Music-Hall (Fragments)

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D’après l’oeu­vre de Jean-Luc Lagarce
Mise en scène : Sophie Gazel
Avec Lau­rence Guatarbes, Yves Buchin et Pablo Contestabile.

C’est l’his­toire de trois artistes qui vont de ville en ville pour jouer leur spec­ta­cle et gag­n­er leur vie autant qu’il leur est pos­si­ble mal­gré les con­di­tions mis­érables qu’ils ren­con­trent dans chaque lieu qui les accueille. Au fil de leur réc­i­tal de Boléro et de Tan­go, ils témoignent de leur vie, de la pré­car­ité des tournées et de cer­tains épisodes intimes de leur existence.

Ce cinquième spec­ta­cle de la com­pag­nie fran­co-argen­tine Théâtre Organ­ic est d’une rare élé­gance. Il réus­sit à met­tre en scène ce mys­tère qui est celui des artistes de la scène, prêts à tous les com­pro­mis et tous les sac­ri­fices pour être ne serait- ce que quelques instants sur scène dans la lumière sous le regard du pub­lic. Les per­son­nages de ce Music-Hall sont pathé­tiques mais ils por­tent une parole, celle d’une foi dans le théâtre et d’un amour indé­fectible pour lui. C’est pourquoi l’on s’at­tache très rapi­de­ment à la Fille et ses deux Boys, qui nous con­fient leurs anec­dotes théâ­trales et intimes.
Cela est d’au­tant plus pronon­cé que le cadre excep­tion­nel de la Bou­ton­nière per­met une promis­cuité qui per­met au pub­lic de se retrou­ver au coeur même du dis­posi­tif dra­ma­tique et scénique, un cabaret d’un autre temps, qui représente à tra­vers ce lieu, le théâtre de tous les possibles.
Le jeu des trois comé­di­ens, Lau­rence Guatarbes, Yves Buchin et Pablo Con­testa­bile sonne juste et leur com­plic­ité évi­dente ren­force cette notion de troupe qui se pro­tège der­rière des morceaux de tan­go afin de démon­tr­er une cer­taine dig­nité dans la lucid­ité de leur drame.
Même si le décalage entre le jeu sta­tique de La Fille et l’oc­cu­pa­tion judi­cieuse de l’e­space scénique par ses Boys dans la dernière par­tie de l’ou­vrage est peut-être un peu trop fla­grant, don­nant ain­si l’im­pres­sion d’as­sis­ter à une brève de comp­toir, le désen­chante­ment des per­son­nages face à leur des­tin n’en est que plus évident.