ti eux-mêmes cette évo­lu­tion. Leur ouver­ture d’e­sprit, leur volon­té d’es­say­er des choses, leur atti­tude pos­i­tive étaient très stim­u­lantes. Et j’e­spère vrai­ment revenir à Paris !

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