Olivier Desbordes, un metteur en scène qui aime faire découvrir le théâtre musical

0
322

Olivier Desbordes ©DR

D’où vient votre intérêt pour le théâtre musical ?
Entre le théâtre pur et la musique, il existe un pont : le théâtre musi­cal ! Stanislavsky dis­ait dans ses mémoires que la dimen­sion théâ­trale est for­mi­da­ble, mais il en manque une autre : celle de la musique. Je partage tout à fait ce point de vue. Toute­fois, j’aimerais ajouter que les gen­res ne m’in­téressent pas, j’aime avant tout les aven­tures théâ­trales, les aven­tures humaines comme celles qui con­sis­tent à faire décou­vrir les œuvres à un large public.

Par­lez-nous de cette pro­gram­ma­tion au Théâtre Sil­via Monfort ?
La com­pag­nie Opéra Éclaté, dont je suis directeur artis­tique, est con­nue pour faire des tournées d’opéra et d’opérettes. Voilà trois ans, au Théâtre Sil­via Mont­fort, nous avions présen­té plusieurs œuvres dans le cadre de « Paris d’Opéra » : Le Lac d’ar­gent, Le Tour d’écrou et L’Opéra de quat’­sous. Autant dire des œuvres sérieuses, graves. Comme j’aime chang­er de reg­istre, j’ai répon­du à cette nou­velle invi­ta­tion en pro­gram­mant des œuvres humoris­tiques. Chang­er de genre sans cesse me per­met d’avoir du plaisir et de ten­ter de le com­mu­ni­quer au public.

Nous avons regroupé trois œuvres symp­to­ma­tiques de notre tra­vail et mon­tées ini­tiale­ment à Saint-Céré, base de la com­pag­nie. Com­mençons par Dédé, opérette de 1921 d’Hen­ri Christiné sur un livret d’Al­bert Willemetz. J’aime la fan­taisie absurde de cette pièce et le con­traste entre Michel Fau, dans le rôle-titre, habitué aux per­son­nages à texte, et cette opérette qui n’a d’autres buts que de dis­traire. La pro­gram­ma­tion pro­pose égale­ment Le Cabaret inter­lope. Les artistes de la com­pag­nie, un peu à la manière des Bran­quig­nols de Robert Dhéry, mon­trent ce qu’ils peu­vent faire dans le domaine de la chan­son, cha­cun ayant apporté son air de prédilec­tion, ce qui donne un mélange d’hu­mours déton­nant. C’est un spec­ta­cle détaché d’un livret, c’est un « mix » entre un film d’Almod­ó­var, une tragédie grecque et une opérette folle !

D’où vous est venue l’idée de ce cabaret ?
Quand j’é­tais étu­di­ant, j’ai tra­vail­lé au Casi­no de Paris à l’époque où Zizi Jean­maire en était la vedette. Ensuite j’ai été machin­iste au Lido : j’adore les revues. Mais ce qui me plait le plus, c’est de voir l’en­vers du décor, sinon on s’en­nuie vite. Je me suis donc nour­ri de tout cet acquis pour mon­ter ce cabaret inter­lope, en lorgnant vers Hel­lza­pop­pin ! De plus, lorsque nous avons com­mencé les tournées avec l’Opéra Éclaté voilà 25 ans, nous pas­sions sou­vent avant ou après un spec­ta­cle de revue ringarde avec des vieilles meneuses de revue et de vieilles danseuses nues, ce qui nous plai­sait beau­coup. J’avais envie de ren­dre un hom­mage amusé à cela. D’ailleurs notre escalier de music-hall n’a que trois march­es, tout le monde se casse la fig­ure… En tout cas j’aime ce type de chan­son pop­u­laire qui véhicule beau­coup de choses et reflète bien une époque.

Et l’opérette d’Offenbach ?
Le Roi Carotte, Offen­bach l’a écrite juste après la Com­mune et la guerre de 1870, quand il a com­mencé à la Gaîté Lyrique. C’é­tait une opérette féerique, à grand spec­ta­cle qui ressem­blait à une revue com­posée de tableaux de genre très satiriques. Il a fal­lu réduire les 150 per­son­nes sur scène à 14 qui s’a­musent à inter­préter des tas de rôles dif­férents. Une fois de plus chez Offen­bach, cette œuvre est une parabole sur le pou­voir. Une sor­cière pour emmerder le monde a inven­té un roi carotte. Il est tout petit, sur-act­if et il veut pren­dre la place du roi… Il y parvient bien sûr. C’est une œuvre hybride, très dynamique, qui part un peu dans tous les sens, mais c’est drôle et pas­sion­nant. De plus, par­fois l’ac­tu­al­ité nous rat­trape : trois col­por­teurs ori­en­taux vien­nent pour ven­dre des choses au roi Carotte : depuis que Kad­hafi est venu à Paris, le tableau fait beau­coup d’ef­fet ! Nous respec­tons égale­ment le principe de l’opérette qui se nour­rit de l’ac­tu­al­ité : on a inté­gré une Car­la, c’est le côté chan­son­nier de l’en­tre­prise, d’in­ven­tion au fur et à mesure.

Vous pro­posez égale­ment des apéri­tifs concerts ?
Nous voulons met­tre la fête dans le théâtre. Des apéri­tifs d’en­v­i­ron 45 min­utes seront pro­posés par un artiste qui présen­tera des chan­sons autour de Léo Fer­ré, Yvette Guil­bert et beau­coup d’autres. Je pra­tique comme cela à Saint-Céré : les spec­ta­teurs ne vien­nent pas con­som­mer le spec­ta­cle, ils vien­nent pass­er un moment dans un lieu, partager un moment de vie. Chaque spec­ta­teur prend son plaisir, nous n’avons pas la pré­ten­tion de don­ner une représen­ta­tion comme au Châtelet ! Lorsque l’on décou­vre un petit restau­rant de cam­pagne, qui ne paie pas de mine, mais avec des spé­cial­ités divines, cela ne vous empêche pas d’ap­préci­er égale­ment les plats d’un trois étoiles, même si le prix est dif­férent. Je priv­ilégie le rap­port au pub­lic sans ten­ter d’être dém­a­gogique. Je ne leur donne pas ce qu’ils atten­dent, j’es­saie par le rire ou l’hu­mour grinçant, de les emmen­er ailleurs pour qu’ils se posent les bonnes ques­tions. Ce n’est pas du diver­tisse­ment pur.

Quels sont vos projets ?
Dans deux ans, je vais mon­ter une œuvre alle­mande des années vingt écrite par un mon­sieur très sérieux : Hin­demith. Les nou­velles du jour est le seul opéra rigo­lo qu’il ait écrit. L’his­toire d’un cou­ple qui vend son divorce à la presse du cœur et font appel à un man­ag­er, des spon­sors et tout cela leur attire beau­coup de souci. Je vais donc m’a­muser à mon­ter cette œuvre, je suis content !