Paulo Szot — De l’opéra à Broadway

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Paulo Szot © Joan Marcus
Paulo Szot © Joan Marcus

Com­ment êtes-vous devenu chanteur d’opéra ?
J’ai tou­jours voulu devenir un artiste. J’ai démar­ré mon édu­ca­tion musi­cale à qua­tre ans mais je voulais devenir un danseur clas­sique. J’ai obtenu une bourse pour étudi­er la danse en Pologne, le pays de mes par­ents, mais au bout de quelques mois, je me suis blessé au genou et j’ai dû arrêter. Quelques semaines plus tard, j’ai com­mencé le chant et depuis, je ne me suis jamais arrêté.

Com­ment êtes-vous arrivé sur South Pacif­ic ?
Ils recher­chaient un chanteur d’opéra pour le rôle écrit ini­tiale­ment pour Ezio Pin­za il y a soix­ante ans. Je chan­tais à Boston, qui ne se trou­ve qu’à trois heures de New York. J’ai passé l’au­di­tion et… me voilà !

Quel rap­port entretenez-vous avec la comédie musi­cale ? Est-ce un genre que vous aimiez ?
J’ai tou­jours voulu jouer dans un musi­cal. Je suis en train de vivre ce rêve désor­mais. J’adore les comédies musi­cales améri­caines. Et j’ai été très bien reçu par la com­mu­nauté théâ­trale et le pub­lic en Amérique. Cela a été très impor­tant pour moi.

Vous n’aviez jamais con­nu ça à l’opéra ?
Si, j’ai déjà expéri­men­té cela aus­si à l’opéra, par­ti­c­ulière­ment en France où je suis tou­jours très bien accueil­li et où je me sens accep­té par le pub­lic. Ce sont des endroits où l’on a tou­jours envie de revenir. Quand un artiste est bien reçu, cela lui donne la force de con­tin­uer. Nous vivons pour plaire au pub­lic : s’il est heureux, nous sommes heureux…

Quelle est, pour vous, la dif­férence entre chanter dans une comédie musi­cale et un opéra ?
La grande dif­férence, ce sont les huit représen­ta­tions par semaine. Ca ne rigole pas et la con­cen­tra­tion est très élevée. Les mer­cre­dis et samedis, nous avons même deux représen­ta­tions dans la journée… C’est quelque chose d’im­pos­si­ble dans le monde de l’opéra.

Chanter huit soirs par semaine, com­ment s’y pré­pare-t-on lorsqu’on vient de l’opéra où le nom­bre de représen­ta­tions est limité ?
Beau­coup de dis­ci­pline, une nour­ri­t­ure équili­brée, de l’ex­er­ci­ce, du som­meil, pas de fête ni d’al­cool… Voilà com­ment je garde la forme pour ce marathon hebdomadaire.

Com­ment avez-vous abor­dé le rôle d’Emile ?
Emile est l’un des plus mag­nifiques rôles que j’aie jamais inter­prété. J’ai voulu le jouer juste comme il est : avec hon­nêteté. Etant un chanteur d’opéra, et pas un acteur expéri­men­té, c’est ce que je pou­vais offrir. Pour ce rôle, j’ai voulu laiss­er der­rière moi toutes mes expéri­ences dans l’opéra, ain­si que mon jeu. J’ai démar­ré les répéti­tions ouvert à chaque sug­ges­tion que le met­teur en scène ou les autres mem­bres du cast pou­vaient faire. Cela a fonc­tion­né pour moi, et pour le spectacle.

Quels sont vos moments favoris dans South Pacif­ic ?
Il y a quelques moments que j’aime vrai­ment : la plu­part d’en­tre eux sont les moments par­lés, comme par exem­ple le dis­cours du départ à la guerre dans le pre­mier acte et la scène avant ma chan­son préférée « This Near­ly Was Mine ».

Quels sont les meilleurs sou­venirs que vous garderez de cette expérience ?
Toute la pro­duc­tion ! Ce qui com­prend le cast, l’équipe de mise en scène, la recon­nais­sance, la réac­tion du pub­lic et bien évide­ment le Dra­ma Desk Award et le Tony Award.

C’é­tait la pre­mière fois que vous jouiez à Broad­way. Quel regard portez-vous sur la com­mu­nauté théâ­trale de Broadway ?
Comme je l’ai dit, j’ai été accep­té comme jamais je ne l’au­rais imag­iné. Dès le pre­mier jour, le théâtre m’a tout de suite mis à l’aise, de même que mes col­lègues. Je n’au­rais jamais imag­iné cet énorme suc­cès pour South Pacif­ic, même plusieurs mois après le Tony Award. Nous affi­chions com­plets des mois à l’a­vance. C’est stupéfiant.

Vous avez rem­porté un Tony pour votre presta­tion. Qu’est-ce que cela représente pour vous ?
Avant tout, j’é­tais si sur­pris de ma nom­i­na­tion puis par le prix que, encore aujour­d’hui, j’ai du mal le croire.…Ce n’est pas tous les jours que vous enten­dez Liza Minel­li vous appel­er sur scène… Vous savez, je n’y pense pas vrai­ment main­tenant. Je me con­cen­tre juste sur mon tra­vail et j’es­saie de l’amélior­er chaque jour. Je veux ren­dre sur scène ce que j’ai reçu de la part de la com­mu­nauté théâ­trale améri­caine et du pub­lic en don­nant le meilleur de moi-même dans chaque spectacle.

Auriez-vous envie de rejouer dans un musical ?
Absol­u­ment ! Si le rôle me cor­re­spond, pourquoi pas ? C’é­tait l’une des expéri­ences les plus agréables de ma vie.

Quels sont vos projets ?
Je serai de décem­bre à jan­vi­er dans La Veuve Joyeuse à Mar­seille. Ensuite, je don­nerai mon pre­mier spec­ta­cle en solo au Lin­coln Cen­ter le 24 jan­vi­er, puis je serai de retour dans South Pacif­ic. Tou­jours en 2009, je retourn­erai à l’opéra dans Car­men à Toulouse, puis à Valen­cia et en 2010, je ferai mes débuts au Mét­ro­pol­i­tan Opéra dans Le Nez de Chostakovitch dirigé par Valéry Gergiev.