On avait dit pas la famille (Critique)

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1425289859_onavaitditplf_affiche300Autrice : Eva Gruber
Mise en scène : Estelle Lesage
Avec : Eva Gruber
Scéno­gra­phie : James Brandily
Son : Arnaud Rol­lat et Guil­laume Feyler / Lumière : Laïs Foulc / Musique : Aperghis, Mon­tever­di, Rav­el, Weill, Glanzberg / Com­po­si­tion et arrange­ments : Arnaud Rol­lat, Bruno Hel­strof­fer, Nico­las Ducloux, Iakovos Pap­pas, Eva Gru­ber / Enreg­istrements : Christophe Crapez / Cos­tumes : Marine Provent / Crédit Pho­to : San­dra Reinflet
Durée : 1h15

Où est passé le pianiste ? En l’attendant, une chanteuse lyrique remonte le fil des his­toires et de sa vie. Entre réc­it et réc­i­tal, elle évoque ses par­ents et ses grands-par­ents émi­grés juifs d’Europe de l’Est, son enfance à Pigalle dans les années 70, la mort de son père, la nais­sance de son fils… Il en va des sou­venirs comme des poupées russ­es, cha­cun en con­tient un nou­veau. Que va-t-on encore décou­vrir ? Tel-Aviv et la Cal­i­fornie, des juifs anti­sémites et des rab­bins ortho­dox­es, l’œuvre presque com­plète de Sig­mund Freud, un pot-au-feu explosif et Mon­ter­ver­di en ver­sion punk…
Dans la tra­di­tion de l’humour juif, le spec­ta­cle réu­nit petites et grandes his­toires, imbriquées les unes dans les autres par une parole alerte et incisive.

Notre avis : « Gru­ber… avec un nom pareil, j’e­spère qu’elle assure ! » telle est l’une des ultimes répliques du spec­ta­cle. Il s’ag­it d’un appren­ti comé­di­en qui tente de désta­bilis­er sa con­cur­rente lors d’une audi­tion. Alors que l’on ras­sure Eva Gru­ber tout de suite : oui, elle « assure » et avec quel panache. Pour ce spec­ta­cle seule en scène où il est forte­ment ques­tion de la famille, de ses ram­i­fi­ca­tions, de ses trou­bles, de ses joies, la comé­di­enne chanteuse saisit son pub­lic pour ne plus le lâch­er. La qual­ité d’écri­t­ure vaut pour beau­coup dans cette réus­site, elle est par­faite­ment mise en valeur par une mise en scène inspirée, où les pupitres per­son­nifiés trou­vent une nou­velle vie, où un piano sans pianiste éclaire les pen­sées de l’ac­trice. Ces bribes de sou­venirs sont liés par cette his­toire famil­iale tortueuse qui n’au­rait pu avoir qu’un faible écho. Mais c’est loin d’être le cas : Eva Gru­ber tran­scende le tout pour impli­quer le spec­ta­teur, ravi de par­tir pour ce voy­age où la musique a égale­ment son mot à dire… En effet le chant tient une large place et des airs con­nus peu­vent être revis­ités. Ils intriguent alors et plon­gent l’au­di­toire dans une autre dimen­sion. Car l’ap­port musi­cal est bel et bien un jeu au coeur du jeu. Ce spec­ta­cle éton­nant, déroutant mérite le détour. Alors ren­dez-vous au par­adis du Lucernaire.