Rémi Cotta — De Puccini au café théâtre

0
270
Rémi Cotta ©DR
Rémi Cot­ta ©DR

Rémi Cot­ta, vous avez débuté votre car­rière après une série d’ex­péri­ences dans d’autres domaines. 
J’ai essayé plein de choses pen­dant ma jeunesse. J’ai fait une fac de langues, parce que je voulais être inter­prète puis je me suis ren­du compte que je n’é­tais pas du tout fait pour ça. J’ai fait les Beaux-Arts, gag­né ma vie comme sculp­teur. Ensuite, j’ai fait de la pub­lic­ité. Ca a duré six ans. J’ai tra­vail­lé dans plein d’a­gences, que ce soit à Lyon, à Paris, ou même à l’é­tranger. Et puis, je me suis ren­du compte que le méti­er ne me plai­sait plus. Il se trou­ve que ma mère est pro­fesseur de musique et de piano et que mon grand père était vio­loniste. J’ai donc tou­jours un peu baigné dans une atmo­sphère musi­cale. Je me suis inscrit dans un choeur ama­teur où on fai­sait du clas­sique, ce qui m’a beau­coup plu. J’ai réus­si le con­cours du Con­ser­va­toire à 29 ans. J’ai quit­té mon tra­vail et me suis inscrit au con­ser­va­toire en touchant le chô­mage. J’ai tout recom­mencé à zéro. Mais tout ce que j’ai fait me sert encore aujour­d’hui. Par exem­ple, pour Au petit bon­heur.…, j’ai par­ticipé à la con­fec­tion des cos­tumes avec Lydie Miller. J’ai aus­si fait un spec­ta­cle qui s’ap­pelait Le bal des ani­maux, que j’ai joué deux cent fois avec les jeuness­es musi­cales de France, et pour lequel j’ai réal­isé le décor et les cos­tumes de chien, de chat, etc.…

Vous avez débuté, en tant que chanteur, à Lyon ?
Oui, j’ai com­mencé mon cur­sus au Con­ser­va­toire Supérieur de Lyon. J’é­tais élève en musique anci­enne. Je tra­vail­lais des airs qui vari­aient entre le 9ème et le 18ème siè­cle, du chant gré­gorien à Bach ou Mozart. Il faut savoir que, selon les siè­cles, on ne chan­tait pas de la même façon. Du coup, j’ai pu dévelop­per la mal­léa­bil­ité de ma voix. C’est comme ça qu’on m’a demandé de chanter du con­tem­po­rain. Après, de fil en aigu­ille, j’en suis arrivé au jazz. J’ai tourné avec un groupe dans toute la région Rhône-Alpes. Nous sommes ensuite mon­tés à Paris, avons gag­né un con­cours au Point-Vir­gule où l’on a joué. Après, mes parte­naires sont redescen­dus, je suis resté à Paris.

Et votre for­ma­tion d’acteur ?
Ma for­ma­tion offi­cielle de théâtre vient du Con­ser­va­toire où des cours d’art dra­ma­tique étaient dis­pen­sés. Avant ça, j’avais fait par­tie d’une troupe ama­teur. J’ai tou­jours été amené à jouer. Même dans l’opéra ou dans le con­tem­po­rain, pour des pas­sages par­lés, il faut pou­voir jouer la comédie.

Vous avez rapi­de­ment fait votre chemin dans le lyrique. Com­ment débute-t-on une car­rière de chanteur classique ?
Ca fonc­tionne un peu par audi­tion mais surtout par rela­tions. Quelqu’un pense à vous et vous appelle. De fil en aigu­ille, on se fait une famille dans le métier.

C’est à ce moment là que vous avez chan­té dans West Side Sto­ry
C’é­tait au Palais des Con­grès de Lyon. On avait un orchestre à cordes et les « Per­cus­sions de Lyon », qui avaient réal­isé une ver­sion per­cus­sions-clavier du spec­ta­cle. Ils ont fait une cas­sette de cette ver­sion qu’ils ont envoyée à Bern­stein qui a trou­vé ça génial. Du coup, il a accep­té de par­rain­er leur asso­ci­a­tion. Aujour­d’hui, on a le droit de faire la ver­sion opéra de West Side Sto­ry qui est une tierce plus haute que celle du film. Nous étions qua­tre solistes et chan­tions avec le film en pro­jec­tion der­rière. J’ai chan­té Tony, Riff, les Sharks.

Com­ment abor­de-t-on une oeu­vre de Bernstein ?
Bern­stein, il faut l’en­tre­pren­dre comme un com­pos­i­teur lyrique. Cela dit, on n’est pas obligé d’être aus­si « lyrique » que la ver­sion CD avec José Carreras.

