Mon frigo me trompe (Critique)

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De Rémi Cotta
Avec Rémi Cot­ta, Luc-Emmanuel Betton
Mise en scène : Miguel Ange Sarmiento
Musique : Ste­fan Corbin

« Je suis sûre que ma beauté intérieure sent aus­si mau­vais que celle de n’im­porte qui! surtout après une bonne choucroute… »

Lau­ra se lève tous les matins avec un appétit féroce.

Depuis tou­jours, elle con­fond amour et gour­man­dise, haine et ren­vois gas­triques. Trahie par tous, même par son fri­go, elle croit encore pou­voir être aimée pour ce qu’elle est.

Seuls ses rêves lui don­nent le courage d’aimer et de vivre nor­male­ment sa con­di­tion de jeune femme obèse dans un corps qui se réveille à la sexualité.
Entre rêve et réal­ité, son his­toire se nour­rit des rap­ports tox­iques qu’elle entre­tient avec Jean, l’homme qu’elle aime, avec sa mère Bernadette…Jusqu’au cauchemar.

Dans un dia­logue chan­té et par­lé où elle donne vie à ces per­son­nages, Lau­ra libère son âme avec humour et légèreté; tout en dénonçant la cru­auté dont elle est vic­time dans une société dic­tée par les normes…

Notre avis :
Déli­cieuse­ment représen­tée sous la forme d’un croise­ment entre Mrs Doubt­fire (pour la pos­tiche biben­dum), Car­men Mau­ra (pour la per­ruque) et Mar­i­lyn Mon­roe (pour le désha­bil­lé froufroutant), Lau­ra est décidé­ment un drôle de per­son­nage ! Et on salue la très belle et très physique per­for­mance de Rémi Cot­ta (qui a signé le roman éponyme dont est extrait ce spec­ta­cle musi­cal), élégam­ment engoncé dans sa com­bi­nai­son de mousse, et dont la voix se plie, en chan­sons ou en mono­logues, à toutes les nuances et toutes les car­ac­téri­sa­tions que requièrent les dif­férentes situations.

On salue égale­ment l’investissement clow­nesque de Luc-Emmanuel Bet­ton qui, depuis son piano ou à l’avant-scène, campe avec beau­coup de vivac­ité et force mim­iques toute une série de per­son­nages, dragueurs mis­érables, repous­sants voire cru­els, qui peu­plent la vie de Lau­ra. Men­tion par­ti­c­ulière au por­trait du petit frère de Lau­ra, ado cradingue qui se mas­turbe d’une main et dont l’autre ne lâche la manette de sa con­sole que pour « se grat­ter l’cul ».

Pris­es indi­vidu­elle­ment, cer­taines scènes ne man­quent pas de tru­cu­lence : quelques répliques qui font mouche, de bons mots, des acces­soires éton­nants, des sit­u­a­tions cocass­es, des per­son­nages pit­toresques, des invec­tives impromptues con­tre le pub­lic… Pour­tant, mis­es bout à bout, elles se suc­cè­dent de façon trop abrupte et souf­frent de red­ites : l’histoire de cette jeune fille trop boulotte nous emmène dans ses rêves, ses névros­es, son fri­go, son coup d’foudre, sa nais­sance, ses rela­tions avec sa mère, ses ten­ta­tives dés­espérées d’épanouissement sex­uel, ses orgasmes, etc. On finit par tourn­er en rond ou avoir une impres­sion de déjà vu, et on ne sait par­fois plus très bien s’il faut con­tin­uer de rire ou non, surtout au vu de la tour­nure de plus en plus cru­elle que pren­nent les événe­ments et du cauchemar final tout à fait inat­ten­du, qui tend (mal­heureuse­ment ou est-ce l’effet voulu ?) à anéan­tir toute la légèreté accu­mulée jusque-là.

Musi­cale­ment, on nous donne à enten­dre des har­monies et des rythmes qu’on a déjà l’impression d’avoir enten­dus ailleurs, mais, somme toute, effi­caces et qui ser­vent les divers­es sit­u­a­tions. Si plusieurs des textes des chan­sons ont le mérite d’être savam­ment agencés et de sus­citer l’écoute, on regrette trop sou­vent leur vul­gar­ité pronon­cée, que la mise en scène accentue (faut-il, par exem­ple, vrai­ment envoy­er de la crème fraîche sur scène quand on nous décrit une éjaculation ?).