Marie Zamora — Le coeur au bonheur

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Marie Zamora ©Just Jaeckin
Marie Zamo­ra ©Just Jaeckin

« Cet album est né après un con­cert de l’Orchestre Colonne à la Salle Pleyel auquel j’ai par­ticipé il y a un an et demi. A l’is­sue de cette soirée spé­ciale con­sacrée aux grands comédies musi­cales, des spec­ta­teurs m’ont demandé où trou­ver le CD ». Dans l’ap­parte­ment qu’elle occupe quand elle est de pas­sage à Paris, Marie Zamo­ra revient sur son choix de chan­sons tirées des oeu­vres de Boublil/Schönberg ou Andrew Lloyd Web­ber pour les comédies musi­cales et Les para­pluies de Cher­bourg ou Titan­ic pour les films. « Elles se com­plè­tent bien et puis, en France, nous avons une cul­ture de comédies musi­cales ciné­matographiques ». Et de citer par­mi les influ­ences musi­cales qui l’ont bercée aus­si bien Ver­di que Claude François ou encore les grands films musi­caux dif­fusés à la télévi­sion. « J’ai eu la voca­tion très jeune, à trois ans ! », pré­cise-t-elle en riant. Pour devenir artiste de comédie musi­cale, elle a donc appris à jouer, chanter et danser (« c’est la dis­ci­pline la plus ter­ri­ble de notre art mais ça m’a don­né une grande rigueur dans tout ce que j’en­tre­prends »).

Cosette à Mogador 
C’est au moment de s’embarquer pour la très pres­tigieuse Jul­liard School à New York que le des­tin s’en mêle. Marie prend con­nais­sance des audi­tions pour Les mis­érables. Pour toute une généra­tion, elle sera Cosette jeune fille. « Ca a été une expéri­ence extra­or­di­naire », con­firme-t-elle. Toute la troupe — qui béné­fi­cie de l’ex­péri­ence anglaise de la pro­duc­tion — répète presque deux mois avant la pre­mière, un luxe rarement per­mis en France. « Les répéti­tions étaient très intro­spec­tives, nous pra­tiquions beau­coup l’im­pro­vi­sa­tion afin de psy­ch­analyser, dis­sé­quer nos per­son­nages. C’est un tra­vail que tout comé­di­en peut faire dans son intim­ité au risque de se met­tre en dan­ger. Nous, nous l’avons fait ensem­ble, afin que la troupe parvi­enne à une vraie unité. Nous y avons trou­vé des forces en nous que nous n’au­ri­ons jamais soupçon­né et nous en avons nour­ri nos per­son­nages ».

Le spec­ta­cle a tenu toute la sai­son 1991–1992 à Mogador, obtenu de nom­breuses récom­pens­es mais loin du suc­cès qui dure depuis 15 ans à Lon­dres ou 13 ans à Broad­way. « C’est comme ça », dit-elle un brin fatal­iste. « En France, il fau­dra encore du temps pour que la comédie musi­cale soit vrai­ment dans nos moeurs ». Elle sent que les choses sont en train de chang­er, mal­gré des dif­férences évi­dentes entre la voie latine (à la Notre Dame de Paris) et celle anglo-sax­onne (Les mis­érables). « Le mot ‘comédie musi­cale’ n’est plus tabou et c’est déjà beau­coup. Un jour, je suis sûre qu’Alain Bou­blil et Claude-Michel Schön­berg ou Andrew Lloyd Web­ber fig­ureront au réper­toire ! ».
Après Les mis­érables, Marie enchaîne avec Kiss Me, Kate d’Alain Mar­cel et Bar­num de Jean-Paul Lucet. Elle a aus­si fait du théâtre — non chan­té pour le coup — en jouant Piradel­lo et La suite sans titre avec le Théâtre du Cam­pag­nol. Elle s’est aus­si inter­rompu quelques temps pour, comme elle le dit joli­ment « réalis­er mes deux pro­pres petites pro­duc­tions, mes enfants ! ». Elle vit aujour­d’hui à Lon­dres avec eux et son mari, Alain Boublil.

Michel Legrand sous le charme
Son album est pour elle l’oc­ca­sion de revenir en France, ain­si que bien­tôt pour une nou­velle occa­sion. Michel Legrand, qui a aimé son inter­pré­ta­tion de « Je ne pour­rai jamais vivre sans toi » (Les para­pluies de Cher­bourg), lui a demandé de se pro­duire avec lui dans la Cour car­rée du Lou­vre lors de la Fête de la musique 2000. Il jouera, elle chantera quelques-unes des grandes chan­sons clas­siques du maître : Les demoi­selles de Rochefort, L’été 42, Yentl … « C’est un grand hon­neur. Quand je pas­sais des audi­tions, je présen­tais tou­jours une chan­son des Para­pluies ! Et main­tenant, je vais l’ac­com­pa­g­n­er autour du monde ! ». Son emploi du temps pour 2000 et 2001 com­prend une salle parisi­enne à la ren­trée, des salles de con­cert en Angleterre, au Japon et en Amérique du Sud, que ce soit pour son album ou en com­pag­nie de Michel Legrand. Et il y a aus­si ce pro­jet de retour dans une grande comédie musi­cale dont elle ne veut rien dire pour le moment mais qui devrait être annon­cée bientôt.

En atten­dant, elle se pré­pare pour ce réc­i­tal en juin où elle chantera ce réper­toire qu’elle aime tant. « Je le fais avec une grande sincérité et j’e­spère que le pub­lic sera touché par ce réper­toire. Chanter des airs de comédie musi­cale, pour moi, c’est comme met­tre une robe qui vous va bien. Même si elle est un peu usée, on ne va pas la chang­er pour autant !’.