Mistinguett, le making of — Les coulisses de la Miss

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Liliane Montevecchi dans Mistinguett © ZAZ Etoiles
Lil­iane Mon­tevec­chi dans Mist­inguett © ZAZ/Etoiles
Dans la loge de Lil­iane Mon­tevec­chi, qui répète ses répliques avec Jean-Marc Thibault, une voix reten­tit « tous les artistes sur le plateau, mer­ci ! ». Mal­gré un rythme intense (les répéti­tions ont lieu de 15h30 à 23h30, avec une coupure pour dîn­er), les acteurs dis­pos arrivent en petits groupes. Salu­ta­tion du maître de céré­monie, Jérôme Savary, qui dirig­era les opéra­tions. Il débor­de d’idées. Les déco­ra­teurs arrê­tent de clouer les derniers pans du décor lorsque toute la troupe se met en place pour répéter le final. Gérard Daguerre et ses musi­ciens débu­tent « C’est vrai » alors que se décou­vre l’escalier du Casi­no de Paris. 11 march­es, pas plus, « mais c’est large­ment suff­isant pour se cass­er la fig­ure !  » lance Lil­iane dans un éclat de rire dont elle a le secret et qui fait s’esclaf­fer toute la salle.

Tim­ing impeccable 
Le décor, très ingénieux, est bâti sur une tour­nette. En piv­otant, ce procédé per­met de décou­vrir soit la loge de Miss, la scène du Casi­no, les couliss­es ou même une rue de Paris. Pas de perte de temps, Jérôme Savary a le sens du rythme: avant même que le décor change une nou­velle scène débute. Il faut, bien enten­du, recom­mencer plusieurs fois pour que comé­di­ens et tech­ni­ciens trou­vent leurs marques.
Ce qui frappe d’emblée dans cette répéti­tion, c’est bien de voir naître une véri­ta­ble comédie musi­cale. En effet, Jean-Marc Thibault, Ginette Garcin, Nina Savary et Lil­iane pos­sè­dent tous le sens du tim­ing indis­pens­able pour ce genre de pro­duc­tion. Gérard Daguerre, comme il l’a fait pour Irma la douce, a prévu des phras­es musi­cales inspirées des chan­sons de Mist­inguett ou spé­ciale­ment com­posées pour l’oc­ca­sion, qui vien­nent ren­forcer cer­taines sit­u­a­tions. Ses arrange­ments, très swing, con­vi­en­nent par­faite­ment à la nature de leurs inter­prètes. Tout comme le créa­teur des cos­tumes, Michel Dus­sar­rat, Gérard Daguerre sait insuf­fler un nou­veau son à des oeu­vres anci­ennes sans les déna­tur­er, avec un pro­fond respect.

Dans les couliss­es, les nom­breux cos­tumes de la Miss sont sage­ment pen­dus sur le por­tant. Michel Dus­sar­rat explique com­bi­en la robe et la tiare du dernier tableau ont demandé un minu­tieux tra­vail: « toutes ces aigrettes sont cousues une par une. Cette tiare est le fruit du tra­vail de qua­tre arti­sans ». Les couleurs choisies, la forme des vête­ments pour tous les comé­di­ens, prou­vent le grand tal­ent de cet artiste multidisciplinaire !

Jérôme Savary avec l’aide de Lau­rence Bru­ley, a conçu les décors : « cela me per­met d’avoir une idée pré­cise de ma mise en scène. En réfléchissant à ce décor, je pense déjà à ce qui va s’y pass­er, où tel comé­di­en entr­era, com­ment je fini­rai telle scène ». Son inspi­ra­tion, il avoue l’avoir puisée du côté du ciné­ma : « avec cette tour­nette, je peux traiter presque deux scène à la fois. Par exem­ple ce qui se passe sur la scène du Casi­no et dans les couliss­es. » Très atten­tifs, les acteurs se con­cen­trent sur les direc­tions du met­teur en scène qui, par­fois, par­le à de nom­breuses per­son­nes simul­tané­ment ! Lil­iane insiste pour que des chais­es soient rajoutées devant la fos­se d’orchestre « sinon je ne peux pas sen­tir la salle, et j’ai besoin du con­tact avec le pub­lic ». Jérôme acqui­esce : vite instal­lées ce com­plé­ment inter­vient autant en faveur du décor que du public !

