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Pour toi Baby !

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Séré­nade élec­torale de George Gershwin
Livret : George Kauf­man et Mor­rie Ryskind
Paroles : Ira Gershwin
Adap­ta­tion française : René Fix

Direc­tion musi­cale : Pierre Roullier
Mise en scène : Jean Lacornerie
Choré­gra­phie : Philippe Chevalier
Scéno­gra­phie : Bruno de Lavenère
Cos­tumes : Robin Chemin
Lumières : François Carton
Masques, per­ruques, maquil­lages : Cécile Kretschmar
Chef de chant : Stan Cramer

Avec : Gilles Avisse, Anne Bar­bi­er, Gilles Bugeaud, Olivi­er Denizet, Gersende Flo­rens, Isa Lagarde, Syl­vain Stawsky, Jacques Verzier
Musi­ciens : Stan Cramer, Richard Foy, Christophe Nègre, Olivi­er Moret, Benoît Lavol­lée, Raphaël Lemaire, Rodolphe Puechbroussous

Durée du spec­ta­cle : 2h20 entracte compris
Dia­logues en français
Chan­sons en anglais (sur­titrage en français)

Pour en savoir plus sur l’oeu­vre (par Olivi­er Brillet) :

Le 26 décem­bre 1931, au Music Box The­atre, les frères Gersh­win présen­tent au pub­lic new-yorkais un spec­ta­cle annon­cé comme « la plus grande des comédies musi­cales améri­caines», sec­ondés pour le livret par George S. Kauf­man, égale­ment auteur des livrets de Strike Up The Band et Silk Stock­ings ain­si que de célèbres comédies telles que You Can’t Take It With You ou The Man Who Came To Din­ner, et Mor­rie Ryskind.

L’in­trigue
En pleine cam­pagne élec­torale, le doute gagne le men­tal des poli­tiques. Arnold Ful­ton, le mag­nat de la presse, pro­pose de com­mu­ni­quer sur une nou­velle idée : l’Amour. Un con­cours « Miss Mai­son Blanche » est organ­isé à Atlantic City ; la gag­nante devien­dra la pre­mière dame des Etats-Unis. Mais le can­di­dat prési­dent John Win­ter­green préfère la secré­taire du concours…

L’oeu­vre
La par­ti­tion se com­bine par­faite­ment avec l’ac­tion et deux chan­sons devien­dront des stan­dards : « Who Cares » et « Love Is Sweep­ing The Coun­try ». Le spec­ta­cle se joue 441 fois et revient deux ans plus tard pour une brève reprise à l’Im­pe­r­i­al Theatre.
A la sur­prise générale, il rem­porte le Prix Pulitzer, devant des oeu­vres apparem­ment mieux placées pour le recevoir, notam­ment Le Deuil sied à Elec­tre d’Eugène O’Neill. Cer­tains s’indignèrent qu’on donne un prix lit­téraire à une comédie musi­cale, d’autres recon­nurent la nou­veauté et le renou­velle­ment du genre. Un cri­tique en don­na un joli résumé : « Of Thee I Sing apporte quelque chose de frais et de spon­tané dans le théâtre améri­cain, quelque chose gorgé d’ac­tu­al­ité et en même temps intem­porel. Cette oeu­vre est plus proche d’Aristo­phane que O’Neill n’a jamais été d’Euripide.»

L’oeu­vre a été peu remon­tée depuis sa créa­tion. On peut citer une pro­duc­tion à l’Are­na Stage de Wash­ing­ton en 1992, une ver­sion con­cert en 1998 dans le cadre de Los Ange­les Reprise ! avec Gre­go­ry Har­ri­son et Mau­reen McGov­ern, une tournée du Britain’s Opera North égale­ment en 1998 avec Kim Criswell. Et c’est en 1999 qu’Of Thee I Sing a été joué pour la pre­mière fois à Lon­dres dans un théâtre Off West End pro­posant régulière­ment d’ex­cel­lentes et inat­ten­dues pro­duc­tions musi­cales : The Bridewell.

