Rafael Amargo — Un danseur à Paris

0
391

Rafael Amargo ©DR
Rafael Amar­go ©DR
Quand et com­ment avez-vous com­mencé à danser ? Qu’est-ce qui a déclenché cette passion ?
J’ai com­mencé à danser à huit ans. J’é­tais très petit et je regar­dais Car­men de Car­los Saura dans lequel dan­sait Anto­nio Gades. J’ai dit : « Je veux faire comme lui ! » Mon père m’a dit OK. Il m’a inscrit dans une école de comédie et de danse.

Il n’a pas eu de réticences ?
Non. Mon père ado­rait l’art. Quand je lui ai fait part de mon choix, il a dit « Olé ! C’est très bien ! Allez, vas‑y ! » Je suis très con­tent car j’ai eu beau­coup de chance, tout le monde m’a don­né de l’én­ergie pos­i­tive pour com­mencer. Main­tenant je suis un artiste et ma famille, mes amis me soutiennent.

Com­ment est née l’idée de faire un spec­ta­cle sur Fed­eri­co Gar­cia Lorca ?
J’adore Gar­cia Lor­ca. Comme lui, je viens de Valder­ru­bio, une petite ville de deux mille habi­tants, près de Grenade, en Andalousie. Ma mai­son est à côté de la sienne. Mon grand-père était un grand ami de Gar­cia Lor­ca. Je con­nais très bien son his­toire. Et on dit que l’his­toire de Fed­eri­co se répète avec moi : deux artistes qui vien­nent de la même ville.

Pourquoi avoir choisi de vous con­cen­tr­er sur son séjour à New York ?
Cette his­toire m’in­téres­sait parce que per­son­ne ne l’a jamais traitée sur scène. Tout le monde con­naît La Mai­son de Bernar­da Alba ou Romancero Gitano. On fait tou­jours la même chose !
Quand je suis arrivé à New York pour la pre­mière fois, j’ai ressen­ti exacte­ment les mêmes émo­tions décrites par Gar­cia Lor­ca cent ans aupar­a­vant dans son recueil Poète à New York.
J’ai donc décidé de faire un spec­ta­cle musi­cal et audio­vi­suel, un mélange, un col­lage… un spec­ta­cle très Amargo !
Au début tout le monde m’a dit : « Rafael tu es fou ? Un spec­ta­cle fla­men­co avec du ciné­ma, des cos­tumes fash­ion ? » Main­tenant, c’est le spec­ta­cle qui reçu le plus de prix dans l’his­toire de la danse en Espagne. Il joue sans dis­con­tin­uer depuis sept ans.
On ne l’a jamais joué à Paris et je crois que c’est le bon moment. Après avoir fait la Star Ac, on me con­naît comme un artiste de la télévi­sion, un artiste com­mer­cial. A la Star Ac, en tant que juré et prof, je ne pou­vais pas danser. Aujour­d’hui, je veux que l’on décou­vre le vrai Rafael Amar­go, sur scène, où je défends mon art.

Com­ment abor­dez-vous cette pre­mière fois à Paris ?
Je suis très con­tent car Paris et Lon­dres sont les deux villes cul­turelles les plus impor­tantes d’Eu­rope. J’ai beau­coup tra­vail­lé aux Etats-Unis, en Amérique du Sud, en Asie mais jamais ici. Je voulais com­mencer à Paris et faire une tournée européenne. Cette étape au Casi­no de Paris est donc très importante.

Com­ment définiriez-vous le style de ce spectacle ?
C’est du fla­men­co pero muy Amar­go, beau­coup Amar­go. C’est un style que j’ai inven­té et qui a été beau­coup copié depuis. Pour moi, il faut que le pub­lic puisse pleur­er, penser, sourire, ressen­tir des émo­tions dif­férentes. Ce qui compte pour moi, c’est que la per­son­ne qui a pris un bil­let, puisse se dire, une fois le spec­ta­cle ter­miné : « J’ai payé pour quelque chose qui a ouvert un peu plus mon coeur. »

Vous utilisez des pro­jec­tions vidéo…
Si ! Je suis le pre­mier artiste fla­men­co à utilis­er le ciné­ma sur scène.

