Raphaël Bancou — Rendez-vous

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Raphael Bancou ©DR
Raphael Ban­cou ©DR

Quelle a été votre for­ma­tion initiale ?
On ne peut pas dire que mes par­ents étaient musi­ciens et que j’ai com­mencé à qua­tre ans (rires). Mon père est scé­nar­iste et ma grand-mère réalise des décors de théâtre. J’é­tais mal­gré tout influ­encé. Je fai­sais du théâtre et du piano. Mais à quinze ans et un peu sur un coup de tête, j’ai décidé que ce serait le piano ! Par­al­lèle­ment à mon cur­sus sco­laire, j’ai suivi une école de piano clas­sique jusqu’à pass­er un brevet d’enseignement.

Vous avez décidé d’en faire votre méti­er à ce moment-là ?
Avant cela, j’ai passé un bac sci­en­tifique au Lycée Jan­son de Sail­ly dans le 16ème arrondisse­ment de Paris — un peu bour­geois — (rires) et quand j’ai vu mes cama­rades de classe et la vie qui m’at­tendait, je me suis dit que je ne pou­vais pas devenir un matheux ! Après le bac, la galère a com­mencé. Je suis par­ti faire un stage à Aspen dans le Col­orado. Pen­dant un mois, tous les meilleurs élèves de piano se retrou­vent. J’é­tais le plus mau­vais… des meilleurs (sauf en com­po­si­tion). Même si on me dis­ait que j’é­tais doué et que j’a­vançais plus vite que la moyenne, les gens autour de moi avaient quinze ans de piano et avançaient égale­ment très vite ! A mon retour à Paris, j’ai fait plusieurs con­ser­va­toires dont le Con­ser­va­toire Nation­al Supérieur de Musique de Paris. J’é­tais en classe d’har­monie où on apprend à imiter le style des plus grands compositeurs.

Ce n’est pas un peu frus­trant d’ap­pren­dre à imiter les autres compositeurs ?
Durant cette for­ma­tion, on ne peut pas avoir son pro­pre style, mais ça donne une capac­ité d’analyse musi­cale incroy­able. Je dis­sèque une par­ti­tion et je finis par com­pren­dre ce que j’aime ou non dans une musique, ce qui m’émeut et ce que je trou­ve génial. Ensuite j’ai pu déclin­er et adapter la musique pour en faire mon pro­pre « style ». C’est un peu mon côté matheux, je cherche, ça m’amuse.

Et après avoir cher­ché, vous trouvez ?
Vers 23 ans, j’ai arrêté les études, car il fal­lait bien gag­n­er sa vie. J’ai réal­isé quelques musiques pour des doc­u­men­taires à la télévi­sion. Je me suis fait un peu les dents sur six ou sept pièces de théâtre. J’ai écrit la musique des pièces de mon père Pas­cal Ban­cou avec Xavier Lemaire à la mise en scène.
Marc Cheva­lier, directeur du Con­ser­va­toire du 9ème arrondisse­ment de Paris m’a pro­posé d’ac­com­pa­g­n­er sa nou­velle classe de comédie musi­cale. Au début, je n’é­tais pas ent­hou­si­aste, mais comme il y avait de jolies filles dans cette classe (rires), j’ai accep­té d’écrire la musique de leur spec­ta­cle de fin d’an­née Bon­nie Park­er & Clyde Bar­row. Plus sérieuse­ment, c’é­tait l’oc­ca­sion d’écrire et de com­pos­er pour une comédie musicale.

En juil­let 2007, lors du dernier fes­ti­val Les Musi­cals à Paris, deux spec­ta­cles aux­quels vous par­ticipez ont été récom­pen­sés par le Prix Décou­verte. Accordez-vous de l’im­por­tance à ce Prix ?
C’est une recon­nais­sance de la pro­fes­sion et c’est impor­tant. Avec L’His­toire de Sal­ly Mac Lau­reen, Chris­tine Kan­del a fait un très beau tra­vail et c’est un plaisir d’ac­com­pa­g­n­er l’équipe. La Petite Bou­tique du Bon­heur est une comédie légère, portée par une jeune femme dynamique et ultra-motivée Julie Cre­sp (auteure du livret).

Com­ment trou­vez-vous l’in­spi­ra­tion pour com­pos­er la musique de pièces de théâtre au style très différent ?
L’in­spi­ra­tion vient du texte et d’un dia­logue avec l’au­teur. Je cherche tou­jours à con­naître ce qu’il a dans la tête pour voir les images qu’il pro­jette par écrit. Je suis au ser­vice d’une his­toire. L’ét­in­celle vient d’une émo­tion, au sens large, d’un mot ou d’une atmo­sphère. La meilleure étin­celle, ce sont les gens eux-mêmes et leurs his­toires. Ensuite, c’est comme une sculp­ture que l’on tra­vaille pro­gres­sive­ment et par­fois en plusieurs blocs.

L’Ul­time Ren­dez-vous se joue à la ren­trée à la Péniche Opéra, vous signez une musique som­bre et sophistiquée. 
C’est un spec­ta­cle dont je suis très fier. Le cast­ing est à un niveau élevé. Les comé­di­ennes déga­gent une telle per­son­nal­ité et un tel vécu. Vin­cent Vit­toz est un auteur for­mi­da­ble qui se laisse guider dans l’écri­t­ure par ses intu­itions. Je n’avais pas l’habi­tude de tra­vailler de cette manière. Mais les musiques mûris­saient depuis longtemps et sont toutes sor­ties d’un seul coup en un mois et demi !

Avez-vous d’autres pro­jets ou le temps d’avoir d’autres projets ?
Oui ! J’écris la musique d’un opéra pour enfants, basé sur l’his­toire de Christophe Colomb (com­mande). Un tour de chant, Les 2 têta­clak, avec Clé­mence Levy, est prévu au Dar­ius Mil­haud en jan­vi­er 2008. Je col­la­bore avec la troupe Comé­di­ens et Com­pag­nie, issue de la Come­dia del­l’Arte. On est à deux doigts de la comédie musi­cale avec la danse, le chant et l’u­nivers pop­u­laire véhiculé. Bon­nie & Clyde vit un peu mal­gré moi. Nous atten­dons de sign­er une co-pro­duc­tion avec une mise en scène d’An­toine Lelandais et un cast­ing remanié. Nous iri­ons à Avi­gnon… D’ailleurs, j’ai fait un ate­lier de slam dans la MJC de DJ Tsuna­mi… Je voulais tout réécrire en slam (rires).

Juste­ment le style Ban­cou ce serait quoi ? 
En général, ce sont les autres qui dis­ent : Ah ça c’est ton style !. Je peux aus­si tra­vailler à la com­mande et faire à la manière de. Mon style est tou­jours légère­ment bizarre, futur­iste, comme si c’é­tait tou­jours à côté et pas vrai­ment dans les rails. J’aime quand soudain il y a un bug, quelque chose qui grince… une musique pas tout à fait dans les normes. C’est comme le réveil que j’ai chez moi, dont les aigu­illes tour­nent à l’en­vers… ce serait un peu ça le style Ban­cou, un peu en décalage avec la réal­ité (sourire).