Philippe D’avilla — Mercutio… à la folie

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Philippe D'Avilla dans Roméo et Juliette ©DR
Philippe D’Av­il­la dans Roméo et Juli­ette ©DR
Pré­coce, Philippe d’Av­il­la reçoit son pre­mier cachet de comé­di­en à 12 ans. Il joue dans des pièces de théâtre en Bel­gique, en France et en Suisse. A 18 ans, il part au Québec où, tout en con­tin­u­ant à jouer, il suit une for­ma­tion sur le théâtre masqué, le No japon­ais et le théâtre sacré tibé­tain. Il décou­vre égale­ment la comédie musi­cale et prend des cours de chant et de danse. De retour en Bel­gique, il reprend le théâtre quelques années puis, ne trou­vant pas ce qu’il veut, il décide d’ar­rêter. Il tourne alors quelques télé­films pour la France et décide de se con­sacr­er à la chan­son en faisant la tournée des café-concerts.

Laisse pass­er une pre­mière fois…
Un ami lui par­le une pre­mière fois du cast­ing de Roméo et Juli­ette mais il ne s’y rend pas. «J’é­tais sur le cast­ing anglais de Notre Dame de Paris, on me promet­tait qua­si­ment le rôle de Phoe­bus ! On m’avait demandé de tout blo­quer» nous explique-t-il. Mais finale­ment les anglais préfèrent pren­dre un anglais pour le rôle. Aus­si, quand l’équipe de Roméo et Juli­ette passe à Brux­elles pour de nou­velles audi­tions, cette fois Philippe s’y présente et obtient le rôle de Mercutio.
Les pre­mières chan­sons du spec­ta­cle qu’il décou­vre et qu’il enreg­istre sont ?Aimer’ et ?Les Rois du Monde’. « Ce n’é­taient franche­ment pas les meilleures du spec­ta­cle, j’avoue que j’avais un peu peur ! » recon­naît-il en riant. Mais l’his­toire lui plaît et il se sou­vient « ça a été un vrai coup de coeur humain avec Gérard Pres­gur­vic, je lui ai fait con­fi­ance ». Il appré­cie l’adap­ta­tion de l’au­teur compositeur.

« J’aime beau­coup le fait qu’il ait mod­ernisé et pop­u­lar­isé l’his­toire. Il ne faut pas oubli­er que Shake­speare écrivait pour le peu­ple, ce n’é­tait pas un théâtre réservé à l’élite. Je crois qu’il était donc logique d’en faire un grand spec­ta­cle pop­u­laire qui par­le aux gens sim­ple­ment ». Pour autant, Philippe émet quelques réserves. « En tant que fou amoureux de Shake­speare et de l’oeu­vre d’o­rig­ine, je ne suis pas tou­jours d’ac­cord avec cer­taines lib­ertés que Gérard a pris­es. Par exem­ple, je ne suis pas dingue de ce que Tybalt est devenu ».

Après l’en­reg­istrement de l’al­bum com­mence le marathon de la pro­mo­tion qui va dur­er près d’un an. « Je l’ai vécu tant bien que mal » com­mente Philippe peu ent­hou­si­aste, « je n’avais pas l’im­pres­sion d’être engagé pour faire un spec­ta­cle mais plutôt pour pro­mou­voir un album. J’é­tais un peu paumé. J’avais régulière­ment envie de dire ?oh les gars, le spec­ta­cle c’est pour quand ? Quand est-ce qu’on va se retrou­ver sur un plateau pour travailler ?’ ».

Dès qu’on abor­de les répéti­tions et le tra­vail de mise en scène avec Red­ha, le vis­age de Philippe s’il­lu­mine. « J’ai décou­vert un homme extra­or­di­naire, un met­teur en scène fab­uleux, et pour­tant j’avais peur qu’un choré­graphe fasse la mise en scène. Il sait par­ler aux comé­di­ens et racon­ter une his­toire. Je n’avais pas fait de théâtre depuis qua­tre ans, là j’ai retrou­vé mes bon­heurs de gosse ». Toute­fois Philippe garde quelques frus­tra­tions. « Red­ha a récupéré la mise en scène après trois semaines, on a eu de gros prob­lèmes avec les décors. On a per­du un mois et demi de tra­vail. Je pense que Red­ha n’a pas pu aller aus­si loin qu’il aurait voulu par manque de temps. Il y a des scènes qui sont de belles esquiss­es mais qui ne sont pas com­plète­ment abouties. D’autre part, dans la troupe nous ne sommes que trois comé­di­ens de for­ma­tion, les autres jouent sou­vent pour la pre­mière fois. Beau­coup ont un réel poten­tiel de comé­di­en mais il n’a pas pu être suff­isam­ment exploité, là aus­si en grande par­tie par manque de temps ».

