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Pierre-François Martin-Laval : sacrée perf !

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Pierre-François Martin-Laval en Roi Arthur dans <i>Spamalot</i> (DR) Bernard Richebe
Pierre-François Mar­tin-Laval en Roi Arthur dans Spa­malot (DR) Bernard Richebe

Com­ment est né le pro­jet français de Spa­malot ?
P.F. Mar­tin-Laval (PEF) : Pas­cal Guil­laume a eu l’idée de racheter les droits de Spa­malot pour la France. On est allés voir ensem­ble la ver­sion espag­nole par la troupe des Tri­ci­cle. J’ai accep­té tout de suite de par­ticiper au pro­jet car les Mon­ty Python et la comédie musi­cale sont des rêves de gosse que je pen­sais inac­ces­si­bles. J’ai démar­ré le cast­ing et l’adaptation très vite. On a ren­con­tré Mau­rice Moli­na [NDLR : directeur du Théâtre Comé­dia, le plus musi­cal-friend­ly] qui a accep­té de nous héberg­er et même de nous pro­duire entièrement.

Les règles d’adaptation d’un show de Broad­way sont strictes. En tant que créatif, ne vous êtes-vous pas sen­ti trop contraint ?
Pour dire la vérité, j’ai com­mis une erreur qui m’a aidé à me sen­tir très libre : je n’ai pas lu le con­trat qui stip­u­lait que l’adaptation devait respecter l’original, sauf diver­gence cul­turelle majeure. Donc j’ai écrit en étant vrai­ment moi-même, j’ai même ajouté des scènes man­quantes du film. Bon évidem­ment, j’ai dû revenir sur cer­taines choses au milieu des répéti­tions, mais 90 % de ce que l’on voit sur scène a été écrit de façon très naturelle. Dans ce qui a pu pass­er à tra­vers les mailles du filet, je pense par exem­ple avoir plus dévelop­pé l’histoire d’amour un peu cucul entre Arthur et la Dame du Lac que la ver­sion orig­i­nale. Dans les trans­po­si­tions cul­turelles, j’ai rem­placé les références à l’univers de Broad­way, insignifi­antes de ce côté-ci de l’Atlantique, par des clins d’œil aux suc­cès con­nus à Paris : Le Roi Lion, Roméo et Juli­ette, Zor­ro et aus­si Star­ma­nia. Je me suis bien amusé à faire cela.

Par­lez-nous un peu de l’humour absurde des Mon­ty Python ?
Les Mon­ty Python sont plus que des maîtres ; ils incar­nent un courant de pen­sée, voire de poésie. Ils font par­tie des artistes au-dessus de moi dont je me con­sid­ère un peu comme un enfant : Roland Dubil­lard, Jacques Tati, Les Bran­quig­noles, Chap­lin, Les Marx Broth­ers et Pierre Richard évidem­ment. Les Mon­ty Python me pas­sion­nent par leur illo­gisme et par cette bêtise bien assumée, puis­sant ressort comique dont la ver­sion française regorge. Rien que le titre, Spa­malot, ne veut rien dire : beau­coup de spam (« pour­riel ») ou beau­coup de mor­tadelle en boîte [NDLR : « Spam » est une mar­que de viande en con­serve améri­caine], mais le sim­ple fait qu’il raille le nom de l’illustre château de Camelot suf­fit à en faire quelque chose de drôle. Le spec­ta­cle use du décalage entre l’idéal chevaleresque des livres d’histoire et la bêtise, la couardise, la naïveté des per­son­nages sur scène, le tout dans l’esprit potache qui me caractérise.

Quel rôle préférez-vous, celui d’interprète ou de met­teur en scène ?
Ma plus grande fierté sur ce spec­ta­cle a été de con­stituer la bonne équipe, d’être arrivé à ce mag­nifique résul­tat en assumant des choix pas tou­jours con­formes aux habi­tudes de la comédie musi­cale. On m’a mis en garde con­tre les uns, trop con­notés télé-réal­ité, ou con­tre les autres, pas assez recon­nus dans le milieu de la comédie musi­cale, alors que je cher­chais avant tout de bons acteurs. En fait, je réalise un triple rêve avec Spa­malot puisque j’adapte, je dirige et je joue une comédie musi­cale, une posi­tion idéale pour don­ner le meilleur de soi-même. Face à un bide, quand la salle ne réag­it pas alors qu’elle est cen­sée rire, ou à des longueurs – oui, il y en avait aux pre­mières représen­ta­tions ! – je ressens encore plus de détresse que le reste de la troupe, ce qui me motive d’autant plus pour retra­vailler les scènes. En par­ti­c­uli­er, on a beau­coup mod­i­fié le deux­ième acte qui man­quait de rythme et intéres­sait apparem­ment plus les acteurs que les spec­ta­teurs. Eh bien, on me dit qu’il est meilleur que le pre­mier acte aujourd’hui !

Quel but vous don­nez-vous quand vous chantez ?
Je ne cherche absol­u­ment pas à me prou­ver que je peux chanter. Au con­traire, je suis con­scient d’être meilleur en me con­cen­trant sur mon inter­pré­ta­tion plutôt que sur la pureté des notes. En plus, Arthur est un bary­ton bien dans les graves dont on ne voulait pas trans­pos­er la par­ti­tion donc je savais que je ne ferais jamais des mir­a­cles. Je me con­tente de chanter juste et dans le rythme sans chercher à faire le chanteur. Je me fais même engueuler par Gaëlle [NDLR : Pin­heiro, la Dame du Lac] si je m’oublie et tente de tenir des notes au-delà de mes moyens.

Pou­vez-vous nous racon­ter quelques anec­dotes drôles en couliss­es ou sur scène ?
On passe beau­coup de temps ensem­ble donc for­cé­ment il y a une grande com­plic­ité dans la troupe. On essaye de ne pas trop se faire de blagues sur scène pour ne pas se décon­cen­tr­er. Bon évidem­ment, il y a tou­jours quelques mains aux fess­es dis­crètes… Tous les soirs à 20h29, on se place en cer­cle en couliss­es et je demande à quelqu’un de pass­er au cen­tre pour faire une annonce. Puis on jure tous : « ce qui se passe à Camelot reste à Camelot » et la pièce démarre. C’est notre petit rit­uel. Dans les gags imprévus, on peut citer Olivi­er Denizet dont on avait changé le texte évo­quant un Caco­lac au lieu d’un Coca-Cola et qui a fini par deman­der un Coca-colac.

Spa­malot a‑t-il ouvert en vous une voca­tion pour la comédie musicale ?
J’ai tou­jours aimé la comédie musi­cale, la com­plé­men­tar­ité entre textes et chan­sons. Quand Le Roi Lion démarre et que Rafi­ki pousse son cri, j’ai la chair de poule. Je con­nais­sais déjà bien les clas­siques, West Side Sto­ry en tête, et j’ai décou­vert à Lon­dres des plus récentes comme Wicked. Depuis Spa­malot, on m’a déjà fait une nou­velle propo­si­tion d’adaptation que j’étudie sérieuse­ment. Et j’ai aus­si quelques idées d’écriture per­son­nelle. Mais ce sera pour plus tard car j’ai envie de con­tin­uer aus­si longtemps que pos­si­ble avec Spa­malot à Paris et en province si l’on arrive à trou­ver les con­di­tions viables d’une tournée pour un spec­ta­cle gour­mand en ressources logis­tiques et techniques.