Merrily We Roll Along — Le musical qui avance en marche arrière !

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©DR Affiche de Merrily We Roll Along à Broadway en 1981.
©DR Affiche de Mer­ri­ly We Roll Along à Broad­way en 1981.

Musi­cal de Stephen Sond­heim (chan­sons), et George Furth (livret) d’après la pièce de George S. Kauf­mann et Moss Hart

Créa­tion
16 novem­bre 1981 à l’Alvin The­ater de New York
Avec Jim Wal­ton, Ann Mor­ri­son, Lon­ny Price
Mise en scène d’Harold Prince
16 représentations

Prin­ci­pales chansons
Hills of Tomor­row — Rich and Hap­py — Like It Was — Franklin Shep­ard, Inc. — Old Friends — Not a Day Goes By — Now You Know — It’s a Hit! — Good Thing Going — Bob­by and Jack­ie and Jack — Open­ing Doors — Our Time

Syn­op­sis
À l’oc­ca­sion d’une fête de fin d’an­née d’un lycée améri­cain, l’it­inéraire d’un ancien élève devenu célèbre et de deux amis proches est racon­té. Le réc­it a toute­fois une forme par­ti­c­ulière : il pro­gresse à l’en­vers, de 1980 à 1955. Cette tra­ver­sée du temps alterne les joies et les peines. Au début, les amis sont en sit­u­a­tion de rup­ture. En remon­tant le passé, on en décou­vre au fur et à mesure les raisons. Leurs par­cours sont faits de grandes ambi­tions, et fatale­ment de suc­cès et d’échecs. En corol­laire, les ami­tiés et les amours se brisent sur des désac­cords et des trahisons. La suc­ces­sion des tableaux s’achève en 1957 lorsque les trois jeunes gens de 18 ans obser­vent can­dide­ment un satel­lite Spout­nik dans le ciel en se dis­ant que rien n’est impossible.

Les thèmes
Mer­ri­ly tourne autour du lien d’ami­tié qui a réu­ni les per­son­nages dans leur jeunesse. La préser­va­tion de l’ami­tié passe-t-elle par la préser­va­tion des idéaux de jeunesse ? Le con­stat s’avère pes­simiste : cette affec­tion tra­verse dif­fi­cile­ment l’épreuve du temps. On n’est plus le même entre l’ado­les­cence et ses quar­ante ans. La réal­ité, et par con­séquent le prag­ma­tisme trans­for­ment les per­son­nages. Ils sont détournés de leurs con­vic­tions ini­tiales. Ce con­stat cru­el est aus­si une dénon­ci­a­tion des suc­cès trop faciles, qui enivrent les esprits et les sépar­ent d’autrui.

L’his­toire der­rière l’histoire
Mer­ri­ly We Roll Along est adap­té d’une pièce de théâtre homonyme créée en 1934, et il hérite de sa nar­ra­tion à l’en­vers. Le musi­cal est rem­pli de chan­sons splen­dides (« Old Friends », « Our Time »), et émou­vantes (« Like It Was », « Not A Day Goes By  »). Et pour­tant c’est l’échec le plus reten­tis­sant dans la pro­duc­tion de Sond­heim, avec Any­one can Whis­tle. Après seize représen­ta­tions chao­tiques, le rideau tombe défini­tive­ment et le stu­dio RCA enreg­istre en cat­a­stro­phe la dis­tri­b­u­tion de Broad­way avant la dis­per­sion de la troupe. Depuis, ce témoignage a préservé le sou­venir de ce musi­cal. Il a égale­ment entretenu son statut d’oeu­vre mau­dite. Il est vrai que la par­ti­tion est réelle­ment très séduisante, mais son pes­simisme fonci­er peut déranger. Ce désen­chante­ment à fleur de peau appa­raît presque bru­tal, comme une leçon de rig­orisme assénée à l’au­di­toire. Et pour les plus jeunes, les 25 ans de vie écoulée par­lent peu.

Avant la créa­tion de Mer­ri­ly en 1981, Sond­heim avait enchaîné une série de spec­ta­cles ambitieux et plutôt bien accueil­lis avec son com­plice le met­teur en scène Harold Prince : Com­pa­ny, Fol­lies, A Lit­tle Night Music, Sweeney Todd. L’échec cat­a­strophique de Mer­ri­ly mar­que la fin de cette col­lab­o­ra­tion jusque-là pro­lifique. Amer et découragé, le com­pos­i­teur envis­age même une retraite anticipée. Heureuse­ment, il n’en sera rien et il retrou­vera sa joie de créer avec Sun­day In The Park With George en 1984. Quant à Mer­ri­ly, de petites pro­duc­tions con­tribuent à sa redé­cou­verte, notam­ment à La Jol­la (Cal­i­fornie — 1984), Leices­ter (Angleterre — 1992), New York Off Broad­way (1994) et Lon­dres (au Don­mar en 2000), san sou­blie la pro­duc­tion du Kennedy Cen­ter dans le cadre du fes­ti­val Sond­heim en 2002, avec un superbe Raùl Esparza dans le rôle de Charley.
Le livret est amélioré au fur et à mesure. Il rend notam­ment le per­son­nage de Frank, peu sym­pa­thique dans la pro­duc­tion orig­i­nale, moins car­i­cat­ur­al. La beauté des chan­sons ain­si que l’as­tuce de la con­struc­tion con­fir­ment qu’il s’ag­it d’une des grandes par­ti­tions du com­pos­i­teur. Celle-ci exige juste plus de soin pour faire accepter simul­tané­ment son con­tenu et sa forme si particulière.

Les enreg­istrements de référence
Les enreg­istrements témoignent de la pro­duc­tion orig­i­nale et des évo­lu­tions suc­ces­sives. Ils sont incon­tourn­ables, avec une légère préférence pour les deux pre­miers, respec­tive­ment indis­pens­able et essentiel.
- Mer­ri­ly We Roll Along (1981 Orig­i­nal Broad­way Cast)
Mer­ri­ly We Roll Along (1993 Leices­ter Cast)
Mer­ri­ly We Roll Along (1994 Off-Broad­way Revival Cast)