Philippe Lafeuille — Un chico aux mille visages

0
267

Philippe Lafeuille, quel est votre parcours ?
Je suis danseur dans l’âme. Cela fait 20 ans que je danse donc j’ai un par­cours assez hétéro­clite, assez méli mélo d’ailleurs. J’ai dan­sé dans des com­pag­nies clas­siques, néo-clas­siques, con­tem­po­raines et j’ai fait aus­si des choses plus com­mer­ciales : de la mode, de la télévi­sion, de la pub­lic­ité. De com­pag­nie en com­pag­nie, je suis arrivé à Barcelone il y a six ans. Là, j’ai créé la com­pag­nie Chicos Mam­bo avec deux autres garçons (qui ne sont plus dans la com­pag­nie main­tenant) et on com­mencé avec un petit spec­ta­cle qui n’avait pas du tout l’en­ver­gure de celui là. C’é­tait plus intime, plus cabaret, moins sophis­tiqué. Ca a été un grand suc­cès à Barcelone et on a com­mencé à voy­ager en Espagne et à l’é­tranger. On a fait 400 représen­ta­tions, on a tourné et puis on s’est dit qu’on allait en faire un deux­ième et voilà Méli Mélo.

Com­ment avez-vous créé votre compagnie ?
On s’est retrou­vé à trois danseurs de trente ans cha­cun et on avait envie de s’a­muser parce qu’on tra­vail­lait dans des com­pag­nies con­tem­po­raines, un peu  » sérieuses « . On avait envie de ren­con­tr­er le pub­lic. On s’est dit qu’on allait faire une chose plus légère, plus comique, plus théâ­trale, plus ren­tre-dedans avec le pub­lic. On a eu une envie, on l’a faite, elle s’est réal­isée avec un spec­ta­cle et après la petite boule de neige et dev­enue une grande boule de neige.

Com­ment est venue l’idée de ce spectacle ? 
L’idée de Méli Mélo est venue par rap­port au pre­mier spec­ta­cle. Ce qui avait marché avec le pre­mier spec­ta­cle, c’est cette idée de trans­formisme, d’être une per­son­ne qui joue 40 per­son­nages. Et ce n’est pas, comme j’ai lu par­fois, du trav­es­tisme, on a aucune envie d’être femme. On fait plein d’autres per­son­nages. On change de peau, on aimerait presque être des dessins ani­més. C’est un jeu d’ac­teur, d’in­ter­prète der­rière le danseur. Moi qui mesure 1 m 85, à un moment, il faut que je fasse croire que je mesure 1 m 50, que je suis russe et que je suis une petite gym­naste ryth­mique. (…) Le lan­gage que je sais maîtris­er, c’est le mou­ve­ment. Racon­ter des petites his­toires à tra­vers la danse et faire rire à tra­vers la danse est une chose qui n’est pas très courante. Nous, on amène le geste à l’humour.

Quels sont les critères pour être un Chico Mambo ?
Il faut avoir un petit grain de folie. C’est un jeu un peu fou, on est qua­tre, on fait quar­ante per­son­nages. Il ne faut pas avoir peur de chang­er de reg­istre. On essaie de touch­er à tout, avec un peu de grâce et un peu d’hu­mour. Mais je pense qu’il faut être assez libre, assez ouvert, et surtout être un bon danseur. Il faut avoir une base tech­nique assez forte. L’ex­péri­ence est la meilleure des écoles.

Vous vous êtes servi de votre vécu de danseur pour ali­menter le spectacle ?
Bien sûr ! Pour par­o­di­er Le Lac des Cygnes, il faut avoir vu Le Lac Des Cygnes. On ne peut pas le par­o­di­er sans avoir con­nais­sance de la tech­nique clas­sique. Il faut être de la par­tie. Quant à la par­o­die de la danse con­tem­po­raine, on se moque de nous et de nous-mêmes, parce qu’on a fait ça, ce sont des codes qu’on con­naît. Plus tu con­nais le milieu, plus c’est facile de s’en moquer. Tu con­nais ses tra­vers, ses pour, ses con­tre mais même en con­nais­sant, ce n’est pas évi­dent d’en faire une bonne par­o­die. Pour moi, la par­o­die, c’est juste éclair­cir un peu la vérité. Il ne s’ag­it pas de faire quelque chose de grotesque sur la danse con­tem­po­raine. Il s’ag­it juste de lever le voile sur quelque chose qui existe déjà. Ce qu’on fait sur scène, c’est que j’ai vu beau­coup de fois. On ne fait pas des choses grotesques et car­i­cat­u­rales. Evidem­ment, il y a des gags et une cer­taine façon de le met­tre en scène mais une par­o­die, c’est un petit coin de vérité. A la base, il faut garder les élé­ments tels qu’ils sont et après, tu tournes la vis un peu de ton côté.

Com­ment définiriez-vous Méli Mélo ?
C’est un hom­mage à la danse, un voy­age à tra­vers dif­férentes dis­ci­plines de danse, vu par les Chicos Mam­bo. Mais en même temps, il y a beau­coup d’autres choses. Il y a du théâtre, des mar­i­on­nettes, de la pan­tomime, du mime. On ne par­le pas, on danse, tout se fait rien qu’avec le mou­ve­ment. On essaie de repouss­er les éti­quettes. Est-ce du mod­erne ? On s’en fout, on danse. Pour moi, la danse, c’est avec un grand D. Elle doit exprimer quelque chose et là, c’est ce qu’on cherche. On racon­te des petites his­toires et on emmène les gens d’une his­toire à une autre sans qu’ils s’en ren­dent compte. C’est comme un zap­ping, comme si tu regar­dais une télé avec plein de choses dif­férentes, beau­coup de choses sur la danse, clas­sique ou con­tem­po­raine, mais on peut pass­er tout d’un coup à Walt Dis­ney. C’est un spec­ta­cle pour voir et pour se sou­venir, pour rigol­er. Mais ce n’est pas que du rire, il y a aus­si des choses poé­tiques, des choses qui font seule­ment sourire. On ne cherche pas le fou rire tout le temps, ni le gag pour le gag. C’est surtout un diver­tisse­ment. On a tou­jours cher­ché depuis le début à se faire plaisir et par là, on pen­sait faire plaisir au pub­lic. Les gens vien­nent au théâtre pour avoir une émo­tion, pour partager quelque chose. La clé de mon tra­vail, c’est ça. C’est le partage avec le public.

Vous avez déjà des envies de spec­ta­cles futurs ?
J’aimerais com­mencer à m’at­ta­quer à la mise en scène. J’ai des pro­jets et je vais faire des spec­ta­cles en dehors de la Com­pag­nie Chicos Mam­bo, avec des choses peut-être plus sérieuses. J’aimerais bien m’at­ta­quer à un opéra. Je suis assez pluridis­ci­plinaire et poly­va­lent. Moi, ce que j’aime c’est tra­vailler avec d’autres gens, des danseurs, des chanteurs, des comé­di­ens, d’en­richir mon pro­pre lan­gage. Je crois que de plus en plus, on va vers la fusion des arts. Tout se mélange.