Accueil Rencontre Patrick Haudecoeur — La valse des pingouins, après Frou-Frou, c’est « froid-froid » ?

Patrick Haudecoeur — La valse des pingouins, après Frou-Frou, c’est « froid-froid » ?

0
Patrick Haudecoeur ©DR
Patrick Haude­coeur ©DR

La Valse Des Pin­gouins évoque une récep­tion mondaine qui dégénère. D’où sont venus cette idée et ce titre ?
J’avais depuis longtemps eu l’en­vie de faire une par­o­die des récep­tions un brin pincées où des hommes habil­lés en pin­gouins font tourn­er des femmes en robes ros­es sur des valses de Vienne. C’est un char­mant tableau amu­sant à déna­tur­er en faisant se ren­con­tr­er des gens qui n’ont rien à y faire. Il y a aus­si quelques références implicites à Lau­rel et Hardy comme ces bottes que l’on n’ar­rive pas à déchauss­er et l’in­tru­sion d’un ani­mal jus­tici­er dont une chan­son fameuse de Brassens recom­mande de se méfier…

Vous faîtes dans l’hu­mour absurde sans tomber dans le ridicule. Com­ment vous fix­ez-vous vos limites ?
Je suis con­scient, en effet, d’être con­stam­ment sur le fil du rasoir, dans la lignée du bur­lesque tra­di­tion­nel comme Tati, Etaix, voire Funès pour les Français et Lloyd, Keaton et Lau­rel & Hardy pour les Améri­cains. Je n’ai pas de méth­ode pré­cise, j’ar­rête juste au moment où cela ne me fait plus rire. Avec cer­tains per­son­nages plus bêtes ou naïfs que les autres (dont celui que j’in­ter­prète), je sais que je peux pouss­er encore un peu plus loin l’ab­surde. Je fais appel à l’âme d’en­fant en cha­cun de nous comme clé d’en­trée dans cet univers. Il faut pou­voir se « lâch­er » pour appréci­er ce spec­ta­cle comme pur diver­tisse­ment. C’est d’ailleurs ce que je demande égale­ment aux acteurs : suiv­re la folie crois­sante tout au long de la pièce !

La pièce pour­rait au fond n’être que théâ­trale. Quel rôle joue la musique et com­ment avez-vous procédé pour la sélec­tion des morceaux ?
En effet, je ne cherche pas à faire de la comédie musi­cale, ni du Fred Astaire, ni du lyrique, mais bien du théâtre musi­cal. La musique est un élé­ment de plus dans le diver­tisse­ment, comme une cerise sur le gâteau. Je suis pos­sédé par deux pas­sions : théâtre et musique, et j’ai la chance de con­naître des comé­di­ens qui parvi­en­nent à les unir dans mes spec­ta­cles. Dès le départ, j’avais quelques airs en tête comme « Danse avec moi » et quelques auteurs comme Lopez et Villemetz que je souhaitais pou­voir insér­er dans la dra­maturgie. Cer­tains sont passés à la trappe, rem­placés par d’autres sur propo­si­tion de Corinne Mamet, direc­trice musi­cale. La sélec­tion est tirée du réper­toire de l’opérette en évi­tant les « tubes ». Tous par­lent glob­ale­ment d’amour et de petits oiseaux… Il y a aus­si quelques créa­tions comme « La valse des patineurs ». Après, je mod­ule les dia­logues aux rac­cords pour obtenir une inté­gra­tion harmonieuse.

Les comé­di­ens n’ont pas eu trop de mal à inter­préter les chansons ?
Encore une fois, les acteurs sont sélec­tion­nés avant tout sur des critères dra­ma­tiques. Mais tous — j’au­rais aimé les citer indi­vidu­elle­ment tant je les trou­ve for­mi­da­bles — s’avèrent être de bons chanteurs et surtout ils n’ont aucun com­plexe. Sara Giraudeau, par exem­ple, n’avait jamais chan­té sur scène aupar­a­vant ; quelques leçons ont suf­fi pour lui don­ner con­fi­ance et la ren­dre par­faite­ment con­va­in­cante. Je con­nais égale­ment mes lim­ites, notam­ment quand je chante un air améri­cain, le plus sérieuse­ment du monde, avec un accent français à couper au couteau !

La pièce n’a démar­ré que récem­ment mais auriez-vous déjà quelques sou­venirs cocass­es à partager ?
Oui, on a eu pas mal de fous-rires incon­trôlés durant les répéti­tions… mais le plus drôle a été le filage général auquel nous avions con­vié Claude François Junior, un des pro­duc­teurs, qui voy­ait le spec­ta­cle pour la pre­mière fois. Mal­heureuse­ment, par erreur de plan­ning, on avait prévu le même jour de trans­fér­er tous les cos­tumes et les instru­ments au Théâtre des Nou­veautés, donc le filage s’est déroulé sans cos­tumes et a capel­la ! On s’est bien amusé quand même mais j’ai eu un peu le sen­ti­ment d’être mon pro­pre per­son­nage dans la pièce, à faire une démon­stra­tion ratée du pro­duit à mon investisseur !