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Récital emphatique (Critique)

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Mise en scène & inter­pré­ta­tion : Michel Fau.
Accom­pa­g­ne­ment piano : Math­ieu El Fassi.

Robes : David Belugou.
Maquil­lage : Pas­cale Fau.
Coif­fures : Elodie Martin.

Avec sa présence et sa générosité si sin­gulière, Michel Fau, amoureux des tragé­di­ennes d’antan et des icônes de l’opéra, aime avec humour se réin­ven­ter sur scène en star des revues du music-hall, ou comme ici en jouant les divas dans le plus improb­a­ble des réc­i­tals. Au cœur de son dis­posi­tif trans­formiste, voici Michel Fau s’emparant de l’opéra de Saint-Saëns, Sam­son et Dalila, pour revis­iter par la voix et la danse quelques-uns des moments forts de l’oeuvre, de la Danse des Prêtress­es de Dagon à Print­emps qui com­mence, Bac­cha­nale, et Mon coeur s’ouvre à ta voix. Une thé­ma­tique lyrique joyeuse­ment per­tur­bée par quelques extraits de Phè­dre de Racine, un texte sor­ti d’un restau­rant chi­nois durassien ou la ten­dre madeleine prousti­enne du « Sum­mer­time » de Por­gy and Bess de George Gershwin.

Notre avis : Créé en décem­bre 2011 aux Bouffes du Nord ce spec­ta­cle empha­tique, soit « ampoulé, déclam­a­toire, enflé, grandil­o­quent, pom­peux », pour repren­dre la déf­i­ni­tion du Petit Robert, stim­ule avec une belle effi­cac­ité les zygo­ma­tiques. Michel Fau, peut-être inspiré par des per­son­nages comme Flo­rence Fos­ter Jenk­ins et d’autres cant-actri­ces de tout poil, offre en quelques tableaux un savoureux digest du meilleur du pire. Et pour tenir ain­si les dif­férents per­son­nages, il en faut du tal­ent ! Un sim­ple mou­ve­ment de main, un cil qui bat et l’autre pas, des pos­tures choré­graphiques com­plex­es (surtout avec une robe com­posée de mul­ti­ples voiles)… et la salle qui se gon­do­le de rire. Bref, le comé­di­en trav­es­ti se régale à nous amuser avec ces pas­tich­es irré­sistibles, accom­pa­g­né par un pianiste qui, lui, ne plaisante pas avec la mesure, l’é­patant Math­ieu El Fas­si. Et pour que l’emphase soit totale, l’artiste ne se dis­simule der­rière aucun arti­fice : pas de dra­maturgie, juste le plaisir d’en­chaîn­er des numéros qui lais­sent au spec­ta­teur à peine le temps de repren­dre sa res­pi­ra­tion. Décalé, vrai­ment drôle et libre, à l’im­age du comé­di­en met­teur en scène. Chaleureuse­ment recommandé !