
Avant de vous atteler à la mise en scène, vous étiez comédien. Pourquoi ce changement ?
J’ai commencé à faire du théâtre au lycée. C’était une sorte de thérapie parce qu’adolescent, j’étais excessivement introverti. J’y ai pris goût et j’ai intégré une école de comédiens à Paris. A l’époque, je voulais déjà faire de la mise en scène. Notre professeur nous invitait souvent à nous projeter dans les grands rôles du répertoire, ce que je n’arrivais pas à faire. En revanche, je montais des pièces dans ma tête avec tous mes camarades dedans. J’ai fait quelques tentatives en sortant du cours mais je manquais d’assurance. J’ai, donc, commencé à travailler en tant qu’interprète dans des spectacles comme La Vie Parisienne ou Le Bourgeois Gentilhomme à la Comédie Française ou, plus récemment, dans Plus belle que toi, une comédie musicale pour enfants. Je m’amusais bien comme comédien mais je commençais à tourner en rond. Stéphanie Bourguignon, qui chantait également dans La Vie Parisienne, m’a proposé un jour de travailler avec elle sur un spectacle musical intitulé Psycholoblues. Elle en avait imaginé l’histoire, choisi les chansons et en tenait le rôle principal. Au départ, je ne devais être qu’un oeil extérieur et puis c’est rapidement devenu bien plus que ça. Cette fois, je me suis senti vraiment prêt à me lancer. Eric Szerman et Camille Turlot, les auteurs de Epouse-moi !, avaient vu Psycholoblues. Quelques mois plus tard, ils m’ont parlé de leur spectacle.
Qu’est-ce qui vous a décidé à mettre en scène Epouse-moi ?
Je suis un immense fan de comédie musicale. Il y a trois ou quatre ans, j’ai assisté à une répétition de Quitter Paris dont Eric avait écrit la musique. Ça a été un vrai choc. C’était une écriture très théâtrale et très contemporaine. J’en étais ressorti complètement bouleversé. J’ai fait la connaissance d’Eric et, bien longtemps après, il a été question que je mette en scène Quitter Paris. On avait commencé à travailler dessus, mais le projet ne s’est pas concrétisé. Alors, quand Eric m’a parlé d’Epouse-moi !, j’étais très enthousiaste. Eric et Camille m’ont fait écouter trois chansons. J’ai immédiatement trouvé la musique d’Eric superbe et les textes de Camille incroyablement percutants. La trame était à peine écrite, mais tout était là. Epouse-moi ! est construit autour de personnages modernes qui évoluent dans un monde urbain, concret, parfois très cru. Ils fument, utilisent des portables et des ordinateurs, se disputent, partent en claquant la porte et font l’amour quand ils se retrouvent. Le caractère introspectif de l’histoire est également très original pour un spectacle de ce genre, sans oublier l’aspect fantastique, très drôle à traiter.
Vous vous êtes marié récemment, y a‑t-il du vécu dans votre proposition de mise en scène ?
Disons que j’ai pas mal discuté, avec ma compagne, de la grande scène de ménage entre Alex et Mathilde au début de la pièce… Pour le reste, même si je m’identifie complètement à la façon dont Alex appréhende les évènements dans le spectacle, les démons qui l’animent me sont étrangers. Le rapport des personnages d’Epouse-moi ! à l’engagement m’émeut profondément. Mais, contrairement à Alex, je n’ai pas passé la nuit dans ma voiture la veille de mon mariage.
Dans Epouse-moi, le comédien qui joue le premier rôle est également l’auteur de la pièce, est-ce difficile de mettre en scène un acteur-auteur ?
C’était déjà le cas pour Psycholoblues, je travaillais avec Stéphanie, qui en plus de jouer dans le spectacle l’avait écrit. Elle tenait, parfois, à certaines choses auxquelles je ne croyais pas, ce qui a donné lieu à beaucoup de discussions mais cela nous a permis d’avancer. Concernant Epouse-moi !, la question ne s’est même pas posée. Nous avons beaucoup parlé de la pièce avec Camille et Eric en amont. Mais en répétition, Camille n’intervenait délibérément pas et préférait se concentrer sur son rôle.
Quelles sont les difficultés que vous avez rencontrées ?
Nous avons démarré avec peu de moyens. C’est compliqué parce qu’il faut convaincre les interprètes avec qui on a envie de travailler de nous rejoindre sur un coup de coeur. Ensuite, il faut tenir compte des disponibilités de chacun. Nous avons avancé petit à petit, tout en cherchant à nous faire connaître des producteurs et directeurs de salles. La première difficulté a été de ne pas céder à l’appel de propositions intéressantes, mais qui nous conduisaient, artistiquement parlant, sur d’autres voies que celles que nous avions prévues.
Quels sont vos projets pour l’année à venir ?
J’ai fait la mise en scène d’un autre spectacle qui va démarrer le 31 janvier au théâtre de l’Aktéon. La pièce s’intitule RTT et, cette fois, ce n’est pas du tout une comédie musicale. Si je n’ai aucun complexe à dire que mon souhait est de persévérer dans le musical, j’ai aussi envie d’aller explorer d’autres genres parce que la comédie musicale se nourrit de toutes les autres formes de spectacles. Je vais, par ailleurs, participer, en tant qu’interprète, à une version musicale du Petit Chaperon Rouge avec la même équipe artistique que Plus belle que toi.