
La Valse Des Pingouins évoque une réception mondaine qui dégénère. D’où sont venus cette idée et ce titre ?
J’avais depuis longtemps eu l’envie de faire une parodie des réceptions un brin pincées où des hommes habillés en pingouins font tourner des femmes en robes roses sur des valses de Vienne. C’est un charmant tableau amusant à dénaturer en faisant se rencontrer des gens qui n’ont rien à y faire. Il y a aussi quelques références implicites à Laurel et Hardy comme ces bottes que l’on n’arrive pas à déchausser et l’intrusion d’un animal justicier dont une chanson fameuse de Brassens recommande de se méfier…
Vous faîtes dans l’humour absurde sans tomber dans le ridicule. Comment vous fixez-vous vos limites ?
Je suis conscient, en effet, d’être constamment sur le fil du rasoir, dans la lignée du burlesque traditionnel comme Tati, Etaix, voire Funès pour les Français et Lloyd, Keaton et Laurel & Hardy pour les Américains. Je n’ai pas de méthode précise, j’arrête juste au moment où cela ne me fait plus rire. Avec certains personnages plus bêtes ou naïfs que les autres (dont celui que j’interprète), je sais que je peux pousser encore un peu plus loin l’absurde. Je fais appel à l’âme d’enfant en chacun de nous comme clé d’entrée dans cet univers. Il faut pouvoir se « lâcher » pour apprécier ce spectacle comme pur divertissement. C’est d’ailleurs ce que je demande également aux acteurs : suivre la folie croissante tout au long de la pièce !
La pièce pourrait au fond n’être que théâtrale. Quel rôle joue la musique et comment avez-vous procédé pour la sélection des morceaux ?
En effet, je ne cherche pas à faire de la comédie musicale, ni du Fred Astaire, ni du lyrique, mais bien du théâtre musical. La musique est un élément de plus dans le divertissement, comme une cerise sur le gâteau. Je suis possédé par deux passions : théâtre et musique, et j’ai la chance de connaître des comédiens qui parviennent à les unir dans mes spectacles. Dès le départ, j’avais quelques airs en tête comme « Danse avec moi » et quelques auteurs comme Lopez et Villemetz que je souhaitais pouvoir insérer dans la dramaturgie. Certains sont passés à la trappe, remplacés par d’autres sur proposition de Corinne Mamet, directrice musicale. La sélection est tirée du répertoire de l’opérette en évitant les « tubes ». Tous parlent globalement d’amour et de petits oiseaux… Il y a aussi quelques créations comme « La valse des patineurs ». Après, je module les dialogues aux raccords pour obtenir une intégration harmonieuse.
Les comédiens n’ont pas eu trop de mal à interpréter les chansons ?
Encore une fois, les acteurs sont sélectionnés avant tout sur des critères dramatiques. Mais tous — j’aurais aimé les citer individuellement tant je les trouve formidables — s’avèrent être de bons chanteurs et surtout ils n’ont aucun complexe. Sara Giraudeau, par exemple, n’avait jamais chanté sur scène auparavant ; quelques leçons ont suffi pour lui donner confiance et la rendre parfaitement convaincante. Je connais également mes limites, notamment quand je chante un air américain, le plus sérieusement du monde, avec un accent français à couper au couteau !
La pièce n’a démarré que récemment mais auriez-vous déjà quelques souvenirs cocasses à partager ?
Oui, on a eu pas mal de fous-rires incontrôlés durant les répétitions… mais le plus drôle a été le filage général auquel nous avions convié Claude François Junior, un des producteurs, qui voyait le spectacle pour la première fois. Malheureusement, par erreur de planning, on avait prévu le même jour de transférer tous les costumes et les instruments au Théâtre des Nouveautés, donc le filage s’est déroulé sans costumes et a capella ! On s’est bien amusé quand même mais j’ai eu un peu le sentiment d’être mon propre personnage dans la pièce, à faire une démonstration ratée du produit à mon investisseur !