Qu’aimez-vous comme comédies musicales ?
Plutôt les comédies musi­cales améri­caines. Sond­heim et puis Bern­stein, bien sûr. Je suis fan de West Side sto­ry. C’est en voy­ant ce film que j’ai eu envie de chanter et danser sur une scène. J’ai réal­isé ce rêve en tour­nant dans le spec­ta­cle Broad­way Musi­cals, joué 25 fois au Japon et ancré com­plète­ment dans Broad­way. Neuf chanteurs-danseurs et dix-sept danseurs, nous inter­pré­tions des extraits de La Cage aux Folles, 42nd street. Je jouais Javert dans Les Mis­érables, Hig­gins dans My Fair Lady. On se prom­e­nait avec trois camions-remorques. J’é­tais le seul Français dans la troupe. Les autres étaient anglais, améri­cains ou alle­mands. Mais l’ex­péri­ence de comédie musi­cale que représente Au petit bon­heur la chance ! est encore plus intéres­sante parce qu’un jeu d’ac­teur est néces­saire du début à la fin. Cela dit, pour moi, les dif­férences avec un opéra de Ver­di ou de Haen­del où je dois égale­ment me référ­er à la musique et au jeu d’ac­teur, sont min­imes. Dans le pre­mier cas, je me réfère d’a­van­tage au texte, dans le sec­ond, je mets la mol­lette lyrique et je chante un peu plus fort. Après, ce n’est qu’une ques­tion d’é­tat d’e­sprit. La tech­nique de chant est la même.

Venons-en à Anges et Démons
Ini­tiale­ment, il s’agis­sait d’une com­mande de Radio France. On a d’abord fait le spec­ta­cle pour eux en 2002. La reprise a eu lieu au Théâtre de Suresnes en 2003. Je tenais, chaque fois, le rôle d’un Cupi­don. Pour ce spec­ta­cle, Lau­rent Cou­son avait vrai­ment besoin de chanteurs à la voix large et souple.

Quel sou­venir en gardez-vous ?
C’é­tait génial. Je sais qu’en ce moment, ils sont en train d’es­say­er de met­tre en place une reprise et je rêve qu’on me dise : « C’est bon, on a les dates ». La musique est superbe, les textes de Dorine Hol­lier sont mag­nifiques et très ingénieux. Le texte par­lé est très intéres­sant. C’é­tait une grosse machine : plus de 35 sur scène plus une quin­zaine de musiciens.

Com­ment situez-vous ce spec­ta­cle par rap­port à la comédie musi­cale en général ?
Avec ce spec­ta­cle, Lau­rent Cou­son est en train de réalis­er ce à quoi les gross­es pro­duc­tions de Glem ne sont pas par­v­enues. C’est très nou­veau, très orig­i­nal et en même temps très « à la française », sans tomber dans les opérettes de George Gué­tary. C’est de la musique actuelle, sous-enten­du, ça ne peut pass­er à la radio mais, con­traire­ment aux Dix Com­man­de­ments ou à Roméo et Juli­ette, c’est une vraie et ambitieuse propo­si­tion de comédie musi­cale française.

Quel a été l’ac­cueil du public ? 
Indépen­dam­ment des prob­lèmes tech­niques — on a eu de gros soucis de sonori­sa­tion qui n’ont jamais été réglés parce que le temps man­quait — les spec­ta­teurs étaient ravis. Pour cer­tains, c’é­tait une véri­ta­ble découverte.

Quels sont vos projets ?
Je retourne à Lyon pour une pièce de théâtre qui s’ap­pelle Panique en couliss­es (Nois­es Off). C’est du pur théâtre. Je ne chanterai pas du tout. J’avais ren­con­tré Bernard Rozet, le met­teur en scène, au Théâtre des Célestins où, à une époque, je fai­sais des décors. Il savait que je chan­tais et que je jouais et là, il m’a engagé comme acteur.

Ce n’est pas frus­trant, pour un chanteur, de ne pas chanter ?
Au con­traire, je suis très con­tent de faire ça. J’avais envie de met­tre un pied inté­gral dans le théâtre. Panique en couliss­es me donne enfin la pos­si­bil­ité de faire du théâtre pur.

Pou­vez-vous nous par­ler du livre que vous venez de publier ?
J’ai com­mencé à écrire Mon fri­go me trompe voilà deux ans, mais ça fai­sait plus de dix ans qu’il était en ges­ta­tion. C’est un roman sur une jeune fille de 17 ans qui est obèse, qui a des prob­lèmes à gér­er sa famille, sa vie sex­uelle. J’ai voulu que ce soit drôle et un peu gothique.