Ginette Garcin et Jean-Marc Thibault et une débu­tante nom­mée… Savary 
Ginette Garcin, divine dans le per­son­nage d’Ernes­tine, l’ha­billeuse-con­fi­dente de Miss, monte sur le plateau, cla­que­ttes aux pieds. « Il faudrait arranger le sol : ça glisse trop ». Elle épate tout le monde avec un numéro de cla­que­ttes très au point; décidé­ment cette femme sait tout faire. Avec une aisance remar­quable, tran­quille­ment, presque sans y penser, elle passe du chant à la comédie. A coup sûr les spec­ta­teurs vont la redé­cou­vrir. De plus, elle parvient à ne pas ren­dre car­i­cat­ur­al un per­son­nage décrit comme très porté sur la bouteille.

Change­ment d’at­mo­sphère avec Lily, inter­prétée par Nina Savary qui rêve un jour de rem­plac­er Mist­inguett. Ce per­son­nage teinte l’oeu­vre d’un mor­dant à la All About Eve. Avec son beau vis­age et sa superbe voix, la jeune actrice inter­prète à mer­veille plusieurs chan­sons comme « Pars », dans laque­lle elle met toute son âme.

Dans la séquence de séduc­tion entre Jacques Marc­hand, un acteur de ciné­ma qui doit épouser la Miss, et la star, Antonin Mau­rel se prend pour Fred Astaire. Il impro­vise des pas acro­ba­tiques en sautant sur une chaise, voilà qui plaît à Jérôme Savary… Les musi­ciens sont plus inqui­ets lorsque Antonin tente un numéro avec une canne qui finit par­fois dans la fos­se. Après avoir répété dans d’autres locaux toutes les choré­gra­phies, Jean Moussy, qui a déjà tra­vail­lé avec le met­teur en scène pour Cabaret, rec­ti­fie les pas des girls et des boys en fonc­tion du décor. Habitué du cabaret, créer une choré­gra­phie inspirée de la revue ne lui pose aucun problème.

Même si les coups de gueule sont fréquents, Savary est comme un père pour sa troupe « les enfants, s’il vous plaît, on se remet en place pour le tableau final et, tiens Volter­ra, viens donc chanter un petit refrain sur l’a­vant-scène de façon à don­ner à Lil­iane le temps de se chang­er ». Volter­ra, c’est Jean-Marc Thibault. Il vient juste de répéter sa chan­son avec l’orchestre et se mon­tre un peu timide. Quelques essais plus tard, le comé­di­en est dans le ton et la sauce prend. Lorsqu’une scène devient flu­ide, quand tout est bien réglé, le sourire qui illu­mine son vis­age est une vraie récom­pense pour les artistes. Il garde mal­gré tout tou­jours un sour­cil inter­ro­ga­teur, prêt à remet­tre en cause un détail pour attein­dre ce qu’il con­sid­ère comme « juste ».
23h10, toute la troupe reste très con­cen­trée pour répéter à nou­veau le final. « C’est vrai » reten­tit, Lil­iane descend l’escalier plus glam­our que jamais. Un pont musi­cal est amé­nagé pour per­me­t­tre à Lily et Jacques Marc­hand d’échang­er quelques répliques, le calage du texte avec la machiner­ie pose des soucis vite réso­lus grâce au pro­fes­sion­nal­isme de cha­cun. Enfin, Miss tri­om­phe sous les applaud­isse­ments d’un pub­lic pour l’heure imag­i­naire, portée par deux boys. Lil­iane et Miss sont de nou­veau prêtes à con­quérir Paname.