Miranda Crispin, une Américaine à Paris

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Miranda Crispin (c) DR
Miran­da Crispin © DR

Près de trois ans après la créa­tion de AMT Live Paris, quel est votre bilan ?
Depuis notre créa­tion en 2012, les artistes d’AMT Live ont vrai­ment été ravis de pou­voir partager notre pas­sion pour le théâtre musi­cal améri­cain à Paris. L’association a pu pro­mou­voir de rich­es échanges cul­turels à tra­vers nos man­i­fes­ta­tions ou grâce à la pro­duc­tion de nos spec­ta­cles de genre “Off-Broad­way” joués entière­ment en anglais par des artistes vivant à Paris (anglo­phones et fran­coph­o­nes) — notam­ment Edges, The Last Five Years et Songs for a New World — ou par les for­ma­tions, les ren­con­tres et les cours de notre Stu­dio AMT.
En tant qu’organisme de for­ma­tion, nous sommes spé­cial­isés dans la for­ma­tion pluridis­ci­plinaire et inté­grée de théâtre musi­cal et ani­mons des cours de comédie musi­cale, des for­ma­tions per­son­nal­isées pour les artistes pro­fes­sion­nels, ain­si que des cours par­ti­c­uliers et mas­ter class­es inten­sives ani­mées par nos artistes-en-rési­dence et par nos col­lègues venant de Broad­way (Adam Kan­tor, Carmel Dean, Benj Pasek et Justin Paul) et du West End (David Gar­diner). Nous ani­mons égale­ment des ren­con­tres pour artistes et avons lancé une soirée men­su­elle “Open Mic“ pour inviter les pas­sion­nés de comédie musi­cale à partager leur tal­ent, leurs com­po­si­tions et leurs pro­jets dans une ambiance ouverte et chaleureuse.

Quels sont vos objec­tifs avec cette structure ?
Les objec­tifs de notre asso­ci­a­tion sont d’introduire, de pro­mou­voir et de pro­duire du théâtre musi­cal améri­cain en France, d’offrir des for­ma­tions pro­fes­sion­nelles pluridis­ci­plinaires aux artistes vivant en France et de créer des liens et des échanges cul­turels entre les pro­fes­sion­nels du spec­ta­cle vivant en France et aux USA.
Nous souhaitons con­tin­uer à dévelop­per des échanges cul­turels autour de la comédie musi­cale, créer des oppor­tu­nités pro­fes­sion­nelles et éduca­tives dans un cli­mat de générosité et d’ouverture dans lequel les artistes se sou­ti­en­nent dans leurs pro­jets, leurs rêves et leurs envies artistiques.

Pou­vez-vous nous par­ler des soirées Open Mic ?
Depuis la créa­tion de l’association en 2012, nous avons organ­isé des « Open Mic ». Le pre­mier était unique­ment acces­si­ble sur invi­ta­tion pour les pro­fes­sion­nels du spec­ta­cle. Nous voulions créer un lieu d’échange pour les pro­fes­sion­nels à Paris. Un peu plus tard, nous avons souhaité ouvrir cette oppor­tu­nité au grand pub­lic, comme cela se fait déjà à New York. Nous avons donc organ­isé des Open Mic en deux­ième par­tie de soirée, à la fin de nos Cabarets Con­certs et Show­cas­es pour ouvrir la scène à tout le monde.
Quand nous avons estimé qu’il était pos­si­ble de lancer une soirée scène ouverte à part entière dédiée à la comédie musi­cale, nous avons choisi le pre­mier lun­di de chaque mois. Le principe con­siste à ouvrir la scène à tous, de manière fun et déten­due, afin qu’ils puis­sent présen­ter le morceau de comédie musi­cale de leur choix : il y a un micro et bien évidem­ment un pianiste qui se fait une joie de déchiffr­er à vue pour les accom­pa­g­n­er. Au cours de ces soirées, on peut crois­er aus­si bien des pro­fes­sion­nels qui jouent actuelle­ment à Mogador ou à Bobi­no, des élèves de l’ECM et du Stu­dio AMT, des invités venant de Broad­way ou du West End ou tous sim­ple­ment des ama­teurs tal­entueux et pas­sion­nés de comédie musicale.
Cet été les Open Mic sont en pause mais ces soirées repren­nent bien sûr à la rentrée.