Le spec­ta­cle
Jean Lacorner­ie, qui réalise la mise en scène, n’en est pas à sa pre­mière expéri­ence en matière de théâtre musi­cal, puisqu’il a déjà mon­té Trou­ble In Tahi­ti de Leonard Bern­stein et Mahagonny / Hap­py End de Kurt Weill et Bertolt Brecht.
Il nous pro­pose ici une trép­i­dante pro­duc­tion enlevée par 8 comé­di­ens-chanteurs épous­tou­flants et un orchestre de 7 musi­ciens proche du jazz band. Par mille et une astuces, de superbes masques inven­tés par Cécile Kretschmar, jeux de miroirs, rideaux de per­les, et une bro­chette de man­nequins en plas­tique en guise de cho­rus girls, il a su retran­scrire toute la magie de Broadway.

Le spec­ta­cle chroniqué :

Début d’an­née chargé pour le pub­lic parisien ama­teur de comédies musi­cales ! Après les excel­lents Créa­tures et Chica­go et en atten­dant la très promet­teuse Guinguette de Didi­er Bail­ly, voici LE nou­veau spec­ta­cle qu’il FAUT ABSOLUMENT VOIR!!! Mal­heureuse­ment, il fau­dra faire vite car Pour toi Baby ne s’in­stalle au Théâtre Sylvia Mon­fort que pour quelques dates, en atten­dant, peut-être, une reprise plus impor­tante que cette créa­tion extrav­a­gante mérit­erait amplement.

Créé à Broad­way en 1931, Pour toi Baby (Of Thee I sing) est signé Georges et Ira Ger­schwin pour la musique et les lyrics et George S.Kaufman pour le livret. Le spec­ta­cle, une revue satirique comme les améri­cains en pro­dui­saient beau­coup dans les années 30, racon­te com­ment un can­di­dat à la prési­dence des Etats Unis cherche à pren­dre femme pour redor­er son image. Un con­cours est organ­isé pour élire l’épouse du futur prési­dent. Les min­istres désig­nent une gag­nante mais le prési­dent lui préfère, finale­ment, une sim­ple secré­taire n’ayant pas par­ticipé à la com­péti­tion. La lau­réate bafouée réclame alors son du et le petit monde de la poli­tique entre en émoi.

On est tout de suite frap­pé par le car­ac­tère « ovniesque » de l’en­tre­prise, tant le croise­ment entre une par­ti­tion raf­finée, à la fron­tière entre Broad­way et l’opéra comique, et un univers proche des chan­son­niers, mais dans un esprit améri­cain, est sai­sis­sant. Le spec­ta­cle est donc con­sti­tué d’une suc­ces­sion de scénettes débridées, voire sur­réal­istes par moment, qui, bien qu’imag­inées au début du siè­cle dernier, évo­quent des sujets d’une brûlante actu­al­ité. On est, d’abord, dérouté puis on cède, rapi­de­ment, à une franche et sincère hilarité.

La mise en scène de Jean Lacorner­ie est à l’avenant, inven­tive, drôle et tou­jours bril­lante. A par­tir de trois pan­neaux sur roulettes et de quelques masques et per­ruques déjan­tés, il com­pose une série d’im­ages far­felues qui accentuent joli­ment le car­ac­tère déli­rant de la représen­ta­tion tout en imposant un cli­mat spé­ci­fique à chaque scène. On est, par ailleurs, com­plète­ment séduit par les inter­prètes, avec, en tête, un Jacques Verzi­er (Sug­ar, Swouingue) en grande forme. Cha­cun joue, chante et danse, ici, avec un humour débor­dant et une grâce infinie.

Et puis, il s’ag­it quand même de George Gersh­win et l’oc­ca­sion est trop belle de décou­vrir une de ses par­ti­tions, mag­nifique, peu con­nue (on y recon­naî­tra quand même les quelques mesures de Un Améri­cain à Paris qui revi­en­nent régulière­ment dans la sec­onde par­tie) et adap­tée habile­ment pour un ensem­ble de huit chanteurs, pour ne pas la saisir! Il faut donc courir au théâtre Sylvia Mon­fort pour se délecter de ce spec­ta­cle jubi­la­toire, d’une élé­gance folle et dont on ressort déli­cieuse­ment léger.…