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Patrick Alluin — Confidences d’un jeune marié

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Patrick Alluin ©DR
Patrick Alluin ©DR

Avant de vous attel­er à la mise en scène, vous étiez comé­di­en. Pourquoi ce changement ? 
J’ai com­mencé à faire du théâtre au lycée. C’é­tait une sorte de thérapie parce qu’ado­les­cent, j’é­tais exces­sive­ment intro­ver­ti. J’y ai pris goût et j’ai inté­gré une école de comé­di­ens à Paris. A l’époque, je voulais déjà faire de la mise en scène. Notre pro­fesseur nous invi­tait sou­vent à nous pro­jeter dans les grands rôles du réper­toire, ce que je n’ar­rivais pas à faire. En revanche, je mon­tais des pièces dans ma tête avec tous mes cama­rades dedans. J’ai fait quelques ten­ta­tives en sor­tant du cours mais je man­quais d’as­sur­ance. J’ai, donc, com­mencé à tra­vailler en tant qu’in­ter­prète dans des spec­ta­cles comme La Vie Parisi­enne ou Le Bour­geois Gen­til­homme à la Comédie Française ou, plus récem­ment, dans Plus belle que toi, une comédie musi­cale pour enfants. Je m’a­mu­sais bien comme comé­di­en mais je com­mençais à tourn­er en rond. Stéphanie Bour­guignon, qui chan­tait égale­ment dans La Vie Parisi­enne, m’a pro­posé un jour de tra­vailler avec elle sur un spec­ta­cle musi­cal inti­t­ulé Psy­choloblues. Elle en avait imag­iné l’his­toire, choisi les chan­sons et en tenait le rôle prin­ci­pal. Au départ, je ne devais être qu’un oeil extérieur et puis c’est rapi­de­ment devenu bien plus que ça. Cette fois, je me suis sen­ti vrai­ment prêt à me lancer. Eric Szer­man et Camille Tur­lot, les auteurs de Epouse-moi !, avaient vu Psy­choloblues. Quelques mois plus tard, ils m’ont par­lé de leur spectacle.

Qu’est-ce qui vous a décidé à met­tre en scène Epouse-moi ?
Je suis un immense fan de comédie musi­cale. Il y a trois ou qua­tre ans, j’ai assisté à une répéti­tion de Quit­ter Paris dont Eric avait écrit la musique. Ça a été un vrai choc. C’é­tait une écri­t­ure très théâ­trale et très con­tem­po­raine. J’en étais ressor­ti com­plète­ment boulever­sé. J’ai fait la con­nais­sance d’Er­ic et, bien longtemps après, il a été ques­tion que je mette en scène Quit­ter Paris. On avait com­mencé à tra­vailler dessus, mais le pro­jet ne s’est pas con­crétisé. Alors, quand Eric m’a par­lé d’Epouse-moi !, j’é­tais très ent­hou­si­aste. Eric et Camille m’ont fait écouter trois chan­sons. J’ai immé­di­ate­ment trou­vé la musique d’Er­ic superbe et les textes de Camille incroy­able­ment per­cu­tants. La trame était à peine écrite, mais tout était là. Epouse-moi ! est con­stru­it autour de per­son­nages mod­ernes qui évolu­ent dans un monde urbain, con­cret, par­fois très cru. Ils fument, utilisent des porta­bles et des ordi­na­teurs, se dis­putent, par­tent en claquant la porte et font l’amour quand ils se retrou­vent. Le car­ac­tère intro­spec­tif de l’his­toire est égale­ment très orig­i­nal pour un spec­ta­cle de ce genre, sans oubli­er l’aspect fan­tas­tique, très drôle à traiter.

Vous vous êtes mar­ié récem­ment, y a‑t-il du vécu dans votre propo­si­tion de mise en scène ? 
Dis­ons que j’ai pas mal dis­cuté, avec ma com­pagne, de la grande scène de ménage entre Alex et Mathilde au début de la pièce… Pour le reste, même si je m’i­den­ti­fie com­plète­ment à la façon dont Alex appréhende les évène­ments dans le spec­ta­cle, les démons qui l’ani­ment me sont étrangers. Le rap­port des per­son­nages d’Epouse-moi ! à l’en­gage­ment m’émeut pro­fondé­ment. Mais, con­traire­ment à Alex, je n’ai pas passé la nuit dans ma voiture la veille de mon mariage.

Dans Epouse-moi, le comé­di­en qui joue le pre­mier rôle est égale­ment l’au­teur de la pièce, est-ce dif­fi­cile de met­tre en scène un acteur-auteur ? 
C’é­tait déjà le cas pour Psy­choloblues, je tra­vail­lais avec Stéphanie, qui en plus de jouer dans le spec­ta­cle l’avait écrit. Elle tenait, par­fois, à cer­taines choses aux­quelles je ne croy­ais pas, ce qui a don­né lieu à beau­coup de dis­cus­sions mais cela nous a per­mis d’a­vancer. Con­cer­nant Epouse-moi !, la ques­tion ne s’est même pas posée. Nous avons beau­coup par­lé de la pièce avec Camille et Eric en amont. Mais en répéti­tion, Camille n’in­ter­ve­nait délibéré­ment pas et préférait se con­cen­tr­er sur son rôle.

Quelles sont les dif­fi­cultés que vous avez rencontrées ? 
Nous avons démar­ré avec peu de moyens. C’est com­pliqué parce qu’il faut con­va­in­cre les inter­prètes avec qui on a envie de tra­vailler de nous rejoin­dre sur un coup de coeur. Ensuite, il faut tenir compte des disponi­bil­ités de cha­cun. Nous avons avancé petit à petit, tout en cher­chant à nous faire con­naître des pro­duc­teurs et directeurs de salles. La pre­mière dif­fi­culté a été de ne pas céder à l’ap­pel de propo­si­tions intéres­santes, mais qui nous con­dui­saient, artis­tique­ment par­lant, sur d’autres voies que celles que nous avions prévues.

Quels sont vos pro­jets pour l’an­née à venir ? 
J’ai fait la mise en scène d’un autre spec­ta­cle qui va démar­rer le 31 jan­vi­er au théâtre de l’Ak­téon. La pièce s’in­ti­t­ule RTT et, cette fois, ce n’est pas du tout une comédie musi­cale. Si je n’ai aucun com­plexe à dire que mon souhait est de per­sévér­er dans le musi­cal, j’ai aus­si envie d’aller explor­er d’autres gen­res parce que la comédie musi­cale se nour­rit de toutes les autres formes de spec­ta­cles. Je vais, par ailleurs, par­ticiper, en tant qu’in­ter­prète, à une ver­sion musi­cale du Petit Chap­er­on Rouge avec la même équipe artis­tique que Plus belle que toi.