Not’en Bulles 2008 — 16e édition pour ce festival musical

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Not'en Bulles 2008 ©DR
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Que pro­pose Not’en Bulles pour cette nou­velle édi­tion et quels sont les points forts de cette manifestation ?
Nous sommes tou­jours très atten­tifs à mélanger les gen­res, à pro­pos­er les formes les plus divers­es de théâtre musi­cal et à ten­ter d’in­téress­er, séduire, émou­voir un pub­lic le plus large pos­si­ble. Le cabaret des hommes per­dus, de Siméon, Laviosa et Revol, est pour moi, en comédie musi­cale, l’une des créa­tions récentes la plus drôle et la plus boulever­sante à la fois, avec des comé­di­ens chanteurs qui ont une très belle et forte per­son­nal­ité. Autre créa­tion con­tem­po­raine: Cap­i­taine Olivi­er, de l’au­teur croate Radovan Ivsic, sera présen­té sur un bateau sur le vieux port, par une jeune com­pag­nie très promet­teuse menée par Marc Sol­l­o­goub. Côté « lyrique », j’ai choisi de met­tre en scène un opéra peu con­nu de Ben­jamin Brit­ten: L’arche de Noé. Brit­ten fait par­tie de ces rares com­pos­i­teurs qui ont « démoc­ra­tisé » l’opéra et qui a inven­té de nom­breuses nou­velles formes en allant jouer avec sa troupe dans d’autres lieux que les théâtres. Ain­si ce spec­ta­cle sera joué dans l’église St Gildas d’Au­ray, large­ment trans­for­mée pour l’oc­ca­sion ! C’est un « grand » spec­ta­cle avec 30 musiciens,une cen­taine d’en­fants dont les solistes de la maîtrise de Sainte Anne d’Au­ray, et qua­tre solistes adultes. La chan­son et le cabaret sont égale­ment présents, avec entre autres Khalid K et La crevette d’aci­er… et puis… plein d’autres choses à décou­vrir en qua­tre jours intenses !

Quel bilan tirez-vous de l’édi­tion 2007 ?
Le quinz­ième fes­ti­val l’été dernier a été pour toute l’équipe une for­mi­da­ble récom­pense après tant d’an­nées d’in­vestisse­ment et de tra­vail (bénév­ole !) sans relâche… Nous avons bat­tu tous nos records de fréquen­ta­tion, en accueil­lant près de 8 000 spec­ta­teurs sur 4 jours, dans une petite ville de 12 000 habi­tants ! Le pub­lic était ent­hou­si­aste, toutes les généra­tions étaient là, mélangées, heureuses, émues… Le pari fou de présen­ter un spec­ta­cle poé­tique avec musique con­tem­po­raine a été gag­né devant près de 800 spec­ta­teurs, ce qui était par­faite­ment inimag­in­able dans les pre­mières années du fes­ti­val. On a dan­sé et chan­té dans les rues, y com­pris au pied des HLM… Bref, la cul­ture comme on l’aime : sim­ple, directe, généreuse… com­plic­ité, partage, fête… sans rien nég­liger sur la qual­ité des propo­si­tions artis­tiques et en don­nant du fond à la forme.

Que représente à vos yeux le théâtre musical ?
Si l’on con­sid­ère la manière dont il agit sur le pub­lic, en sché­ma­ti­sant, on pour­rait dire que les mots par­lent à la rai­son et la musique au coeur… Le chant, la musique touchent tout de suite à la par­tie émo­tive du spec­ta­teur. C’est bien pour ça que Brecht s’en méfi­ait telle­ment et se bat­tait pour que son théâtre par­le d’abord au juge­ment, forçant le spec­ta­teur à réfléchir, analyser, pren­dre par­ti. Pour ma part — grand « hyper­sen­si­bleé­mo­tifcoeur­d’ar­tichaud » que je suis — c’est par le chant et la musique, par l’é­mo­tion d’abord, que mon esprit se met à bouil­lon­ner ! La rai­son froide, ana­ly­tique, dépourvue d’af­fect me laisse un peu frus­tré… et les nom­breux spec­ta­teurs qui vont voir un opéra, une comédie musi­cale, sont sans doute un peu dans ce cas. Com­ment ne pas être boulever­sé après une belle représen­ta­tion d’un opéra de Mozart et n’en dit-il pas autant sur la con­di­tion humaine et sur la lutte des class­es, comme dans Figaro qu’un Brecht ? Le Figaro orig­i­nal de Beau­mar­chais, sans musique, est joué beau­coup moins sou­vent, doit-on y voir un signe ?

Je dirais égale­ment que Kan­der et Ebb ont trou­vé bril­lam­ment une suite au tra­vail de Brecht et Kurt Weill. A l’in­verse, on peut penser qu’un Puc­ci­ni, dans cer­taines de ses oeu­vres, ou que cer­tains com­pos­i­teurs de comédies musi­cales actuelles nous enlisent peut être un peu trop dans le pathos et la guimauve.

A vos yeux, com­ment évolue le théâtre musi­cal français ?
C’est évi­dent, et réjouis­sant de voir que la sit­u­a­tion actuelle n’a plus rien à voir avec celle que nous avions quand nous avons créé le fes­ti­val il y a quinze ans… Même si cer­tains pro­gram­ma­teurs et spec­ta­teurs ont encore des préjugés tenaces , la diver­sité et la richesse des créa­tions actuelles ont réus­si à faire éclater bien des murs!! La « grande expo­si­tion musi­cale » DIVA a mon­tré récem­ment que le genre n’é­tait pas for­cé­ment un « sous pro­duit com­mer­cial » sans âme. D’autres fes­ti­vals partout en France pro­posent des créa­tions orig­i­nales devant un pub­lic de plus en plus nom­breux. Et les « théâtreux » purs et durs se sont mis à la « trans­ver­sal­ité » des arts, théâtre et cirque, théâtre et mar­i­on­nette, et … théâtre chan­té. En revanche, il y a encore pas mal de tra­vail à faire pour faire chanter les comé­di­ens et jouer les chanteurs. J’ai le sen­ti­ment que l’en­seigne­ment français (insti­tu­tion­nel ou privé) sem­ble lorgn­er de plus en plus sur l’Alle­magne et l’An­gleterre et s’in­spire de leurs méth­odes, alors on est sur la bonne voie ? En tout cas nous sommes fiers d’avoir été avec l’équipe d’Or­phée Théâtre, notre com­pag­nie, par­mi les « pio­nniers » de cette aven­ture du musi­cal… et les pro­jets ne man­quent pas pour les quinze années à venir !