Mistinguett, cent ans après, six jours avant…

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« Xavier mets moi de la lumière ! Jacques Charles, Voltera, vous êtes équipés ? Allez les amis, on la refait ! » La voix vient de réson­ner dans la pénom­bre. Des sil­hou­ettes s’agitent. Un pro­jecteur s’allume soudain, et des cuiv­res déchirent le calme appar­ent du Casi­no de Paris. C’est (re)parti. En ce ven­dre­di soir, la troupe de Mist­inguett recom­mence sa choré­gra­phie. Une nou­velle fois. La énième depuis le matin.

Mistinguett reine des années folles, en répétions (c) Anthony Ghnassia
Mist­inguett reine des années folles, en répéti­tions © Antho­ny Ghnassia

C’est ain­si depuis le 25 août, date à laque­lle les équipes du spec­ta­cle se sont instal­lées en rési­dence dans la salle parisi­enne, après trois semaines d’entrainements dans un gym­nase. 30 artistes et près de 70 tech­ni­ciens, qui tra­vail­lent pour peaufin­er le show, assem­blent tous les ingré­di­ents et répè­tent inlass­able­ment les tableaux de l’un des grands spec­ta­cles atten­dus de la ren­trée. Six jours sur sept de midi à 21heures. Il faut bien cela pour célébr­er celle qui don­na ses let­tres de noblesse au music-hall, épuisa au pas­sage choré­graphes et danseurs, et mit Paris à ses pieds. Et à six jours de la pre­mière, le rythme s’intensifie.

«Si cela ne tenait qu’à nous, on pro­longerait les répéti­tions plus tard le soir» avoue Gre­go­ry Benchenafi assis près de la con­sole lumière au milieu de la salle. Le comé­di­en est-il fatigué ? « Non ! Excité ! C’est mag­ique. On voit naitre le spec­ta­cle pro­gres­sive­ment. Les scènes se met­tent en place, les tableaux se créent sous nos yeux. Tout prend vie. Oui, c’est mag­ique».  Le comé­di­en ne résiste pas à l’envie de dévoil­er une par­tie de ses futurs cos­tumes créés et cousus sur mesure – man­teaux des années 20 et vestes esprit Mau­rice Cheva­lier–. Sous la pen­derie, une paire de chaus­sures de cla­que­ttes qu’il désigne dans un clin d’œil. Bien­v­enue au cabaret ! Pour l’heure, les plumes et le grand escalier n’ont pas encore fait leur appari­tion, mais la musique jazzy –saxo, ban­jo, cuiv­res– tran­spire déjà les années folles, la moder­nité en plus. «On s’éclate vrai­ment. Depuis un mois on a tous appris à se con­naître et l’ambiance est excel­lente. Y com­pris sur scène ; c’est vrai­ment agréable de tra­vailler avec François.»

François c’est François Chouquet.
Micro à la main, sautant de la scène à la salle, le met­teur en scène est l’homme-orchestre du pro­jet. Il faut dire qu’il con­nait son méti­er sur le bout des doigts. Col­lab­o­ra­teur de Robert Hos­sein, il a par­ticipé à la créa­tion de Dan­ton et Robe­spierre, des Mis­érables au Palais des Sports en 1980, avant d’œuvrer sur les Dix Com­man­de­ments et le Roi Soleil. L’homme coor­donne, coache, rabâche et… ras­sure lorsque le doute affleure à mesure que le jour J se rap­proche. «Il sait s’adresser aux artistes, s’adaptant au car­ac­tère de cha­cun. Quelle patience !» souf­fle Gre­go­ry.

Mistinguett reine des années folles, en répétions (c) Anthony Ghnassia
Mist­inguett reine des années folles, en répéti­tions © Antho­ny Ghnassia

« La mise n’est pas là ! » En pleine inter­pré­ta­tion, Cyril Romoli vient de s’interrompre. L’occasion pour tous de faire une courte pause. La lumière ral­lume la salle vide. « Ceux qui veu­lent aller boire un verre d’eau, c’est le moment. Jean Phil, tu te cales sur le dernier pont ? » Si les répéti­tions se font en par­tie sur bande-son, le spec­ta­cle béné­ficiera tous les soirs de la présence des musi­ciens sur scène. De quoi créer une vraie ambiance au show. «Cela lui don­nera une autre énergie. Une vraie spon­tanéité aus­si. Et per­me­t­tra des pas­sages de pure acous­tique. On est totale­ment dans le spec­ta­cle vivant» con­fie Albert Cohen. Le pro­duc­teur assiste à toutes les répéti­tions de Mist­inguett. Sans exception.