Com­ment tra­vaillez-vous avec le réal­isa­teur des images pro­jetées ? Vous avez une idée très pré­cise de ce que vous voulez ?
J’ai étudié le ciné­ma à l’u­ni­ver­sité, je con­nais bien cet univers. D’ailleurs, quand je serai grand et que j’ar­rêterai de danser, je serai réal­isa­teur et acteur ! (rires)

Com­ment racon­tez-vous l’ex­péri­ence new-yorkaise de Gar­cai Lorca ?
Le spec­ta­cle est en qua­tre par­ties. Ca com­mence quand le poète arrive à New York, puis quand il va au Cana­da pour ses vacances, puis quand il revient dans la ville qu’il con­naît déjà, puis quand il quitte New York juste avant d’aller en Espagne, il va à La Havana pour faire l’amour et dévelop­per son activ­ité homo­sex­uelle ! Voici les qua­tre parties.

Vous avez demandé à des comé­di­ens comme Marisa Pare­des de lire des textes que l’on enten­dra durant le spectacle. 
Si ! Marisa, la chi­ca de Almod­ovar ! Quand je suis arrivé à Madrid, quand j’é­tais petit, j’ai ren­con­tré d’artistes du ciné­ma, de la Movi­da. J’ai tout de suite été adop­té, j’é­tais l’en­fant prodi­ge, l’en­fant ter­ri­ble de l’art. J’é­tais très fou, main­tenant je suis tran­quille ! Les grands m’ado­raient : les musi­ciens de rock, de la rue, du monde de la nuit, les drags. J’é­tais comme un dev­il, pero un dev­il avec un grand coeur ! Main­tenant tout le monde m’adore et je suis ici.

Vous avez signé la choré­gra­phie de Zor­ro, à Lon­dres et vous êtes nom­mé aux Lau­rence Olivi­er Awards pour votre travail.
[NDLR : L’in­ter­view a été réal­isée deux jours avant la céré­monie. Le prix a été attribué à Steven Hoggett pour Black Watch]
C’est la pre­mière fois qu’un choré­graphe espag­nol est nom­mé ! Ta ta ta ta ! (Il chante « La cucar­racha » en se com­mençant à se désha­biller sur le canapé) « El »show va commencer !
Je vais aller à la céré­monie avec tous mes amis espag­nols, je vais louer une lim­ou­sine. Le prix, c’est pas un prob­lème, j’y vais pour m’a­muser, pour célébr­er la nom­i­na­tion. Je ne veux pas être angois­sé par le résul­tat. Si le prix vient, je m’a­muserai deux fois plus !

C’est la pre­mière fois que vous tra­vaillez sur une comédie musicale…
… mais pas la dernière ! J’adore tra­vailler avec les acteurs et les chanteurs. Ils ne dansent pas mais ils sont très… (Il claque des doigts) Si je dis « Allez ! Allez ! », ils y vont ! Zor­ro sera au Folies Bergère cet automne. En avril, je serai à Paris, pour faire les audi­tions. (Il s’ap­proche du micro) Tous les artistes français, venez à l’au­di­tion, come on, come on !

Pou­vez-vous nous par­ler de vos autres projets ?
J’ai reçu une autre propo­si­tion pour un musi­cal en Bel­gique mais je ne peux pas encore en par­ler. Fin avril, je vais par­ticiper à une émis­sion de télé réal­ité sur la RAI, en Ital­ie, un peu comme une Star Ac mais avec des danseurs. C’est mag­nifique ! Je vais être pro­fesseur, choré­graphe, co-présentateur.
Je vais faire un film aux Etats-Unis sur Sal­vador Dali, et un film en Argen­tine l’an­née prochaine. Et puis bas­ta ! Beau­coup de travail !