Sen­si­ble aux com­men­taires des spectateurs
Philippe recon­naît égale­ment que la salle du Palais des Con­grès n’est pas for­cé­ment le lieu idéal pour une comédie musi­cale, et en par­ti­c­uli­er Roméo et Juli­ette. « Dans la manière dont l’a conçu Red­ha, ce spec­ta­cle aurait beau­coup gag­né dans une plus petite salle. Dif­fi­cile de créer une intim­ité avec le pub­lic dans une salle de 3700 places ! Le spec­ta­cle souf­fre d’être une grosse machine » admet-il en toute fran­chise. Il sait d’ailleurs que c’est l’une des cri­tiques faites au spec­ta­cle. A pro­pos de cri­tiques, il n’ac­corde de crédit qu’à celles des spec­ta­teurs. « Qu’ils aiment ou pas, leurs cri­tiques sont tou­jours justes et vraies. Je suis très con­tent que le spec­ta­cle provoque un débat. Pour les ?puristes’, ce n’est pas de la comédie musi­cale, alors que d’autres vont être touchés. Atten­tion cepen­dant à la cri­tique facile ! ».

Mal­gré ses quelques réserves, Philippe tient à soulign­er les qual­ités de Roméo et Juli­ette. « C’est un spec­ta­cle chargé très fort en émo­tion. Pour ne pas être touché au moins par un per­son­nage, par un moment, il faut vrai­ment le décider ! On s’est fait pleur­er comme des madeleines pen­dant les répéti­tions. Sans compter que visuelle­ment et esthé­tique­ment, c’est un très beau spec­ta­cle ». Pour Philippe, c’est avant tout la troupe qui fait la force de cette comédie musi­cale. « C’est une troupe extra­or­di­naire et très soudée qui se donne à fond sur scène pour offrir le meilleur au pub­lic. Ca fait longtemps que je ne m’é­tais pas sen­ti aus­si bien dans une équipe. Je suis en admi­ra­tion totale devant les danseurs. Quand je vois le tra­vail qu’ils font, leur rigueur artis­tique et leur intégrité, il y a une vraie leçon à pren­dre. Sur le plateau, je suis un fan absolu de Réjane Per­ry, Cécil­ia Cara et Gré­gori Baquet. Pour Cécil­ia, c’est son pre­mier spec­ta­cle, elle a déjà tout com­pris, elle est mag­ique. Avec Gré­gori, humaine­ment c’est une grande ren­con­tre, un coup de foudre d’ami­tié ».

Philippe appré­cie moins les à‑côtés « show­biz » du spec­ta­cle, il recon­naît pour­tant que c’est peut-être une façon d’amen­er un nou­veau pub­lic vers la comédie musi­cale. Mais il reste très pru­dent sur l’avenir du musi­cal en France. « Heureuse­ment on est à un tour­nant, mais il est dan­gereux. Si demain il n’y a pas de pro­duc­teurs qui déci­dent de mon­ter des spec­ta­cles musi­caux vrai­ment théâ­tral­isés moins grand pub­lic, moins énormes, on risque de n’avoir en France que des gross­es machines comme Les Dix Com­man­de­ments, Roméo et Juli­ette… Il faut très vite prof­iter de cet engoue­ment pour amen­er ce nou­veau pub­lic vers d’autres types de pro­duc­tions ». En tout cas, il l’e­spère vrai­ment car, rajoute-t-il « j’adore la comédie musi­cale, j’ai envie qu’elle vive ! ». Véri­ta­ble fan de musi­cals, il aime par­ti­c­ulière­ment les com­po­si­tions d’An­drew Lloyd Web­ber comme Starlight Express et Sun­set Boule­vard, même s’il souligne amusé que chez lui aus­si il y a par­fois un petit côté « variétoche ».

Après Roméo et Juli­ette, s’il songe à un album solo et à écrire pour le ciné­ma, Philippe avoue que sa plus grande envie est de con­tin­uer dans la comédie, musi­cale si pos­si­ble. « Bizarrement Roméo et Juli­ette a redonné des envies au comé­di­en plus qu’au chanteur » recon­naît-il. Il se ver­rait d’ailleurs bien con­tin­uer l’aven­ture de Roméo et Juli­ette de l’autre côté de la Manche : « le petit rêve que j’ai dans un coin de la tête c’est de créer Mer­cu­tio dans la ver­sion anglaise de Roméo et Juli­ette. C’est un per­son­nage que j’aime, qui m’ap­porte énor­mé­ment tous les soirs. Et puis jouer dans une comédie musi­cale à Lon­dres, même si c’est la seule que je fais là-bas, c’est un rêve que je réalis­erai ! ».