
Martin, nous avons découvert votre talent de chanteur lors de la production Irma la Douce, en 2002. Parlez-nous de cette première expérience…
Cela a été extraordinaire. J’ai vraiment aimé cela. Surtout que, depuis toujours, c’est ce que je voulais faire ! Je suis un enfant de Broadway, c’est-à-dire que j’aimais tout ce qui se faisait, en termes de comédies musicales, à la télévision. J’aimais la couleur artistique qu’apportaient ces classiques alliant chants et danse. J’adhère à l’idée que, lorsque ça va mal, les notes d’un violon qui joue nous entraînent dans son tourbillon musical et nous porte à l’accompagner en chantant. Le résultat est que, tout à coup, tout va bien (rires). Un beau matin, j’ai reçu un appel de Denise (Filiatrault) qui m’offrait un rôle dans Irma la Douce. Je ne suis pas un chanteur mais je chante. Alors, je me suis lancé et j’ai accepté le rôle. Cette première expérience en théâtre musical fût un coup de foudre ! Au point que j’aurais pu jouer dans ce spectacle pendant quarante ans… (rires). Je me rappelle très bien des premiers pas, des premières notes lancées, au centre de la scène, les deux bras ouverts en chantant : » Peuple de France et de Navarre… « . Vous ne pouvez vous imaginer le bonheur que je ressentais.
Vous participez désormais à Un violon sur le toit. Parlez-nous de cette pièce…
Un violon sur le toit, une création de Joseph Stein (livret), Jerry Bock (musique) et Sheldon Harnick (paroles), est tiré du roman de Sholem Aleichem intitulé Tevye et ses filles. Même si cette comédie musicale a été créée par des Américains, on y retrouve cette belle âme russe. Ils sont allés dans des fêtes juives, avant de commencer à écrire, pour observer et regarder… La chanson » Tradition » a été écrite à la toute fin de la création d’Un violon sur le toit. Toute l’histoire de cette pièce découle des traditions ! Voilà pourquoi ils ont décidé de commencer le spectacle avec cette mélodie, pour présenter le contexte, c’est-à-dire un homme qui aime ses traditions. Elles représentent son équilibre…
Pensiez-vous, un jour, jouer le rôle de Tevye ?
Cela fait près de quinze ans que je parle d’Un violon sur le toit et que je me dis que c’est un rôle pour moi. Alors j’en ai parlé autour de moi et j’ai eu le coup de téléphone que j’attendais. Denise Filiatrault (metteure en scène) m’a demandé si je connaissais le rôle de Tevye ? » Quelle question ! Je peux chanter l’intégralité du rôle dès maintenant « , lui ai-je répondu.
Quelles ont été les motivations pour accepter ce rôle ?
Je voulais jouer ce rôle d’abord parce qu’il me touche. Il y a cette espèce de regard sur la famille véhiculé dans ce spectacle. La beauté de ces classiques, c’est qu’il n’y a pas, finalement, d’époque précise. C’est un peu intemporel. Tu peux les jouer à différents moments, dans le temps, et le sujet est toujours pertinent pour en retirer un message universel. En plus, les chansons sont si belles et la musique si touchante…

Qu’est-ce qui vous touche dans le rôle de Tevye ?
C’est un papa possédant une certaine fragilité. Ce qui l’amène à parler à Dieu. C’est un père confronté aux changements sociaux. Il est obligé de se réadapter. Personnellement, j’en suis arrivé à ce stade-ci, dans ma vie. J’ai vécu cela dans les yeux de mon père et, moi-même, je le vois dans ceux de mes enfants ! Enfin, je remarque parfois qu’il y a des choses sur lesquelles je n’ai aucun contrôle.
Vous avez appris ces danses juives ?
Oui. Grâce à la collaboration de Monik Vincent, chorégraphe, qui nous enseigne les pas et les gestes incontournables de la danse juive. Par contre, puisque je n’ai plus la taille de ma jeunesse (rires), c’est tout un exercice que d’assimiler cette discipline. Il faut garder cet espèce d’esprit juif dans la danse aussi bien que dans la tête.
Les relations avec vos partenaires ?
Justement, Denise nous disait que, pour la première fois, elle a senti que nous étions une troupe ! C’est rare car il n’y a pas vraiment de troupe de ce genre au Québec. Nous ressentons quelque chose de très chaleureux, pour le moment, mais tout peut changer (rires)… Plus sérieusement, je sens qu’il y a de la solidarité entre nous. C’est, aussi un spectacle » très gars » autant du côté écriture que sur scène… Nous sommes 14 hommes contre 6 filles sur scène. Concernant les filles, je peux déjà vous dire que le public va adorer Linda Sorgini (Golde). Elle est délicieuse, solide et drôle ! Enfin, je pense que la distribution est remarquable. En plus, ils ont le goût d’avoir du plaisir.
Une tournée pour le Violon sur le toit ?
Non, pas cette fois car malheureusement ce serait trop coûteux. Il ne faut pas oublier que nous sommes 20 comédiens sur scène. C’est énorme pour une production québécoise.