La voilà juste­ment. Mist­inguett. Car­men Maria Vega ter­mine quelques vocalis­es au milieu des décors avant d’entonner l’un des tubes du show « Je l’ai con­va­in­cu avec ma bouche ». « Jouer une femme de car­ac­tère, c’est tout moi ! » iro­nise-t-elle. À la voir évoluer au milieu de la dizaine de jeunes danseurs issus pour la plu­part de l’Académie Inter­na­tionale de Danse, le doute n’est plus per­mis ! En shorts, bas­kets et survêts, « ses » hommes se lan­cent autour d’elle dans des déhanche­ments sul­fureux et maîtrisés. Un soupçon de testostérone… une grande part de con­cen­tra­tion et des heures de travail.

Au milieu de la salle, atten­tif, Guil­laume Bor­dier observe métic­uleuse­ment cha­cun des pas. Ancien soliste de Roland Petit et de Mau­rice Bejart, choré­graphe des Opéras en plein air, on retrou­ve sa pat­te sur des défilés de haute cou­ture ou au Par­adis Latin. « C’est la pre­mière fois que je crée des choré­gra­phies pour tout un musi­cal. C’est très dif­férent et beau­coup plus com­pliqué. Dans des délais très ser­rés, il m’a fal­lu inven­ter des fig­ures pour tous les tableaux, faciliter leur inté­gra­tion dans le spec­ta­cle et les ren­dre har­monieuses avec les souhaits du met­teur en scène. Il a ses idées, j’ai les miennes. S’y ajoutent le jeu des comé­di­ens et leurs scènes chan­tées, tout doit être homogène».

« Stop, on arrête ! Qui a pris la chaise ici ? » François Chou­quet, à qui décidé­ment rien n’échappe, fait irrup­tion sur le plateau. « C’est un acces­soire les amis, ce n’est pas une chaise ! » La phrase provoque un fou rire général. « Allez, on s’y remet, reprenez vos repères ». Cha­cun retourne à sa place, la chaise reprend la sienne et la séquence repart. Orig­i­nal­ité du spec­ta­cle, cer­tains acces­soires de Mist­inguett n’ont pas eu à être fab­riqués de toutes pièces. Ce sont des orig­in­aux –cen­te­naires- dénichés ici ou là, qui décou­vrent une nou­velle vie.
Ce n’est pas le cas des cos­tumes. Der­rière le rideau, les danseuses procè­dent aux derniers essayages. De vrais-faux cos­tumes d’époque signés Frédéric Olivi­er qui font la part belle aux pail­lettes et aux plumes. Ça c’est Paris ! A l’image des revues, chaque tenue a été conçue de manière à faciliter les change­ments rapi­des. Elles sont encore manip­ulées avec minu­tie… Pour com­bi­en de temps ?

En bord de scène, manip­u­lant une carte à jouer, Fabi­an Richard échange avec un tech­ni­cien. Inutile de lui deman­der son état d’esprit, il se lit sur son vis­age qui affiche un large sourire. Les yeux pétil­lants, faux cig­a­re à la main, le voy­ou de Mist­inguett a vrai­ment été bien choisi. « On est heureux et surtout impa­tients d’y être. Avec les cos­tumes, les effets de lumière et les décors, ça promet ! » A peine le temps de la con­fi­dence, qu’il remonte sur le plateau. Dis­simulés der­rière un par­avent avec son com­père Cyril Romoli, ils plaisan­tent, déchainés, comme des gamins dans une cour d’école. Déjà près de trois heures que la troupe se dépense non-stop sur scène. Une voix se fait enten­dre der­rière le rideau de fil : « Mer­ci les amis c’est super. Mais allez, on la refait ! » 
Cent ans après, Mist­inguett n’a pas fini d’épuiser les hommes…

Mistinguett reine des années folles, en répétions (c) Anthony Ghnassia
Mist­inguett reine des années folles, en répéti­tions © Antho­ny Ghnassia

Mist­inguett- Reine des années folles
A par­tir du 18 sep­tem­bre 2014 au Casi­no de Paris
Mistinguett-lespectacle.fr

Retrou­vez les vidéos du show-case de Mist­inguett.