En tant qu’Améri­caine, quel regard portez-vous sur le théâtre musi­cal français ?
Ce qui me touche et me pas­sionne par­ti­c­ulière­ment dans le spec­ta­cle vivant et ce, quels que soient le genre, le style ou l’origine, c’est que nous avons la chance de pou­voir, l’espace d’un instant, trans­porter un pub­lic, l’inspirer, l’encourager à se pos­er des ques­tions sur la vie et sur le monde qui l’entoure. Il est vrai cepen­dant que j’ai pu remar­quer que ces spec­ta­cles étaient par­ti­c­ulière­ment influ­encés par la cul­ture dans laque­lle ils sont créés.
Je suis pas­sion­née et fascinée par la cul­ture française et je suis donc par­ti­c­ulière­ment atten­tive à l’intégration de cette cul­ture et de la langue française dans le spec­ta­cle musi­cal qui intè­gre à la fois la musique, la danse et le théâtre.
Les œuvres du théâtre musi­cal qui me par­lent le plus actuelle­ment sont des spec­ta­cles (français, améri­cains ou autres) où les paroles, la musique, les élé­ments scéniques et l’histoire sont inex­tri­ca­ble­ment liés et se complètent.
Mes idées sur le théâtre musi­cal français con­tin­u­ent à évoluer comme le genre lui-même. En arrivant en France, j’ai eu ten­dance à faire des com­para­isons directes entre les styles français et améri­cains (avec, bien sûr, une préférence cul­turelle pour le style qui m’a entourée toute ma vie aux Etats-Unis).
Une fois sor­tie de ce piège, je me suis ren­du compte qu’il était injuste et inutile de com­par­er ces deux gen­res en appli­quant les mêmes critères. Avec une com­préhen­sion plus nuancée de la cul­ture et de la langue français­es, j’ai pu mieux appréci­er le fait que le théâtre musi­cal français était un genre à part, créé pour un pub­lic français.
Main­tenant, j’essaie de com­pren­dre pourquoi les gen­res sont si proches et si dif­férents à la fois, et com­ment nous pou­vons nous servir de ces dif­férences pour par­ler au public.
Finale­ment, il me sem­ble que ces dif­férences sont assez représen­ta­tives de nos deux cul­tures. La tra­di­tion et l’histoire sont très impor­tantes dans la cul­ture française et la spé­cial­i­sa­tion dans un seul domaine ou la pra­tique d’une seule dis­ci­pline jusqu’au point de la per­fec­tion est préférée. Aux Etats-Unis, au con­traire, de par notre His­toire rel­a­tive­ment jeune, nous avons tou­jours eu ten­dance à mélanger les cul­tures et les manières de voir le monde. C’est cer­taine­ment pour cela que j’ai une préférence pour la pluridis­ci­pli­nar­ité et l’interdépendance des arts de la scène.
En fin compte, après ces années d’expérience des deux côtés de l’Atlantique, on peut trou­ver à mon avis un bel équili­bre entre nos deux cultures !

AMT va pro­duire Next Thing You Know de Ryan Cun­ning­ham, dans lequel vous allez égale­ment jouer. Pourquoi avoir choisi cette œuvre ?
L’an­née dernière, j’ai ani­mé un ate­lier inten­sif avec un de nos col­lab­o­ra­teurs de Broad­way, Adam Kan­tor. C’é­tait au mois de jan­vi­er et j’ai appris qu’il n’avais jamais gouté à une galette des rois. Je lui ai pro­posé de venir tir­er les rois chez moi avec Dar­cy Smith (de AMT) à la fin de l’ate­lier. Nous avons eu une con­ver­sa­tion qui bas­cu­lait entre la vie privée, les artistes qui nous inspirent, et la future pro­gram­ma­tion d’AMT Live et com­ment choisir un spec­ta­cle qui pou­vait nous faire évoluer en tant que jeune troupe. Ayant dis­cuté les points forts et faibles des spec­ta­cles déjà mon­tés par notre troupe (nos choix jusqu’à ce point ont été des oeu­vres assez dra­ma­tiques), on cher­chait un spec­ta­cle plus léger et comique, mais qui avait tout de même un fond, et qui avait un livret. Les trois spec­ta­cles déjà mon­tés par AMT Live étaient plutôt dans un for­mat de song cycle, l’ac­tion était com­prise dans les paroles.
Nous étions tous les trois à un moment où il nous fal­lait pren­dre une grande déci­sion : ce qui nous a sûre­ment fait penser au spec­ta­cle Next Thing You Know. Adam avait joué le rôle de Dar­ren dans le pre­mière à New York et dès qu’il nous en a par­lé, c’é­tait sur la « short list » des spec­ta­cles poten­tiels. C’est une his­toire drôle et touchante de qua­tre per­son­nages (dont trois sont artistes) et de leurs déci­sions pro­fes­sion­nelles et personnelles.
J’en par­le rapi­de­ment avec quelques mem­bres de notre troupe et il y a eu une forte réso­nance pour l’his­toire, pour les per­son­nages, et pour la musique. A peine deux mois plus tard, lors d’un séjour à Chica­go pour ren­dre vis­ite à mon père, je ren­con­tre Ryan Cun­ning­ham, le parolier/auteur du spec­ta­cle, et lui par­le de notre troupe et de la mis­sion d’AMT Live. Ayant été présen­té par Adam, il con­nais­sait un peu déjà notre tra­vail. Il donne son accord tout de suite pour que nous pro­dui­sions le pre­mière française de son spec­ta­cle cette année et le tra­vail commence!