Mark Marian : un patchwork d’activités et de cultures

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Mark Marian
Mark Mar­i­an

Quelle est votre formation ?
J’ai un par­cours plutôt sin­ueux qui a démar­ré depuis la ten­dre enfance. Du fait de mes orig­ines polon­ais­es, j’ai baigné dans un monde de danse folk­lorique et de chorale et par­ticipé à de nom­breux spec­ta­cles dans des salles des fêtes com­mu­nales. J’ai rapi­de­ment com­pris que la scène serait mon méti­er et, après avoir lut­té un peu avec mes par­ents à pro­pos des études, j’ai inté­gré une classe de sec­onde « musique option lourde ». Le bac en poche, je suis par­ti me for­mer au chant aux Etats-Unis à l’Université de Ply­mouth State Col­lege (New Hamp­shire). J’ai pu dévelop­per ma voix et mon apti­tude scénique, coaché par un homme à qui je dois beau­coup, Dan Perkins, qui m’a égale­ment ini­tié à la cul­ture de la comédie musi­cale en m’obligeant, par exem­ple, à pren­dre le bus pour New York afin de voir Miss Saigon : le choc ! J’ai été repéré durant un « tal­ent show » où je chan­tais Piaf et Star­ma­nia et on m’a pro­posé le rôle de Rolf dans une petite pro­duc­tion régionale de La Mélodie du bon­heur, ma pre­mière expéri­ence pro­fes­sion­nelle. De retour à Paris, j’ai tra­vail­lé à mi-temps pour me pay­er les cours au Stu­dio Alain de Bock pen­dant qua­tre ans. J’y ai per­fec­tion­né ma voix et surtout ma rela­tion avec le pub­lic par de nom­breux exer­ci­ces pra­tiques dans des cabarets. J’ai com­plété cette for­ma­tion par des cours de théâtre dans l’optique d’être pluridis­ci­plinaire et de faire de la comédie musicale !

Quel est votre par­cours professionnel ?
En sor­tie de for­ma­tion, j’ai été recruté pour une tournée au Japon un peu spé­ciale : des chants de Noël inter­prétés par des chanteurs français accom­pa­g­nés d’artistes japon­ais de théâtre Kabu­ki, un art tra­di­tion­nel très gestuel et sym­bol­ique proche du Nô, plus con­nu. Ce mélange eth­nique a si bien fonc­tion­né que le spec­ta­cle a eu lieu plusieurs années de suite. Mes échanges avec le Japon con­tin­u­ent d’ailleurs aujourd’hui sous divers­es formes. Puis, en 2005, je suis resté cinq mois, au lieu des deux semaines ini­tiale­ment prévues, dans la troupe des Nou­veaux roman­tiques, le spec­ta­cle juke­box de Stéphane Ly-Cuong [NDLR : co-rédac­teur en chef de Regard en Coulisse] qui fait revivre la var­iété française des années 80 à tra­vers une trame drôle et attachante. L’année suiv­ante, j’ai décroché mon pre­mier rôle dans une grosse pro­duc­tion, celui de Fyed­ka en rem­place­ment de Frank Sher­bourne dans la tournée du Vio­lon sur le toit, une étape très impor­tante pour moi. 

Pou­vez-vous nous par­ler de votre nou­veau spec­ta­cle Made in patch­work ?
Le pro­jet a démar­ré par une com­mande passée à Michel Frantz qui fut chef d’orchestre pen­dant trente ans à la Comédie Française et qui a eu envie de chang­er franche­ment de reg­istre, sor­tir du car­can de l’opérette sans toute­fois trahir le pub­lic qui le con­naît pour ça. Avec  Cécile Jacquil­lat, pre­mier vio­lon à la Comédie Française, ils m’ont appelé pour don­ner une dimen­sion vocale à leur spec­ta­cle musi­cal et raje­u­nir le réper­toire. L’intention était donc de faire un patch­work de courants musi­caux, un grand écart entre Debussy et Mika en pas­sant par Serge Lama, entre autres. On a pris soin d’éviter la car­i­ca­ture du tour de chant avec inter­mèdes de tran­si­tion par­lés, trop fréquente à Paris, en créant une vraie his­toire autour des musiques et des chan­sons : la trame est l’ultime répéti­tion avant un spec­ta­cle majeur qui ne se passe pas du tout comme prévu… Co-écrit par David Alex­is [NDLR : que l’ on a pu voir dans Cabaret, Dothy et le magi­cien d’Oz et La Vie parisi­enne] qui a aus­si fait la mise en scène, le spec­ta­cle est une con­fronta­tion con­stante entre des univers a pri­ori opposés, opérette et var­iété pour la musique, Buster Keaton et Tim Bur­ton pour le visuel, bur­lesque et poésie pour l’atmosphère. Le tout est admirable­ment mis en lumière par Jean-Pierre Bou­chon assisté de l’indispensable Noémie de la Ven­nat. Pour moi, c’est de la vraie comédie musi­cale faisant inter­venir la musique, le théâtre et l’expression cor­porelle, le mime en particulier.

Quels sont vos autres projets ?
Je passe régulière­ment les cast­ings pour les comédies musi­cales, en France et en Bel­gique et j’ai de bons espoirs pour une réponse pos­i­tive prochaine­ment. Par­al­lèle­ment, je tra­vaille sur une adap­ta­tion française de The Fan­ta­sticks que j’ai adoré sur off-Broad­way. C’est un spec­ta­cle à dimen­sion humaine trans­pos­able à Paris sans gros moyens. J’ai égale­ment démar­ré une activ­ité de coach vocal après une for­ma­tion avec Richard Cross. Enfin, je con­tin­ue à m’impliquer dans les échanges musi­caux avec le Japon. Il faut savoir que la chan­son française est un art à part entière là-bas, encore large­ment inspiré par Piaf et Mireille Math­ieu et que l’on cherche à raje­u­nir. Je par­ticipe à l’organisation d’une man­i­fes­ta­tion « kake­hashi » (pont en japon­ais, en référence aux liens cul­turels entre le Japon et la France) pro­duite par le cabaret des Trois Baudets. Des vedettes japon­ais­es de « chan­son » — comme les Japon­ais l’appellent — fer­ont un réc­i­tal avec des artistes français pour la Fête de la Musique, le 21 juin 2010 (à 20h30 aux Trois Baudets, entrée libre). En quelque sorte, un autre patchwork !