Miss Carpenter (Critique)

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Un spec­ta­cle co-écrit par Mar­i­anne James et Sébastien Marnier
Mise en scène : Éric-Emmanuel Schmitt et Steve Suissa
Avec Mar­i­anne James, Pablo Vil­lafran­ca, Bastien Jacque­mart et Romain Lemire.

Dix ans après Ulri­ka Von Glott de L’Ul­ti­ma Réc­i­tal, Mar­i­anne James incar­ne un nou­veau per­son­nage débridé et haut en couleurs, tail­lé à sa « démesure », à la fois baroque, tem­pétueuse et fan­tasque : Miss Carpenter !

Miss Car­pen­ter n’a pas l’âge de ses artères ; elle se voit tou­jours l’ac­trice belle et admirée qu’elle était.. au milieu du XXe siè­cle. Mais le temps et ses out­rages — et surtout la crise et les huissiers — l’oblig­ent un jour à sor­tir la Jaguar pour aller décrocher un rôle…
Chanter, danser, jouer la comédie, Miss peut tout faire ! Mais les audi­tions s’en­chaî­nent au rythme des refus et des humil­i­a­tions… Com­ment retrou­vera-t-elle la flamme qu’elle dit avoir lais­sée à Hol­ly­wood ? Le suc­cès sera-t-il à nou­veau au ren­dez-vous ? Pour Miss, tous les excès sont per­mis lorsque l’on par­le de son talent !

Notre avis : Diva d’un jour, diva tou­jours ! Et Mar­i­anne James, co-auteure du spec­ta­cle, n’est jamais mieux servie que par elle-même dans ce qui con­stitue prin­ci­pale­ment une suc­ces­sion de sketch­es des­tinés à met­tre en valeur ses mul­ti­ples tal­ents – ceux-là mêmes qu’elle avait révélés sous les traits d’Ulrika von Glotte – au gré, recon­nais­sons-le, d’une his­toire rel­a­tive­ment ténue. Après une car­rière à Hol­ly­wood qu’on imag­ine glo­rieuse, Andrée Car­pen­tier Miss Car­pen­ter, qua­tre-vingt-trois ans au comp­teur, « Best Actrice, Oscar nine­teen six­ty-sev­en », men­acée d’être radiée par son con­seiller Pôle-Emploi et de fait oblig­ée de courir les audi­tions à petit bud­get, impose sa sil­hou­ette, son abattage, son charisme, son verbe haut, sa repar­tie, sa voix lyrique et ses caprices.

Mal­gré une mise en scène plutôt effi­cace qui rend flu­ides les tran­si­tions entre la « vraie » vie de l’héroïne et celles de ses rôles – jusqu’à les con­fon­dre –, on n’échappe ni à quelques baiss­es de rythme, ni à quelques vul­gar­ités ou autres formes d’humour dis­cutable. Mais qu’importe : le grotesque des sit­u­a­tions, le piquant des répliques, une bonne dose de par­o­die et la vivac­ité des numéros musi­caux, plus quelques adress­es au pub­lic qui font mouche et autres clins d’œil à l’Ulti­ma Réc­i­tal, provo­quent sans peine les rires et instal­lent durable­ment la bonne humeur. Du coup, l’émotion inhérente à des sujets plus graves, comme la vieil­lesse ou la dif­fi­culté à trou­ver un emploi, ne fait qu’affleurer au cours de la soirée.

Plus qu’un sim­ple faire-val­oir, le trio d’hommes qui entoure Miss (Bastien Jacque­mart, Romain Lemire et Pablo Vil­lafran­ca) se mon­tre impec­ca­ble de bout en bout, tour à tour toy boys ou domes­tiques pré­posés aux bruitages, mais faisant aus­si la part belle au jeu et révélant la per­son­nal­ité de chacun.

Un spec­ta­cle drôle et enjoué qui ravi­ra les fans de Mar­i­anne James mais pas seulement.