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Olivier Ruidavet, un artiste 100 % éclectique

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Olivier Ruidavet par Claire Curt
Olivi­er Rui­dav­et par Claire Curt

Quel est votre parcours ?
J’ai suivi une for­ma­tion clas­sique de théâtre au Con­ser­va­toire nation­al de Toulon. Après une pre­mière troupe dans le Var, je suis mon­té sur Paris. J’ai joué beau­coup de clas­siques avec la com­pag­nie des Tréteaux de la Poterne. C’était intéres­sant et cela représen­tait une bonne base pour la suite mais je voulais aller au-delà du théâtre clas­sique et explor­er de nou­veaux auteurs, ce que j’ai pu faire ensuite en jouant du théâtre con­tem­po­rain aus­si bien au Guichet Mont­par­nasse qu’aux Amandiers de Nanterre !

C’est à ce moment que le théâtre musi­cal intervient ?
Oui. J’y entre par acci­dent. Cela a débuté par un stage sur « la revue » au CDN du Cam­pag­nol. J’avais pris quelques cours de chant aupar­a­vant mais je ne m’étais jamais dit que je pour­rais chanter et inter­préter des per­son­nages ain­si. J’ai ensuite par­ticipé à un spec­ta­cle d’Oscar Sis­to, Boule­vard du Musi­cal, avec des repris­es de Star­ma­nia, des Demoi­selles de Rochefort, etc. Je me suis aperçu qu’il était très grat­i­fi­ant et épanouis­sant de faire du spec­ta­cle musi­cal. La ren­con­tre avec Stéphane Ly-Cuong et ma par­tic­i­pa­tion à son court-métrage Par­adis­co ont été déter­mi­nantes. Je me suis retrou­vé au cœur de ce petit monde de la comédie musi­cale. De là sont nés les spec­ta­cles avec Stéphane, à com­mencer par Les Nou­veaux Roman­tiques, mais aus­si Anges et Démons, Créa­tures, etc. Tout s’est enchaîné.

Quelle est l’expérience qui vous a le plus marqué ?
Sans doute Créa­tures pour dif­férentes raisons. Pour ce spec­ta­cle, aujourd’hui qual­i­fié de culte, j’ai dû appren­dre le texte en quelques jours et jouer sans répéti­tion. Même si je n’ai pas dor­mi durant plusieurs nuits, cela a représen­té un chal­lenge mag­nifique. Et j’ai adoré jouer ces per­son­nages : la Mort trop sym­pa­thique, le Dia­ble, le vam­pire neurasthénique…

Vous avez une actu­al­ité chargée. Pou­vez-vous nous dire quelques mots sur la reprise de Grease ?
Je suis ravi de retrou­ver l’équipe ain­si que les petits nou­veaux qui nous ont rejoints. Je vais repren­dre deux rôles que j’aime beau­coup. Vince Fontaine et Teen Angel ne sont pas des per­son­nages prin­ci­paux. On les voit peu mais ils réus­sis­sent à mar­quer le pub­lic. Je pense que mon inter­pré­ta­tion a été nour­rie par les rôles « remar­quables » que j’ai joués avant,  notam­ment dans Créa­tures, juste­ment. Du coup, j’ai ten­dance à créer des per­son­nages hors du com­mun, extrav­a­gants, décalés.

