
Quel est votre parcours artistique ?
J’ai démarré dans les années Jack Lang par du théâtre de rue, en banlieue, dans les villes nouvelles. On faisait des spectacles absolument dingues, saltimbanques à la mode Zingaro. Je touchais déjà à tout à l’époque : comédie, chant et photo. Des groupes de jazz, je suis passée aux groupes de rock, puis j’ai cassé la voix et suis passée dans un registre plus lyrique. La suite, c’est le conservatoire, les écoles de théâtre et la chance incroyable de côtoyer des professeurs comme Alain Maratrat et Bruce Myers (tous deux ont travaillé pour Peter Brook) et Anne Alvaro.
Votre premier souvenir de scène ?
D’aussi loin que je puisse me souvenir, j’ai fait de la scène. Déjà avec mes camarades de théâtre de rue, on allait régulièrement « répéter une scène ». Pour une artiste typée eurasienne comme moi, il y a bien peu de place à la télévision et au cinéma à part un rôle dans Filles perdues, cheveux gras, mon seul film alors que les planches m’offraient des possibilités infinies, sans stéréotype ; j’ai même joué Lady Macbeth et Les Liaisons Dangereuses. Plus récemment, j’étais la doublure de De Palma dans Le Chanteur de Mexico au Châtelet, mais je n’ai jamais eu à la remplacer… Heureusement pour elle ? (rires) Dans ce même théâtre, j’étais choriste dans Candide et Véronique. C’est souvent pour ma double compétence de comédienne et chanteuse que l’on m’engage et ça tombe bien, c’est exactement ce qui me plaît.
Dans votre conception artistique, donc, théâtre et musique vont de pair ?
Disons que j’ai commencé ma carrière au Théâtre Baroque de France, faisant revivre un style où les textes alternent avec les ballets, comme du temps de Molière. J’aime l’association, voire le mélange des deux. Un de mes genres favoris est le méli-mélodrame, quand un texte est parlé sur une musique pour laquelle il a été spécialement conçu. C’est un art qui tire sa saveur de la précision de la synchronisation, le fusionnel entre texte et musique. C’est aussi au Théâtre Baroque de France que j’ai rencontré Nathalie Van Parys, créatrice avec Lise Martin d’Une Fille en Or. Ce spectacle glisse aisément du texte parlé à la chanson dansée, quasiment à l’improviste, ce qui, vous l’aurez compris, m’enchante !
La fille en or du spectacle, c’est vous ?
D’un point de vue artistique et comique, c’est certainement moi ! Je me sens parfaitement à l’aise dans ce personnage à la limite de l’absurde évoluant dans un monde plein de surprises. Les nombreuses chansons d’un répertoire éclaté des années 30 aux années pop jaillissent sans crier gare, de très loin par rapport au contexte direct de l’histoire. Cela me fait penser aux situations parfois cocasses de la vie réelle, un voyage avec les barges mélomanes dans le métro parisien par exemple (rires). En tout cas, cet effet spontané est le fruit d’un travail rigoureux de toute la troupe, de virtuoses, car l’intégralité du spectacle est chorégraphié telle une belle mécanique. Vu la qualité du résultat, je suis certaine que le spectacle de Nathalie Van Parys est parti pour durer, comme le précédent [NDLR : Comme de bien entendu].