Patrick Niedo, la passion pour Broadway

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Patrick Niedo ©dr

Pourquoi ce livre ?
Pour assou­vir ma pas­sion pour Broad­way ! J’ai eu le souhait de faire un beau livre sur l’histoire des comédies musi­cales améri­caines à des­ti­na­tion du grand pub­lic. Toute­fois, si on s’y con­naît des infor­ma­tions ne man­quent pas, notam­ment dans les rubriques « à savoir » dans lesquelles se trou­vent de nom­breuses anec­dotes. Après mûre réflex­ion sur la manière dont le livre devrait être con­sti­tué, j’ai finale­ment rédigé six pages qui posent la chronolo­gie de Broad­way : d’où vient la comédie musi­cale, com­ment a‑t-elle évolué, le tout agré­men­té d’une frise avec des codes couleurs qui facili­tent la lec­ture. Ensuite je con­seille au lecteur de lire le lex­ique puis de se laiss­er aller à sa curiosité : le livre est bâti comme un abécédaire.

Quel est votre parcours ?
Je pre­nais des cours de danse à Arpa­jon, ma pro­fesseure était très comédie musi­cale, util­isant volon­tiers cha­peau et la fameuse « cho­rus line ». Elle m’a don­né envie de voir des films, à l’époque en salle car mes par­ents n’avaient pas de mag­né­to­scope. De plus,  je n’avais pas beau­coup d’argent pour mon­ter à Paris, il fal­lait que je fasse atten­tion. A 18 ans j’ai eu mon bac et suis par­ti un an aux Etats-Unis pour pro­longer mes études. Le hasard a voulu que j’habite dans une famille de musi­ciens, en ban­lieue de New York. Mes valis­es à peine posées ils m’ont emmené voir The Pirates of Pen­zance à Broad­way avec Lin­da Ron­stadt, mon pre­mier déclic. Je n’avais jamais vu de comédies musi­cales sur scène. Je me sou­viens encore dans le détail de cette représen­ta­tion qui a ori­en­té ma vie….

Pen­dant mon année aux Etats-Unis, j’ai décou­vert pas mal de choses, suis ren­tré en France pour faire hypokhâgne et une pré­pa Sci­ences-Po tout en con­tin­u­ant la danse. Un jour, mon pro­fesseur m’a pro­posé de devenir son assis­tant. J’ai lais­sé tomber les études pour être danseur pen­dant quinze ans. Je suis allé aux Etats-Unis trois ou qua­tre fois par an, j’ai fait mes class­es au Broad­way Dance Cen­ter et chez Alvin Ailey et durant la sai­son 90–91 je fus l’assistant en per­ma­nence de mon pro­fesseur. J’ai, du coup, vu tout ce qui se fai­sait à Broad­way. Je suis véri­ta­ble­ment tombé dans cet univers avec délice ! En par­al­lèle j’ai con­servé, classé, réper­torié de nom­breux doc­u­ments, à com­mencer par les Play­bills [NDLR : pro­grammes des spectacles].

Pourquoi la comédie musicale ?
Rien ne me rend plus heureux. C’est une pas­sion. Plus tard je suis venu aux films, mais ils m’intéressent beau­coup moins. Je ne me sens pas du tout capa­ble d’écrire un livre sur les musi­cals à Hol­ly­wood. Broad­way c’est comme ma poche : je con­nais tous les théâtres par cœur, beau­coup plus que le West End. J’écris véri­ta­ble­ment sur Broad­way, con­for­mé­ment au sous-titre de mon livre.

L’idée du livre s’est con­crétisée à quel moment ?
Depuis 1999, deux ans après la fin de ma car­rière de danseur. L’idée a mûri car autour de moi on ne savait pas com­ment m’appeler : « spé­cial­iste de Broad­way, his­to­rien » ? Je n’avais rien pour le prou­ver, mis à part ma pas­sion. On m’a donc con­seil­lé d’écrire quelque chose. Et de fil en aigu­ille je me suis sen­ti gen­ti­ment piégé ! Le Châtelet, qui m’a demandé d’animer des con­férences par l’intermédiaire de Renaud Machart, fut un élé­ment déclencheur. Ma pre­mière con­férence, sur On The Town, m’a per­mis de con­stater que j’avais un ter­reau fer­tile. Je me suis alors lancé. Le Châtelet m’a par la suite tou­jours soutenu, je suis recon­nais­sant à toute l’équipe. Stage Enter­tain­ment égale­ment, a immé­di­ate­ment été d’une aide pré­cieuse, ne serait-ce que sur des droits d’utilisation d’images, de logos. Alors j’ai pris un con­gé sans sol­de des Galeries Lafayette et me suis enfer­mé pour écrire. Cela veut dire quit­ter la vie sociale, ses amis. De nom­breux sac­ri­fices, mais je ne les regrette pas et suis très recon­nais­sant aux per­son­nes qui m’ont soutenu et accompagné.

Quelle fut votre méth­ode de travail ?
Je n’ai pas voulu me planter. Tout ce que j’ai fait en recherche a été véri­fié très métic­uleuse­ment. J’ai fait par exem­ple des recoupe­ments de biogra­phie, allant par­fois jusqu’à racon­ter les deux ver­sions, si deux ver­sions exis­tent. Je ne dis pas qu’aucune erreur ne sub­siste, mais le cas échéant j’ai pris soin d’indiquer mon cour­riel en début du livre pour que l’on puisse me prévenir et que, le cas échéant, je puisse mod­i­fi­er lors de la prochaine édi­tion ! Il y a un mil­lion cinq cent mille signes dans le livre. Pen­dant l’écriture,  j’écoutais en boucle la comédie musi­cale ou l’auteur sur lequel je tra­vaille. Je me lev­ais à sept heures et me couchais à 23 heures. Cer­tains jours, je ne fai­sais rien de l’après-midi, je regar­dais un des DVD que j’avais acheté. J’ai investi pour ce livre, his­toire de lim­iter mes déplace­ments. Pour chaque chapitre, j’ai pris des notes très pré­cis­es sur des calepins (j’en avais d’ailleurs tou­jours un sur moi, pour not­er une idée n’importe où). Ensuite je rédi­geais en bif­fant les notes les unes après les autres. Par la suite, le tra­vail de mise en forme tech­nique du livre m’a acca­paré pen­dant trois mois et demi. Que les textes soient véri­fiés, que mes idées soient claires, choisir les bonnes pho­tos, s’occuper des droits… Une mul­ti­tude de tâch­es que j’ai accom­plies avec une équipe extra­or­di­naire autour de moi.

Aujourd’hui dans quel état d’esprit êtes-vous ?
Je suis très heureux. Ren­dez-vous compte : je vis exacte­ment la vie dont j’ai rêvé, je peux facile­ment aller à Broad­way voir les shows. Mon livre recueille de bons échos, cha­cun me touche au cœur, je suis loin d’être blasé, moi qui ne suis pas écrivain à la base.