Vous enchaînerez avec Cabaret Terezin ?
Le Théâtre Marigny nous accueille à par­tir du 7 févri­er dans la grande salle, avec une ver­sion un peu dif­férente, une nou­velle scéno­gra­phie. Cabaret Terezin relate l’histoire d’Alexander Waechter dont l’oncle a été empris­on­né à Terezin parce qu’il avait épousé une Juive. Il remonte le fil de l’his­toire famil­iale et se rend compte du foi­son­nement artis­tique du lieu à tra­vers ces chan­sons, sketch­es, poèmes écrits dans des con­di­tions indignes. Le spec­ta­cle rend hom­mage à ces gens dis­parus – sur 120 000 pris­on­niers, moins de 10 000 en ont réchap­pé — et à la vie, plus forte que tout. Mon rôle est de racon­ter l’histoire : d’abord l’histoire famil­iale d’Alexander Waechter et, au-delà, la Grande Histoire.
C’est un spec­ta­cle impor­tant. Le pub­lic est assez aba­sour­di par le cynisme d’un camp où les Nazis avaient réal­isé un film de pro­pa­gande, « La ville dont le Führer a fait cadeau aux Juifs », à la gloire de ce lieu mag­ique où tout le monde sem­blait heureux. Vous pou­vez voir quelques min­utes de ce film durant le spec­ta­cle. C’est sai­sis­sant. Cer­tains spec­ta­teurs ont du mal à croire ce qu’ils voient. Les chan­sons qui con­stituent le spec­ta­cle ont été écrites à Terezin par les pris­on­niers et sont mag­nifiques d’émotion. Le Cabaret Terezin a encore beau­coup de gens à touch­er. Nous n’en sommes qu’au début.

Pou­vez-vous nous par­ler de L’Hôtel des Roches Noires ?
C’est une créa­tion de Françoise Cadol et Stéphane Corbin et c’est très agréable d’être au début d’une aven­ture comme celle-là, d’être aus­si bien entouré. J’ai un joli rôle : un fan­tôme mort mais qui veut vivre à tout prix encore et encore. Il souhaite égale­ment réha­biliter l’hôtel qui a été le cadre de belles his­toires dans sa jeunesse. Plusieurs fan­tômes vont ten­ter de don­ner le goût de la vie au héros, inter­prété par Alexan­dre Bon­stein. Le moteur de tous ces per­son­nages, c’est l’amour. Ce spec­ta­cle devrait être à l’affiche en 2010–2011. Il me sem­ble impor­tant de pré­cis­er que Diva nous a offert un sou­tien con­sid­érable. C’est un réseau essen­tiel, qui mérit­erait vrai­ment d’être soutenu, avec des aides publiques.

Et Vilaines filles, mau­vais garçons ?
Vous pour­rez décou­vrir ce spec­ta­cle dans sa ver­sion défini­tive au mois de mars, au Petit Saint-Mar­tin. Il s’agit de vari­a­tions autour des œuvres de Gains­bourg, pre­mière péri­ode. On voit des per­son­nages au car­ac­tère bien trem­pé évoluer sur la carte du ten­dre, à tra­vers leurs pas­sions, leurs désirs. On y retrou­ve la pat­te de Stéphane Ly-Cuong, sa sen­si­bil­ité, son élé­gance. Mon per­son­nage est intéres­sant à jouer car il a l’air sûr de lui, sans l’être. A l’exception d’une scène où il se lâche, il a plusieurs facettes à jouer mais tou­jours en subtilité.

Com­ment envis­agez-vous la suite de votre carrière ?
Con­cer­nant le théâtre musi­cal, le fait de ne pas appartenir à une famille mais à plusieurs est un grand priv­ilège. J’aimerais bien tra­vailler avec Jean Lacorner­ie ou Jean-Louis Mar­tinel­li au théâtre ; il y a aus­si la nou­velle généra­tion  de créa­teurs comme Julien Salvia, Ludovic-Alexan­dre Vidal qui est à suiv­re avec atten­tion… Mais si je fais ce méti­er, c’est pour une diver­sité de propo­si­tions. J’ai des envies de théâtre pur, de ciné­ma, de télévi­sion, etc. Mon tes­ta­ment stip­ule d’ailleurs qu’il sera écrit : « il est né éclec­tique, a vécu éclec­tique, est mort éclectique ! »

C’est bien­tôt le moment de faire des vœux. Quels sont les vôtres pour la prochaine décennie ?
—    Jouer le père de Cécil­ia Cara.
—    Jouer l’oncle de Dan Ménasche.
—    Jouer le demi frère de Liza Michael.
—    Tra­vailler avec Jean-Luc Revol.
—    Jouer dans un film de James Gray.
—    Jouer dans la ver­sion française de Sun­day In The Park With George, de Sond­heim. C’est pour moi la plus belle œuvre sur le proces­sus de créa­tion. Juste sublime.